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La Formule de Dieu : Einstein sauce polar

[Critique du roman La Formule de Dieu - José R. DOS SANTOS]

29 Août 2012

Il existe en ce moment un livre qui se vend comme des petits pains (du moins si l'en en croit le petit bandeau rouge que l'éditeur a jugé bon d'ajouter sur son livre pour attirer le badaud) : La Formule de Dieu, de José Rodrigues dos Santos, un illustre inconnu au bataillon de Caro(z)ine mais qui est pourtant omniscient au Portugal où il jongle entre le JT, les reportages de guerre et son clavier. Outre l'épineuse question de savoir à quelle lettre ranger l'auteur portugais dans sa bibliothèque, La Formule de Dieu intrigue par sa couverture : forcément, relier Einstein à Dieu à de quoi titiller la curiosité. Ajoutez à cela une quatrième de couverture aguicheuse à souhait (ceci étant, il faudrait voir à expliquer au journaliste du Bookreporter que Dan Brown est loin, loin très très loin de valoir Umberto Eco et Le Nom de la rose... tout de même, remettons un peu les choses à leur place !) et je ne pouvais qu'investir dans le pavé, qualifié d'"enquête à couper le souffle entre science et religion". Sauf qu'à défaut de couper le souffle, La Formule de Dieu endort. Et voilà qui m'apprendra à me fier aux couvertures...!

La Formule de Dieu : sciences, religion... et sciences

La Formule de Dieu - José R. DOS SANTOS [Ed. HC éditions]
Mais reprenons du début, dès le premier mot de La Formule de Dieu (signé José, qui se prononce probablement "Rosé" mais là n'est pas vraiment la question, R. Dos Santos) : Tomás Noronha, cryptologue et historien, est généreusement invité en Iran (ce qui, déjà aurait dû alerter un minimum notre bonhomme) par une exquise femme aux yeux mordorés (là aussi, les signaux d'alertes auraient dû se déclencher dans son petit cerveau, bien que le sang ne s'y trouvait plus) pour analyser un document inédit et fort ancien d'Einstein. L'ingénieux scientifique s'est amusé à pondre un texte que les autorités iraniennes, souhaitant vivement mettre la main sur une arme nucléaire rapide à créer et peu coûteuse, ne parviennent pas à décrypter. Evidemment, les Etats-Unis et la sempiternelle CIA ne pouvaient pas laisser filer une telle occasion de mettre leur nez tout crotté dans des affaires qui ne les concernent pas et somment donc Tomás de jouer les agents doubles. Si l'on ajoute à ces ingrédients la disparition d'un imminent physicien, ancien stagiaire de feu Einstein, ainsi qu'un moine tibétain pondant des maximes comme autant de banalités, nous possédons en main toutes les saveurs de La Formule de Dieu. Et c'est malheureusement bien peu.

Voilà la base de l'argument de l'intentionnalité. Si tout ce que nous voyons autour de nous témoigne d'une volonté et d'une intelligence, pourquoi ne pas admettre qu'il existe une intention dans la Création ? Si les choses se révèlent intelligentes dans leur conception, pourquoi ne pas admettre qu'elles aient été conçues par quelque chose ou quelqu'un d'intelligent ? Pourquoi ne pas admettre qu'il existe une intelligence derrière ces créations intelligentes ?La Formule de Dieu - José R. DOS SANTOS

La Formule de Dieu : un effet loupé

José R. DOS SANTOS [La Formule de Dieu]
Autant couper court au suspens tout de suite : La Formule de Dieu est tout bonnement soporifique. José Rodrigues dos Santos, allez savoir pourquoi (bon, peut-être par charité chrétienne et par bonne volonté de l'ancien premier de la classe qui écoutait tout et comprenait tout pendant que les autres élèves ronflaient bruyamment près du chauffage), a décidé de nous servir des cours de physique et de religion. Il va sans dire que dans un polar qualifié d'"à couper le souffle", le cours magistral plombe l'ambiance. On se coltine donc des tartines sur la physique nucléaire, le déterminisme de l'univers et autres théories pondues par des cerveaux bien ficelés. Manque de bol, je n'avais pas acheté La Formule de Dieu pour avoir entre les mains un Que Sais-Je ? de physique, mais bien pour me faire décoiffer par une histoire palpitante à souhait. Il aura fallu que je revoie grandement mes ambitions à la baisse pour parvenir (laborieusement) jusqu'à la dernière page. Et pourquoi diable ne pas avoir brandi le couperet de la page 100, me diriez-vous, Docteur Watson ? Mais parce que le déterminisme de l'univers est une théorie plutôt intrigante, bien qu'elle n'ait pas sa place dans un polar. La Formule de Dieu est donc plus proche du somnifère que du roman haletant d'autant que la fin tombe franchement à plat. Fâcheux.

L'homme aux lunettes noires gratta une allumette et approcha la flamme de sa cigarette. Il aspira et un nuage de fumée fantomatique s'éleva lentement. L'homme parcourut la rue du regard et apprécia la tranquillité de ce coin charmant. Le soleil brillait, des arbustes verts égayaient les jardins entretenus, de jolies maisons en bois bordaient la rue, les feuilles frémissaient sous une brise matinale qui s'emplissait d'odeurs et de mélodies, parfumée par la fraîcheur des glycines, bercée par le chant des cigales et le doux gazouillis d'un colibri. Un rire insouciant se mêla à cet harmonieux concert, celui d'un enfant blond qui criait et sautillait de joie sur le trottoir, tirant un perroquet multicolore au bout d'une ficelle.La Formule de Dieu - José R. DOS SANTOS

Les détails du livre

La formule de Dieu

Auteur : José R. DOS SANTOS
Editeur : HC éditions
Prix : 20.90 €
Nombre de pages : 650
Parution : 14 juin 2012.

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La formule
de Dieu

29 août 2012

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. . Caroline D.