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Cet été-là : de la question de l’amour adolescent et du deuil

[Carozine découvre le roman ado /Young Adult Cet été-là - Sarah OCKLER]

30 Sept. 2016

Carozine lit le roman ado Cet été-là - Sarah OCKLER
Pour ne pas changer une équipe qui gagne (et parce que je n’ai pas encore achevé la lecture de mon dernier roman adulte en date), on reste sur les terres de la littérature jeunesse, mais, cette fois, version adolescent (limite young adult), avec le roman de Sarah Ockler : Cet été-là (Twenty Boy Summer dont on comprend rapidement le pourquoi, en VO). Bon. Très honnêtement, si vous n’êtes pas une petite nénette de 13 ans, mieux vaut ne pas vous fier à la couverture super girly et teenage, avec son coeur en vapeur, pur produit de l’aéronautique (pardon… des « chemtrails ») et sa paire de jambes s’achevant sur une cheville parée d’un bracelet brésilien. Parce que, franchement, la couverture de Cet été-là n’est vraiment pas vendeuse si vous avez quelques années de plus que la cible du roman. En revanche, le texte mérite que l’on s’y attarde… voire que l’on fasse un détour au croisement du rayon de votre librairie. Oui, car il n'y a pas que du mauvais ou du cliché. Promis. Allez. On « chemtrailise » (c'te une joke, hein) à mort en sautant à bord de notre Airbus A380 (soyons local !) en direction des States.

Frankie Perino et moi avons eu de la chance ce jour-là. De la chance d’être en vie. C’est ce que tout le monde a dit. Je m’en suis sortie avec un poignet cassé et un hématome au genou ; ma meilleure amie avec une petite cicatrice qui sépare son sourcil en deux parties. Montée, descente. Bonheur, tristesse. Surprise, choc. Avant, après.
Avant, on avait tous de la chance.
Après, seulement Frankie et moi.
C’est ce que tout le monde a dit. Cet été-là - Sarah OCKLER

Cet été-là : un trio ratatiné à deux membres tentant de survivre

Cet été-là - Sarah OCKLER [ed. Nathan]
Anna a quinze ans et reçoit pour son anniversaire le plus beau cadeau qui soit (celui dont elle rêve depuis qu’elle a dix ans, c’est dire !) : Matt Perino, son meilleur ami dont elle aimerait bien qu’il soit nettement plus qu’un ami, l’embrasse. Enfin. Son coeur s’emballe, le sang lui monte à la cervelle et se fige soudainement : que dire à Frankie, soeur de Matt et troisième membre de ce trio inséparable ? En tant que grand-frère protecteur, Matt assure à Anna qu’il parlera de leur amour et de leur relation à Frankie, lors de leurs vacances, trois semaines plus tard. Jusque là, leur histoire passionnée doit rester secrète. Fort bien. Sauf que (et ne vous inquiétez pas, la tragédie arrive très tôt dans le roman, aucun spolier ne viendra s’immiscer dans ces pages) Matt meurt dans un accident de voiture, sans avoir eu le temps de parler à Frankie. Que faire ? Comment vivre un deuil qu’elle ne peut déclarer sans trahir la mémoire de son amour ? Anna se tait, encaisse et aide son amie à Frankie à faire face. Et Frankie en a bien besoin : dévastée par la mort de son frère, elle s’est muée en étrange et magnifique papillon se brûlant les ailes dans l’espoir d’attirer l’attention de parents anéantis. Mais, quand la famille Perino propose à Anna de venir passer les vacances d’été avec eux, un an après la tragédie, cette dernière accepte : elle espère pouvoir ressentir la présence de Matt dans cette maison qu’il affectionnait tant, aux pieds de l’océan qu’elle n’a encore jamais vu. Frankie, de son côté, espère bien aider son amie à trouver chaussure à son pied, en flirtant outrageusement dès qu’elle en a l’occasion.

