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Trois mille chevaux-vapeur : du roman d’aventures noir et intense

[Carozine dévore le roman Trois mille chevaux-vapeur - Antonin VARENNE]

15 Fév. 2016

Carozine lit le roman Trois mille chevaux-vapeur - Antonin VARENNE
Autant vous le dire tout de suite : je suis à la traîne (Etienne) ! Le mois de janvier, avec ses questionnements et remises en question, n’ayant pas été un mois idéal pour la lecture, mes lectures pour le jury Le Livre de Poche, section Littérature, ont pris un sérieux retard. Et, quand je me suis plongée dans le roman Trois mille chevaux-vapeur, le moral n’était pas franchement au beau fixe… ce qui se révéler problématique quand il s’agit d’affronter un pavé de 690 pages. Et pourtant, j’ai tenu bon et, au final, je crois bien que j’ai même apprécié cette lecture. C’est pas peu dire ! (C'est même un sacré compliment, d'ailleurs.) Allez, hop, c’est parti pour la découverte de cette première lecture pour le jury Le Livre de Poche (qui devrait s’étaler sur plusieurs mois) : Trois mille chevaux-vapeur, d’Antonin Varenne. Les autres ne devraient plus tarder, promis juré… puisque, de toute façon, je dois voter pour le 28 février. Il va falloir carburer !

Le dos creusé par la fatigue, la tête à demi enfoncée dans l’abreuvoir, la jument pompait bruyamment des litres d’eau. Rooney saisit le licol, lui sortit la bouche de l’eau et grimaça en mettant le pied à l’étrier. Il avait galopé la moitié de la nuit d’une caserne à l’autre, son cul lui faisait mal, il avait de la terre plein les dents et le nez, le soleil lui chauffait le crâne.
Quinze miles jusqu’au comptoir de Pallacate.
La bête secoua la tête, refusant le mors. Rooney tira sur les rênes, la jument se cabra et il se rattrapa au pommeau pour ne pas tomber. Le caporal se marrait. Trois mille chevaux-vapeur - Antonin VARENNE

Trois mille chevaux-vapeur : des survivants fantomatiques, des cadavres mutilés et la Birmanie, Londres…

Trois mille chevaux-vapeur - Antonin VARENNE [ed. Le Livre de Poche]
Nous sommes en 1852, en Birmanie. Lord Dalhousie, gouverneur des Indes, vient de déclarer la guerre au roi des Birmans, mettant en marche l’armée de Madras à travers des campagnes qui se vident. Dépêché par les autorités militaires, le soldat Rooney s’affaisse, ensanglanté, aux pieds du sergent Arthur Bowman, prié de rejoindre Madras avec ses troupes. Il y découvre sa mission pour le moins étrange : il est chargé, dans le plus grand secret, de remonter le fleuve Irrawaddy à la rencontre de l’ambassadeur de Min, avec des hommes de confiance… dont dix devront être choisis par ces soins. Comment ? Simple : Arthur Bowman sélectionne le premier, Edmond Peevish, surnommé le Prêcheur et qui vient d’échapper au couteau d’un compagnon d’infortune… chargé de choisir un homme en qui il a toute confiance, le Prêcheur jette son dévolu sur celui qui portait le couteau en question : Christian Bufford. Le lendemain, les dix hommes qui se sont auto-sélectionnés retrouvent le sergent Bowman tandis que le donneur de mission leur ordonne d’abandonner leurs affaires de militaires britanniques pour adopter les tenues birmanes… Six ans (et une captivité) plus tard, Arthur Bowman erre sur les quais londoniens qu’une puanteur pestilentielle étouffe, submergeant ses souvenirs par l’opium et l’alcool. Sauf qu’un cadavre retrouvé dans les égouts fera ressurgir les cauchemars de sa captivité… Mutilé des mêmes blessures qu’ont subies les dix hommes ayant survécu à la prison birmane, le cadavre signifie une seule chose : l’un des dix hommes est devenu un meurtrier et doit être arrêté à tout prix.

