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Le marchand de sable va passer... chuuut [expression française]

Combien de fois nous surprenons-nous à murmurer d'un air amusé "le marchand de sable va passer" en voyant les paupières d'un gremlin s'alourdir ou le menton de grand-papa faire un plongeon en avant pour venir s'écraser sur sa poitrine après un repas familial bien chargé ? Mais nom d'un petit bonhomme en mousse, d'où vient donc le concept d'un marchand de sable déambulant dans les rues en faisant voltiger des poussières de sable à tour de bras ? Non, parce que pour avoir reçu des tonnes de sable dans les yeux à force de châteaux de contes de fées à construire ou de parties de raquettes se passant exactement sous mon nez pendant que je tentais de bronzer, je peux assurer que le sable dans les yeux, loin d'aider à endormir donnerait plutôt envie de les sortir de leurs orbites et de souffler un bon coup dessus. Que vient donc faire un marchand de sable dans le sommeil ? Mystère...

Le marchand de sable, un mythe occidental

Le marchand de sable va passer [expression française]
Le marchand de sable est un mythe occidental, certes, toutefois les Québécois font bande à part puisque nos amis amateurs de chien-chaud et autre tire sur neige voient apparaître le Bonhomme de sept-heures quand il est l'heure de recouvrir les têtes blondes d'une couette moelleuse : quand le crépuscule tombe et que les enfants refusent de prendre la direction du lit, le sinistre et maléfique Bonhomme de sept-heures (les enfants québécois iraient-ils donc au lit dès sept heures le soir ?) rode avec son dos voûté, sa canne et son chapeau pour enlever les enfants pas sages... Mais trêve de tergiversation et revenons-en à nos moutons : le marchand de sable, devenu l'employeur de Nounours, chargé de mettre au lit Nicolas et Pimprenelle, dans Bonne nuit les petits (et pour en faire une série, cela ne devait pas être une mince affaire, on comprend pourquoi le marchand de sable voulait déléguer cette corvée).

Le marchand de sable... depuis le Moyen-Age

Le marchand de sable va passer [expression française]
Mais d'où vient ce personnage altruiste balançant des poignées de sable pour endormir les enfants ? Pour être tout à fait franche, personne n'en est vraiment certain ! "C'est du propre", vous entends-je déjà ronchonner ; mais passons outre, car la certitude est un concept hautement surévalué. Et, donc, au Moyen-Age, le marchand de sable était un vendeur ambulant qui accostait les cuisiniers et leur procurait du sable à éparpiller sur leurs sols pour les rendre moins glissants et éviter de se retrouver avec une serveuse agitant ses jupons en battant des pieds pour se redresser suite à une chute, entrainant avec elle le beau morceau de sanglier. L'idée d'un marchand de sable venant en aide aux gens en difficulté aura fait son chemin jusqu'à décréter que les parents débordés par des enfants refusant de se coucher avaient bien besoin d'un coup de main puisqu'au XVIIe siècle, Antoine Furetière écrira qu'un "petit homme leur a jeté du sable dans les yeux" pour incarner le sommeil nocturne. Au XVIIIe siècle, le sable comme élément soporifique est entré dans les mœurs et l'on trouve l'expression "avoir du sable dans les yeux" pour désigner cet état de picotement des yeux de nos têtes blondes quand le sommeil les guète. Le marchand de sable entrera définitivement dans la culture populaire au XIXe siècle et continuera d'asperger de sable les enfants et les gros chats pour les faire sombrer dans un profond sommeil plein de jolis rêves.

30 novembre 2010
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La Sherlock des mots. . Caroline DEBLAIS.