En cet instant précis, je ne sais plus rien. Je ne me souvenais plus comment nous étions arrivés dans cette cuisine, pourquoi nous étions couverts de gâteau, pourquoi mon meilleur ami-sans-e me regardais d’une manière si différente ou même comment je m’appelais. J’ai serré les dents pour empêcher ma bouche de prononcer à l’insu de mon cerveau une niaiserie du genre : « Oh, Matt, mon voeu s’est enfin exaucé ! » Luttant contre la vague de stupidité qui m’envahissait, j’ai regardé le petit morceau triangulaire de verre bleu poli qu’il portait autour du cou, attaché à un cordon de cuir. Cet été-là - Sarah OCKLER

Cet été-là : un roman ado sensible et pas trop mal mené

Cet été-là - Sarah OCKLER [ed. Nathan]
Les premières pages du roman Cet été-là sont mielleuses au possible et laissent craindre une overdose de sucre, de rose bonbon et de romance mièvre. Sauf que le sujet du roman de Sarah Ockler bifurque sans prévenir, après nous avoir fait vivre les premiers moments d’un amour pur et intense : après l’émoi des premiers baisers et la fièvre des premiers rendez-vous, Cet été-là évoque le deuil, la perte d’un amour encore à ses balbutiements sans avoir la chance d’avoir une conclusion digne de ce nom. Alors comment tourner la page sans trahir ses sentiments, ni l’amitié nous unissant à la soeur du petit ami perdu ? D’une écriture fluide, sans être remarquablement recherchée (loin de là, même... n'est pas Proust qui veut, n'est-il pas), Sarah Ockler aborde les différents thèmes si chers à l’adolescence : amour et passion ; amitié et trahison… Avec, en fil rouge de Cet été-là, la question de la culpabilité : l’impression de trahir la mémoire d’un amour perdu dans les bras d’un amour de vacances bien présent et qui s’immisce un peu trop rapidement dans le coeur ravagé d’Anna ; impossibilité de s’ouvrir à sa meilleure amie, de peur de trahir un serment secret ; sentiment que le mauvais enfant est resté en vie, face à la détresse de parents perdus et incapables de faire face. Cet été-là file rapidement sur la voie de la rédemption, chassant enfin les non-dits et permettant de réunir une famille que la chagrin a ravagé. Seul souci, pour moi : Sarah Ockler est un peu trop restée dans le superficiel, le bronzage et les tenues de soirée (longuement détaillées... Parents d'adolescentes influençables, préparez-vous à un véritable défilé de bikini et vêtements pailletés ou robes ultra courtes après la lecture du roman de Sarah Ockler !). Les émotions ne sont pas forcément très fouillées (surtout du côté parental), et l’ensemble est peut-être un poil caricatural. Cet été-là sera donc une lecture légère et estivale (je sais, j'ai un calendrier sous le nez, ce n'est plus vraiment l'époque, mais bon, c'est un détail technique), malgré les thèmes abordés… alors que j’aurais aimé quelque chose de plus abouti, de plus réfléchi et, oui, d’un peu moins adolescent.

Lorsqu’on perd un être cher, les gens s’inquiètent toujours de savoir si on tient le coup. En réalité, ça ne les intéresse pas vraiment. Ils attendent qu’on les rassure, qu’on les remercie pour leur soutien, qu’on leur dise que la vie continue et qu’ils peuvent retourner à la leur. Au fond d’eux, ils se demandent pendant combien de temps ils sont censés prendre de vos nouvelles. (La réponse est trois mois. Loi écrite ou pas, c’est le temps que mettront la plupart à oublier ce qui vous obsédera jusqu’à la fin de vos jours.) Cet été-là - Sarah OCKLER

Les détails du livre

Cet été-là

Auteur : Sarah OCKLER
Traducteur : Anne GUILLON
Éditeur : Nathan
Prix : 16,95 €
Nombre de pages : 352
Parution : mai 2016

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Cet été-là

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. 30 septembre 2016. Caroline D.