Il s’arracha au sol, avança vers la porte, se retrouva dans le couloir et marcha jusque dehors. Sous la lune noire, bouche grande ouverte, il respira à pleins poumons. L’air était chaud, humide et confiné, trop épais pour apaiser son vertige.
Il ne savait pas pourquoi, ni comment cela se passerait, mais il venait d’être condamné à mort. Ce n’était pas arrivé sur un champ de bataille ou à l’assaut d’un nid ennemi, seulement devant une carte, un duc trop pressé pour finir ses phrases et un capitaine qui fumait un cigare. Et au lieu d’une sentence, il avait reçu un ordre.
Il marcha jusqu’au bastingage, y appuya ses mains et regarda au loin les lumières de Rangoon. Trois mille chevaux-vapeur - Antonin VARENNE

Trois mille chevaux-vapeur : roman halluciné, dense et noir

Trois mille chevaux-vapeur - Antonin VARENNE
Si les premières pages sont un peu difficiles à se mettre en place, Antonin Varenne cherchant à nous prodiguer le contexte historique nécessaire pour comprendre les enjeux de la guerre en Birmanie et des intérêts financiers de la Compagnie des Indes, son style fluide et parfois brut de fonderie (en même temps, il parle de militaires et de mercenaires, donc bon, la poésie n’aurait probablement pas eu sa place) prend ensuite le dessus pour nous emporter dans un formidable roman d’aventures, un poil halluciné… à l’image de son héros au cerveau embué par l’opium et perdu dans ses cauchemars. Et je dois dire qu’Arthur Bowman est une sacrée trouvaille, oscillant entre violence et fragilité, force et finesse. Au fil de ses recherches, il plongera dans la noirceur de l’âme humaine, découvrira la cupidité des hommes, la corruption et l’appât du gain… ainsi que les existences brisées de survivants plongés dans des intérêts qui les dépassent et survivant difficilement. La trame de Trois mille chevaux-vapeur est dense, intense, magnifiée par une écriture vive, qui joue avec nos nerfs en masquant les détails que notre curiosité réclame, en multipliant les rebondissements. Trois mille chevaux-vapeur navigue en eaux sombres, entre quête hantée de fantômes et chemin de la rédemption. Porté par des paysages magnifiques, imprégnés de sueur et de poussière, Trois mille chevaux-vapeur nous transporte dans la folie des hommes, d’un continent à l’autre, avec un souffle épique loin d’être désagréable, malgré quelques stéréotypes. La beauté de la chose ? Ce goût âpre qui reste en bouche après avoir refermé ce roman d’aventures habité, à la lisière d’un monde en train de basculer et où tout est à construire… Alors, est-il vraiment possible de repartir de zéro ? De se reconstruire malgré tout ? De survivre, notamment grâce à la lecture ? Antonin Varenne, avec Trois mille chevaux-vapeur, livre sa vision crépusculaire et c’est franchement réussi.

La pluie mitraillait l’immeuble, frappait aux carreaux. Le vent fusait sous les portes et les fenêtres. Bowman enfouit sa tête dans ses mains et poussa un cri pour ne plus entendre la mousson et les hurlements des hommes à qui l’on tranchait les doigts, arrachait les ongles et brûlait la peau.
Il cria jusqu’à ne plus avoir de souffle, se releva en s’appuyant sur une table et vomit tout l’alcool qu’il avait dans le ventre. il s’essuya la bouche et il lui sembla que le silence était revenu.
Ou bien était-ce parce que son regard avait trouvé à quoi s’accrocher et que ses pensées s’étaient brutalement arrêtées, sur une image qui ne semblait appartenir ni à ses rêves ni à la réalité ? Trois mille chevaux-vapeur - Antonin VARENNE

Les détails du livre

Trois mille chevaux-vapeur

Auteur : Antonin VARENNE
Éditeur : Le Livre de Poche
Collection : Littérature
Prix : 8,30 €
Nombre de pages : 696
Parution : 30 septembre 2015

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Trois mille chevaux-vapeur

15 février 2016

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

Autres lectures de Carozine : Le Convoi : une Amazonie torride pour un roman poétique.

. . Caroline D.

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