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Marquer les ombres : le (grand ?) retour de Veronica Roth, version S.F

[Carozine découvre le roman Marquer les ombres - Veronica ROTH]

4 Fév. 2017

Carozine lit le roman Marquer les ombres - Veronica ROTH
Bon ! Cela fait quelques semaines que j’ai lu le dernier roman jeunesse (soyons spécifique : adolescent /young adult, parce que je doute qu’un parent sensé mettrait ce genre de roman entre les mains de son gremlin de 10 ans) signé Veronica Roth : Marquer les ombres. Entre temps, j’ai été, telle Dorothy, emportée par une tornade, bye bye Kansas (ah ! Frank Baum quand tu nous tient !), bonjour un monde complètement archaïque, inquiétant et stressant, mais là est un autre sujet. Je disais donc que j’ai eu entre les mains le retour tonitruant de Veronica Roth… car il était quasiment certain que la super star de la littérature jeunesse n’allait pas s’arrêter après la trilogie Divergente. Manquerait plus que l’on tue la poule aux oeufs d’or. Et ça n’arrive jamais. Ja-mais. La dernière trouvaille de Veronica Roth ? Le destin croisé de deux adolescents que tout oppose. Marquer les ombres ne sera pas le roman qui révolutionnera le genre et on y retrouve beaucoup de ce qui fit le succès de Divergente, mais qu’importe ?!

Les fleurs-de-silence s'ouvraient invariablement lors de la nuit la plus longue. Tous les habitants de la ville fêtaient l'instant où tous les pétales d'un rouge éclatant se déployaient ; les fleurs-de-silence étaient vitales pour l'économie de la nation, bien sûr, mais Akos pensait que c'était aussi pour éviter de devenir fous à cause du froid.
En ce jour de la fête de la Floraison, lassé de transpirer dans son manteau en attendant le reste de sa famille, Akos sortit dans la cour intérieure pour se rafraîchir. La maison des Kereseth était de forme arrondie, bâtie en cercle autour d'un poêle, ce qui était censé porter chance. Marquer les ombres - Veronica ROTH

Marquer les ombres : deux adolescents face à leur destin

Marquer les ombres - Veronica ROTH [ed. Nathan]
Il était une fois, un système solaire composé de neuf planète-nations, dont Thuvhé. Située dans les terres glaciales du Nord, Thuvhé est pacifique et abrite la famille Kereseth, dont la mère, Sifa, oracle de renom, tente d’organiser la vie. Mais où disparaît-elle, cette femme qui voit l'avenir sous toutes ses formes, le jour où son mari se fait assassiner par leurs terribles ennemis, les Shotet, peuplant les terres au sud de la bande d’herbe (la Traverse) les séparant ? Et que ses deux fils, Akos et Eijeh se font enlever à cause de leur destin (révélés au grand jour par une obscure Assemblée) ? Car, oui, quelques élus se voient dotés d’un destin à leur naissance… Celui d’Akos et d’Eijeh ne leur sera révélé que par celui qui a pris la tête de la nation Shotet et qui gouverne par sa cruauté, Ryzek Naovek. Akos doit périr en servant ses ennemis, les Naovek. Et Eijeh doit devenir le nouvel oracle. Et Ryzek a désespérément besoin d’un nouveau destin car le sien, qu’il connait depuis des dizaines d’années, est de se faire renverser par une famille ennemie : sa cruauté est destinée à asseoir un pouvoir sans cesse remis en question par des rebelles que ce destin de lâche stimule. Et pour lutter contre les révoltes, Ryzek utilise une arme redoutable, sa propre soeur, Cyra, dont le don-flux (une particularité que j’ai omis de mentionner jusqu’à présent : chaque être de ce système solaire possède un don-flux qui apparaît à l’adolescence et qui varie selon les personnes) est unique et terrifiant : elle sème la douleur comme elle la récolte. Et, la seule personne à pouvoir l’apaiser est Akos, qui entre donc à son service.

