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Un anthropologue en déroute : de l'humour so british en Afrique noire

[Critique du roman Un anthropologue en déroute - Nigel BARLEY]

24 Mai 2012

Une amie (fort) avisée me conseilla, il y a quelques semaines de cela, un livre qu'elle avait beaucoup apprécié : Un anthropologue en déroute, de Nigel Barley. Intriguée par le titre et étant une grande amatrice du style britannique, je me lançai dans l'aventure et bien m'en prit ! Certes, Nigel Barley n'est pas le cocasse P.G. Wodehouse ou le caustique Evelyn Waugh mais son récit est empreint de cette indéniable touche so british qui me fait frétiller de joie : l'autodérision. Un anthropologue en déroute sait se moquer de lui-même (oui oui, c'est redondant, mais cela ne fait rien, c'est pour que vous compreniez bien le principe de l'autodérision), du système et de l'administration avec allégresse, alors ne boudons pas notre plaisir !

Un anthropologue en déroute : l'Afrique comme on ne l'a jamais vue

Un anthropologue en déroute - Nigel BARLEY [Ed. Petite bibliothèque Payot]
Il était donc une fois un anthropologue anglais, Nigel Barley (en toute logique), n'ayant jamais mis le moindre petit orteil à l'étranger, les universitaires trouvant plutôt saugrenu d'apprendre une autre culture autrement que dans un livre. Après tout, si d'autres ont fait le voyage pour vous, pourquoi se déplacer ?! C'est également ce que se demande Nigel Barley dans le premier chapitre d'Un anthropologue en déroute. Pourquoi diantre vouloir aller voir de plus près de farfelues populations ? Mais pour se parer d'une aura d'excentricité et pouvoir enfin clouer le bec à ses interlocuteurs ennuyeux d'un péremptoire 'vous n'y étiez pas', pardi ! Ni une ni deux (à quelques mois près), Nigel Barley se rend en Afrique, dans le nord du Cameroun pour y étudier la tribu des Dowayo (choix arbitraire). Nigel Barley va se trouver confronté à l'administration africaine (qui nous pousserait presque à déclarer la nôtre efficace !) qui exige 36 papiers pour permettre à notre anthropologue de partir étudier sa tribu, des sous-préfets pointilleux et inquiets de voir des espions proliférer sur le sol camerounais, des employés de banque multipliant les comptes bancaires mais ne délivrant jamais d'argent et surtout des Dowayo amusés de voir ce Blanc venu de loin pour les étudier, incapable d'apprendre rapidement leur langue et se plantant régulièrement dans les intonations (ce qui, comme en japonais, peut mener à des situations fort embarrassantes).

Si, sur un ancien territoire britannique, quelqu'un s'adresse à vous dans une langue parfaitement incompréhensible -dont même les sons de base vous laissent confondu-, c'est probablement de l'anglais. On me conduisit ensuite dans un autre bureau où de nombreux classeurs étaient rangés sur des étagères, le long des murs. Je remarquai qu'ils contenaient les photos et signalements des personnes interdites de séjour au Cameroun. Qu'un pays aussi jeune ait pu déclarer tant de gens indésirables sur son sol, cela m'étonne encore aujourd'hui. Après avoir passé un long moment à me chercher en vain dans les classeurs, la femme les abandonna sans cacher sa profonde déception. Un nouvel obstacle se présenta lorsque l'on s'aperçut que mes deux photos étaient d'un seul tenant. On me blâma de ne pas avoir pensé à les séparer. Et c'est alors que commença une longue chasse aux ciseaux, qui mobilisa un nombreux personnel.Un anthropologue en déroute - Nigel BARLEY

Un anthropologue en déroute : two thumbs up pour l'humour

Nigel Barley [Un anthropologue en déroute]
Un anthropologue en déroute distille cet humour si britannique à chaque page et c'est un pur régal. Nigel Barley à travers sa plume pleine d'autodérision nous dévoile une Afrique coloniale hilarante, paradoxale et palpable. On endure avec lui les longues heures passées au sein de la préfecture pour obtenir un laisser-passer, on se fait rouler avec lui dans la farine par les Africains et les Dowayo qui poussent très loin la notion de famille et partent du principe qu'il est normal qu'un homme riche paie pour tout le monde. Plongé dans cette ethnie aux moeurs ancestrales, Nigel Barley va découvrir l'Afrique, la débrouillardise, les maladies et les cérémonies rituelles. Un anthropologue en déroute fourmille d'anecdotes sur la vie d'un Européen perdu sur le continent africain, au XXe siècle. Du système de troc au paiement des épouses, en passant par le traditionnel salut "le ciel est clair pour toi ?" et le massacre de poules pondeuses laborieusement élevées par notre anthropologue pour se nourrir d'autre chose que de mil (il fallait éviter que les poules ne perdent leurs forces à cause des oeufs...), Nigel Barley croque une Afrique haute en couleurs, d'une plume à la sauce victorienne. Ses péripéties sont souvent jubilatoires alors pourquoi se passer d'une bonne dose d'humour ?!

Sans plus de formalités, il s'empara d'une paire de pinces et, sans la moindre hésitation, m'arracha deux dents de devant. Cette attaque éclair émoussa, sembla-t-il, ma sensibilité à la douleur de l'extraction. Les dents étaient cariées, m'annonça-t-il. (...) Il n'est guère commode d'argumenter dans une langue étrangère avec deux dents de devant en moins. Je parvins à un certain résultat : il saisit que j'étais un patient difficile. "Dans ce cas, me dit-il d'un ton froissé, je vais aller chercher le dentiste lui-même." Mais alors qui m'avait soigné ? (...) Un autre homme fit son apparition, lui aussi en blouse blanche. Aussitôt, je lui demandai s'il était le dentiste. Il me confirma qu'il l'était. L'autre homme était son mécanicien, il réparait aussi les montres.Un anthropologue en déroute - Nigel BARLEY

Les détails du livre

Un anthropologue en déroute

Auteur : Nigel BARLEY
Editeur : Petite Bibliothèque Payot
Prix : 9.15 €
Nombre de pages : 271
Parution : 27 avril 2001.

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Un
Anthropologue
en déroute

24 mai 2012

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. . Caroline D.

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