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La Chanson d'Orphée : le mythe revisité

[Carozine découvre le roman La Chanson d'Orphée - David ALMOND - dès 13 ans]

Carozine lit le roman La Chanson d'Orphée - David ALMOND
Maintenant que le courage est revenu, que les remises en question se sont un peu tassées et que la chambre du bébé commence à prendre tournure, le rythme de lecture a repris son cours (bon, pour être honnête, je n’ai jamais arrêté de lire, en revanche, les chroniques, elles, se sont faites plus rares dans le cas des livres achetées avec mes petits deniers) et, en ce mardi gras (pour lequel je fais des gaufres), je vais vous parler d’un roman adolescent de David Almond : La Chanson d’Orphée. Je n’avais encore rien lu de David Almond, cependant, l’un de ses précédents romans (Le garçon qui nageait avec les piranhas) m’avait déjà fait de l’oeil… j’ai sauté le pas avec La Chanson d’Orphée pour l’excellente raison qu’étant une grande fan de mythologie, je suis également une grande amatrice du mythe d’Orphée. Bon. Les bases sont jetées, je vous parle de tout cela. Allez, hop, on arrête de regarder les grenouillères, on prend sa guitare et on file entre les pages du roman La Chanson d’Orphée.

Je suis celle qui reste. Je suis celle qui doit raconter. Je les ai connus tous les deux, je sais comment ils ont vécu et comment ils sont morts. Il n’y a pas longtemps que c’est arrivé. Je suis jeune comme eux. Comme eux ? Comment est-ce possible ? Peut-on être à la fois jeune et mort ? Je n’ai pas le temps de penser à ça. Il faut que je me débarrasse de cette histoire et que je vive ma vie. Je la raconterai rapidement, fidèlement, pour que ce soit fait, maintenant, alors que l’obscurité s’épaissit au-dessus du Nord glacial et que brille l’éclat gelé des étoiles. La Chanson d'Orphée - David ALMOND

La Chanson d'Orphée : deux amies inséparables… ou presque

La Chanson d'Orphée - David ALMOND [ed. Gallimard Jeunesse]
Claire et Ella sont inséparables depuis leur tendre enfance et, à leur dix-sept ans, les choses n’ont pas vraiment changé : Claire nourrit toujours des sentiments ambigus envers son amie et Ella continue de passer de nombreuses nuits à dormir le dos collé à celui de Claire. Mais voilà. Le chemin d’Ella, la douce rêveuse adoptée par des parents un peu terrifiés à l’idée de la perdre, va bifurquer : par une journée de vacances que Claire a passé sur la plage avec un groupe d’amis, tandis qu’Ella tentait de rassurer ses parents sur son investissement scolaire en pondant des dissertations à tour de bras, Claire fait la rencontre d’Orphée, de sa lyre et de ses mélodies qui envoûtent. Elle fait alors entendre cette chanson qui semble fouiller aux tréfonds de l’âme à son amie (merci les miracles de la technologie moderne : le téléphone portable) et modifie ainsi leur destin. Ella Grey (et quid du Eurydice ?!) tombe amoureuse d’Orphée et entre en résonance avec lui… Orphée, quelques jours plus tard, viendra la chercher sans l’avoir jamais vue.

Il a pris sa lyre, a commencé à en pincer les cordes pour accorder les graves et les aigus, les notes chaudes et les notes froides, les sombres et les légères, pour fondre l’ensemble dans sa musique. Il s’est mis à fredonner, puis à produire des sons séparés, certains ressemblant à des paroles, d’autres à des chants d’oiseaux, d’autres encore à des cris de bêtes, à des rires d’enfants, à des chuchotements d’amoureux, à leurs murmures de plaisir. Et nous nous sommes penchés vers lui pendant qu’il chantait et jouait, nous nous sommes peu à peu perdus en lui, nous avons disparu, nous avions l’impression que la musique qu’il jouait venait de nous. La Chanson d'Orphée - David ALMOND

La Chanson d'Orphée : et le mythe devient moderne

La Chanson d'Orphée - David ALMOND [ed. Gallimard Jeunesse]
Bon, si on fait abstraction du fait qu’Eurydice était un prénom nettement plus porteur qu’Ella (à mon humble avis), j’étais prête à me fondre entre les pages du roman de David Almond. Mais La Chanson d’Orphée n’a pas tout à fait tenu ses promesses. Que la narration se fasse par le biais de Claire et que, donc, forcément, on passe un peu à côté des émotions ressenties par Ella ou Orphée n’est pas particulièrement dérangeant en soi. En revanche, j’ai eu beaucoup de mal à m’habituer au style de l’écriture, d’autant que David Almond est capable d’envolées fluides et mélodieuses, à l’image de ce que l’on suppose être la fameuse chanson d’Orphée, et j’ai donc été un poil déçue que cette capacité ne soit pas plus largement répandue dans son roman La Chanson d’Orphée. Mais bon. Là, encore, on peut faire abstraction. Mais j’ai malheureusement trouvé le personnage d’Orphée, qui ne s’exprime que par mots éparpillés, étrangement fade et inexistant. Et là, c’est furieusement dommage. Dans la mesure où il est tout de même censé être le personnage central, avec Ella Grey (qui est peut-être un peu trop éthérée, à mon goût…). Certes, il reste l’aspect onirique de la chose ; David Almond fait en sorte que l’on se perde dans ses pages un peu comme dans un rêve et que l’on ait un sentiment d’impalpable. Ce qui est plutôt très plaisant. D’autant que cela participe à déconnecter les protagonistes du réel, à les placer dans une sorte de bulle et à leur conférer un certain côté éternel qui sied parfaitement à cette relecture du mythe. Au final, si je n’ai pas été transportée par La Chanson d’Orphée comme je l’espérais, je lui trouve des arguments qui devraient en convaincre plus d’uns parmi nos adolescents, car, Orphée et Eurydice /Ella Grey reste une somptueuse et tragique histoire d’amour qui traverse les âges et émeut profondément.

N.B. : je voulais également souligner le formidable travail d’Emmanuel Polanco, qui nous livre une illustration reprenant parfaitement le thème du Nord minier, servant de contexte moderne à ce mythe.

C’est peut-être alors que j’ai commencé à comprendre, en les voyant marcher l’un vers l’autre cet après-midi là, en les voyant se retrouver, s’embrasser, se chuchoter quelques chose à l’oreille. Ils étaient beaux, comme ils l’avaient toujours été, bien entendu, mais leur beauté était devenue plus profonde, plus douce, plus intense. Ils faisaient autant partie l’un de l’autre que l’océan faisait partie de la plage, que l’air appartenait au ciel ; des hirondelles de mer dansaient au-dessus d’eux, tandis qu’ils restaient là, ensemble, et que les vagues éclaboussaient leurs pieds au bord de l’eau. La Chanson d'Orphée - David ALMOND

Les détails du livre

La Chanson d'Orphée

Auteur : David ALMOND
Illustrateur : Emmanuel POLANCO
Traducteur : Diane MÉNARD
Éditeur : Gallimard Jeunesse
Prix : 15,00 €
Nombre de pages : 288
Parution : 4 janvier 2018

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La Chanson d’Orphée

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. 13 février 2018. Caroline D.