Comme sa mère se plaisait à le dire, si chaque individu avait un avenir, tous n'avaient pas un destin. Seuls les membres de certaines familles "élues" en étaient dotés. À l'heure de leur naissance, ce destin était murmuré secrètement, et d'une même voix, par l'ensemble des oracles de toutes les planètes (...)
Cisi, Eijeh et Akos avaient chacun un destin. Mais ils ne les connaissaient pas, bien que leur mère fit partie de ceux qui les avaient Vus. Elle disait toujours qu'elle n'avait pas besoin de le leur apprendre puisque la vie s'en chargerait.
Les destins étaient censés déterminer le mouvement des mondes. Marquer les ombres - Veronica ROTH

Marquer les ombres : un premier volume avec de nombreuses faiblesses mais intrigant

Marquer les ombres - Veronica ROTH [ed. Nathan]
À mes yeux, Marquer les ombres n’a pas tout à fait la puissance de Divergente (le premier tome, du moins). Peut-être l’installation de l’univers du roman souffre-t-elle de quelques défauts qui y contribuent ; il faut un certain temps pour se fondre dans le nouvel univers de Veronica Roth. Marquer les ombres donne dans la science-fiction au lieu de se baser sur un décor en ruines déjà connu d’une mégapole américaine. Néanmoins, on se laisse absorber par cette histoire qui reprend le classique du roman jeunesse made by Veronica Roth : la destinée et la façon que peuvent avoir des adolescents de lutter contre. Ou non. Avec son style limpide et rythmé, Veronica Roth nous emporte sur les traces d’Akos et de Cyra qui, malgré des ambitions différentes, se verront unis dans une lutte commune. Akos souhaite délivrer son frère qu’il voit lentement dépérir et se perdre face au puissant don-flux de Ryzek, qui est d’échanger ses pesants souvenirs de méchanceté paternelle (car le tyran fils a de qui tenir) contre ceux d’Eijeh, dans l’espoir de récupérer une parcelle de ce pouvoir de divination qui le fascine tant et qui l’aiderait à modeler un futur lui convenant mieux. Mais à force de lutter contre son destin, ne finit-on pas par le réaliser ? Ah ! Question philosophique du jour, bonjour ! Sur un schéma classique d’alternance de chapitres entre nos deux héros, Marquer les ombres fait se confronter deux visions du monde, deux univers… deux adolescents façonnés par leur culture, leur éducation et leur famille et qui combattront pour sortir de ce cercle, devenir les adultes qu’ils souhaitent être et prendre leur vie en main. Comme tout un chacun. Une nouvelle fois, Veronica Roth s’appuie sur un personnage féminin fort et attachant : Cyra, avec cette douleur insoutenable qui se répand en elle, est l’exemple même de la résilience, bien que tiraillée par les doutes et façonnée par la cruauté dont elle est entourée depuis sa naissance. Face à cette adolescente qui doit apprendre à canaliser son don ? Akos, le héros dans toute sa splendeur, avec son courage et sa bonté. Oui, c’est un peu cliché. Alors, forcément, on retrouve des fragments du précédent opus de Veronica Roth dans Marquer les ombres : le thème du destin et du libre arbitre dans un monde totalitaire ; les relations fraternelles bien plus complexes qu’il n’y paraît et l’éternelle romance (qui n’est pas franchement novatrice dans son traitement). Moins percutant que Divergente, Marquer les ombres reste cependant abouti, travaillé et plus élaboré que son prédécesseur, notamment en terme d’univers. La dame possède l’imagination (ce n'est pas, non plus, complètement fou-fou, on est loin de la puissance d'un H.G Wells ou d'un George Orwell, hein)… reste à voir ce qu’elle en fera. Marquer les ombres est un premier tome qui donne envie de découvrir la suite, de voir où elle nous mène par le bout du nez. Malgré les défauts et le fait que je n’aie pas été franchement enthousiaste à la lecture de Marquer les ombres. La curiosité, peut-être.

—Cyra, me dit Ryzek, les joues maculées de larmes. C'est plus juste ainsi. C'est plus juste que nous partagions le poids de nos fardeaux.
Il posa de nouveau la main sur ma joue, et une vive brûlure jaillit du plus profond de moi. Soudain, une partie de mes veines devinrent sombres, comme remplies d'encre, et des lignes s'étendirent sous ma peau comme une toiles d'ombres, commes des araignées. Des araignées qui bougeaient, rampaient le long de mes bras, faisant monter le feu à mon visage. Et la douleur. Marquer les ombres - Veronica ROTH

Les détails du livre

Marquer les ombres

Auteur : Veronica ROTH
Traducteur : Anne DELCOURT
Éditeur : Nathan
Prix : 17,95 €
Nombre de pages : 484
Parution : 17 janvier 2017

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Marquer les ombres

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. 4 février 2017. Caroline D.