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Sulak : le piment d’une vie de braqueur gentleman

[Carozine se captive pour le roman Sulak de Philippe JAENADA]

6 Mars 2014

Carozine lit Sulak de Philippe Jaenada
En ce début de semaine printanier (ou presque, mais les jonquilles et autres crocus ont déjà débarqué dans les jardins et il fait un temps radieux, donc on s'y croit, en toute logique), voici le grand retour des lectures consacrées au jury littéraire de ELLE avec le premier livre de la sélection : Sulak, de Philippe Jaenada. Autant le dire tout de suite, je ne connaissais ni l’auteur (dont c’est pourtant le huitième roman, ahem...), ni le braqueur dont il s’agit : Bruno Sulak, qui a mis les bijouteries sur les rotules au début des années 1980, quand j'étais encore en couche-culotte. Bref, ce n’était pas gagné tout cela. Et pourtant, Sulak m’a transportée ; la plume de Philippe Jaenada est vive et pétillante, c’est un vrai plaisir que d’avoir découvert cet auteur... et la vie trépidante de son personnage, Bruno Sulak (parce qu'il faut bien le dire, Philippe Jaenada a le chic pour nous rendre la vie de grand bandit franchement palpitante et de mettre sur la balance nos grands principes).

La vie de Bruno Sulak, que j’essaie comme je peux de raconter dans ce livre (ce n’est pas votre problème, bien sûr, mais si je peux m’autoriser une petite jérémiade (il est 4h40 du matin, j’ai la gueule de bois depuis deux jours, j’ai fumé un paquet de cigarettes depuis le début de la nuit, il pleut dehors et du coup mon genou gauche se bloque et me fait mal, c’est l’âge (...)), ce n’est pas votre problème, mais croyez-moi, raconter la vie de Bruno Sulak, ce n’est pas commode), s’est construite évidemment sur son adolescence, son enfance, voire sur la vie de son père et même de son grand-père le gendarme violoniste, mais s’est véritablement orientée, décidée, sans lui (ce ne sera pas la seule fois), un après-midi de 1972 dans un bar à Yougos du haut des quais de Seine, près de la Villette (un bar-restaurant qui s’appelle aujourd’hui La Plage et n’a plus de yougo que son patron, Nenad (mais c’est déjà beaucoup, car il reste serbe comme quatre) -de manière émouvante et fantastique, en tout cas pour moi, ce Nenad était il y a quinze ans le patron du Saxo Bar (...). Sulak - Philippe JAENADA

Sulak : une famille ayant des principes, un braqueur gentleman et une France moisie

Sulak : Philippe JAENADA [Ed. Julliard]
Il était une fois un grand-père polonais, Sulak l’aïeul, qui décidait de s’installer en France avec sa femme d’origine ukrainienne pour y avoir de meilleures chances que dans leur pays d’origine où l’économie n’était pas brillante. Ils mirent au monde un garçon, prénommé Stanislas, et qui passera sa vie à lutter contre les autorités françaises qui tiennent absolument à le voir dans des champs, et tout simplement pour avoir de quoi nourrir sa famille, qu’il a nombreuse : le premier à voir le jour est Bruno, puis vinrent Pauline, Denis et Stella. Les gênes des Sulak sont bouillonnants et emprunts d’une rébellion contre la vie monotone et la petite autorité nauséabonde des petits supérieurs de rien du tout qui nous pourrissent la vie en étant convaincus de valoir mieux que nous. Bruno Sulak prendra non seulement de ces gênes, mais également du charisme de son père. Il grandira à Marseille, où il aura vite fait d’abandonner l’école où il s’ennuie prodigieusement (c’est souvent le problème quand on est trop intelligent), de s’adonner au vol de mobylettes pour pavaner avant de vouloir s’engager dans l’armée (dont il se fera virer au bout de six mois, on y apprécie que moyennement les voleurs de mobylettes) et de se retrouver dans la légion…. puis d’en déserter et de se lancer dans la vie de braqueur professionnel. Pendant ce temps, un certain Drago (que Bruno rencontrera dans la légion) est trimballé jusqu’à Paris par sa famille yougoslave ; Novica Zivkovic (qui deviendra Steve le Grand), venu des contrées moroses de Serbie, fait des siennes sur le ring et papillonne dans le milieu du cinéma ; et, une belle jeune femme brune aux yeux bleus qui pétillent et qui sera surnommée Thalie par ses camarades d’école catholique se rend compte que la vie bien sage n’est pas faite pour elle. Tout ce petit monde finira par se rencontrer par des chemins de traverses ; Thalie et Bruno devenant rapidement des amants inséparables. Elle participera aux braquages de supermarchés, que Bruno veut sans violence et avec politesse : Bonjour Monsieur, je vous prie de me donner votre caisse, au revoir et bien la bonne journée. S’ouvre alors la vie de cavale, les hôtels et les grands restaurants, les billets qui voltigent et les bijoux qui claquent (oui, parce qu'après les supermarchés viennent les bijouteries, dont Cartier... le pompon de la cerise étant la revente des bijoux volés directement auprès des assureurs)... avant la provocation et la chute (inévitable). Car Bruno Sulak et son petit groupe sont surveillés de près par un policier qui aurait tout aussi bien pu être un brigand : Georges Moréas.

