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Toutes les familles sont psychotiques : du déjanté dopé aux sitcoms

[Carozine dévore le roman Toutes les familles sont psychotiques - Douglas COUPLAND]

Carozine lit le roman Toutes les familles sont psychotiques - Douglas COUPLAND
Il y a des livres comme ça, où l’on hésite. On se dit « arf, oui, on y va… hof, mais peut-être que je vais être déçue ». Bah oui. Parce qu’on en a entendu parler. Mais, parce que ça me démangeait et que ça me titillait depuis plusieurs mois, j’ai craqué, et je me suis plongée dans le roman de Douglas Coupland : Toutes les familles sont psychotiques, et je dois avouer que je ne l’ai nullement regretté. Bien au contraire (« filet mignon ». Oui, je sais, on a les références cinématographiques que l’on peut. En l’occurrence, Megamind. Moins prestigieux que À bout de souffle, c’est sûr. Mais, a priori, tout le monde a vu le premier. Le second, c’est nettement moins sûr. Bref !). Je disais donc que j’ai passé mon week-end dernier, nichée sur un fauteuil moyennement confortable d’une compagnie aérienne dont je ne citerai pas le nom, à dévorer les pérégrinations d’une famille assez particulière. Le truculent roman Toutes les familles sont psychotiques a fait passer le temps vitesse grand V. Et j’en remercie bien bas môsieur Douglas Coupland. Et voilà.

Janet ouvrit les yeux. L’éclat préhistorique du soleil de Floride flamboyait au-dehors. Elle entendit un chien aboyer ; un coup de klaxon ; un bout de refrain en espagnol fredonné par une voix masculine. Sa main se porta sous sa cage thoracique, du côté gauche, et d’un geste machinal elle effleura la cicatrice de la balle. La blessure qui s’était refermée en une masse de chair dure, renflée et informe, avait l’aspect d’un bout de chewing-gum collé sous une table. Elle s’était étonnée de voir sa chair guérir de manière aussi banale. Toutes les familles sont psychotiques - Douglas COUPLAND

Toutes les familles sont psychotiques : les Drummond débarquent en Floride

Toutes les familles sont psychotiques - Douglas COUPLAND [ed. 10 /18]
Il était une fois une famille, d’origine canadienne, qui cherchait à se réunir autour du rejeton prodige de la fratrie : les Drummond. Le « il était une fois » des contes de fée s’arrête là. Car la famille Drummond dynamite tout sur son passage. Le prodige de la famille n’est autre que Sarah qui, malgré une main manquante (ah ! les miracles de la médecine moderne et des traitements expérimentaux sur les foetus !), se retrouve sous les projecteurs alors qu’elle s’apprête à flotter dans l’espace. Nous sommes en Floride, près de la base de la NASA, et Sarah a convié toute la famille à son exploit. Janet Drummond, la mère, bien déterminée à faire bande à part car refusant que sa fille ne lui paie une chambre dans un hôtel de luxe, attend gentiment que son gendre vienne la chercher. Sauf que voilà. Monsieur gendre doit d’abord aller récupérer fils aîné, Wade, bloqué dans une prison pour avoir pris la défense de Dieu dans un bar. Quant au petit dernier, Bryan, il débarque accompagné d’une jeune fille au caractère explosif, au prénom imprononçable et enceinte. Et le père, dans tout cela, me demanderez-vous ? Ted s’est fait la malle avec Nickie… qui a eu la (mal)chance de croiser Wade dans un bar, sans le connaître, de s’envoyer en l’air avec lui, et d’attraper le sida. Oups.

Elle commanda un café Americano, servi à une allure d’escargot par la serveuse qui fit déborder la tasse en la posant sur le bar. Quand elle demanda des glaçons, la fille la fixa comme si elle se trouvait au milieu d’une chaîne de forçats et lui tendait un quart bosselé pour avoir de l’eau. Janet la regarda d’un air gentil, paya l’addition, puis, les yeux brillants, avec l’impression d’être en haut des montagnes russes, elle ajouta d’une voix mielleuse : « Toi aussi, va te faire foutre, chérie ». Toutes les familles sont psychotiques - Douglas COUPLAND

Toutes les familles sont psychotiques : roman survolté pour une vision explosive de l’Amérique

Toutes les familles sont psychotiques - Douglas COUPLAND [ed. 10 /18]
Je vous avais prévenu(e)s : la famille Drummond dynamite tous les clichés du genre. Avec Toutes les familles sont psychotiques, Douglas Coupland revisite aux amphétamines le roman familial. Quand tout le monde se retrouve sous le soleil de Floride, il est évident que le train ne peut que dérailler. Et là, je dois dire que Douglas Coupland s’en donne à coeur joie. Chaque page est un trésor de rebondissement, l’intrigue est rocambolesque à souhait et l’on se demande à chaque nouveau chapitre dans quoi la famille Drummond va s’embarquer. En l’occurrence, dans un road trip salvateur suite à une embrouille destinée à renflouer les caisses des hommes de la famille…. sauf que le commanditaire finit raide mort dans les allées de Disney World. Fâcheux. Mais les Drummond ne sont plus à cela près. Si chaque membre de la famille possède une tare (séropositif, tendance suicidaire, malformation physique…), ils sont passés rois dans l’art et la manière de ne pas se laisser abattre et de rebondir. Avec le roman Toutes les familles sont psychotiques, on touche au burlesque caustique, au soap opera déjanté (« y a qu’à voir » : Shw —avouez que le prénom se pose là— ne va jamais aux toilettes car c’est « patriarcal et bourgeois » et que cela sacrifie les libertés individuelles sur l’autel de l’hygiène). Le lecteur y perd ses repères (notamment entre passé et présent, entre lesquels Douglas Coupland nous fait constamment naviguer), les décors virevoltent tout en restant incroyablement kitsch et cheap… en somme, Toutes les familles sont psychotiques défie les structures du genre. Néanmoins, cette famille reste attachante avec ce lien indéfectible qui les unit malgré les différences et à l’encontre de toutes les conventions sociales : l’amour. Donc oui, j’ai adoré lire Toutes les familles sont psychotiques. Ce n'est pas à mettre dans toutes les mains, certes, mais c'est fendard.

—Non, non. Vous ne comprenez pas. Cette maladie, c’est toute ma vie. C’est parce que je l’avais que j’ai décroché de l’héro. Que j’ai cessé de boire. Que j’ai trouvé le Seigneur… et maintenant elle a disparu. Et je ne sais plus quoi faire. Je n’ai rien d’autre dans la vie. Je travaille comme croupière chez Harrah et voilà tout ce qui me reste. Tout à coup, mon existence est devenue si étriquée que j’ai l’impression d’être invisible. La semaine dernière, j’étais une courageuse survivante (…) et maintenant, je ne suis plus qu’un moustique. Toutes les familles sont psychotiques - Douglas COUPLAND

Les détails du livre

Toutes les familles sont psychotiques

Auteur : Douglas COUPLAND
Traducteur : Maryvonne SSOSSÉ
Éditeur : 10 /18
Prix : 8,80 €
Nombre de pages : 400
Parution : 6 mai 2004

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

Autres lectures de Carozine : L'Heure de Plomb : le nature writing prend (une nouvelle fois) le pouvoir.

. 17 décembre 2016. Caroline D.