Le vendredi 20 avril 1979, tandis que Bruno entame une partie d’échecs contre Jean-Louis S. (une initiale, pour changer, certains indomptables sont devenus de bons pères et grands-pères de famille), un détenu de dix ans son aîné avec qui il va rapidement nouer une forte amitié (et forte amitié, chez les prisonniers, ce n’est pas de la petite sympathie de comptoir, à la tienne, à la revoyure), le président Jimmy Carter pêche sur un étang de sa propriété de Plains, en Gerogie. Il est seul dans une petite barque très simple. Son secrétaire, un garde du corps et un photographe de la Maison-Blanche discutent su la berge à quelques dizaines de mètres, sans lui prêter grande attention. Jimmy Carter n’a rien pris depuis une heure, il commence à s’ennuyer. Soudain, il entend un bruit particulier dans l’eau, tourne la tête et voit une grosse bête nager droit vers lui en éméttant des sons inquiétants, des sortes de sifflements de gorge et de grincements de dents. Il met cinq secondes à comprendre, même si son cerveau résiste, qu’il s’agit d’un lapin. Un très gros lapin. Il pense un instant que le pauvre Jeannot est en train de se noyer, mais pas du tout, le pauvre Jeannot fonce furieusement sur lui la gueule ouverte, les yeux globuleux sortant de leurs orbites, un regard de tueur. Sulak - Philippe JAENADA

Sulak : humour, grand banditisme et passion

Philippe JAENADA, auteur de Sulak [Ed. Julliard]
Philippe Jaenada (qui, pour écrire Sulak a mené un véritable travail d’enquêteur et a rencontré Pauline, Thalie, mais également le beau-frère de Bruno, le petit frère de son complice de toujours -Steve- ou encore Georges Moréas) fait vivre les aventures de Bruno Sulak d’une plume alerte, pétillante d’humour et d’auto-dérision, mais également délicate et pleine de tendresse pour ces personnages dont il s’est épris… et nous aussi. Philippe Jaenada réussit la prouesse de nous faire aimer Bruno Sulak, ce braqueur séducteur et gentleman qui sème la zizanie dans les rangs de la police et chez les grands bijoutiers, mais également le grand policier Moréas. Il nous fait découvrir un Bruno Sulak au grand coeur, avec des principes auxquels il ne déroge jamais, une culture et une intelligence fine, qui se révolte contre les petits carcans (dans lesquels il ne rentre pas) de notre société, contre l’hypocrisie ambiante et la corruption qui envahit les sphères politiques et économiques ; quitte à ne pas rentrer dans les jolis moules que la société nous a prévus, Bruno Sulak a décidé de créer son propre chemin et de vivre comme il l’entend… ce qui le rend terriblement sympathique et attachant. Philippe Jaenada retrace également cette relation d’équilibriste qui s’établit entre le braqueur de génie et le policier admiratif ; mais nous dévoile également le charisme incomparable de Bruno Sulak car, après tout, combien de braqueurs peuvent se vanter d’avoir eu un sous-directeur de prison et un surveillant tenant à préparer eux-mêmes un plan d’évasion pour leur prisonnier ?! Sulak est une lecture délectable (et peuplée de digressions) qui oscille sans cesse entre grande histoire et petites anecdotes, aussi bien autour de la vie de Sulak que de celle de Philippe Jaenada ou même de Jimmy Carter et Anny Duperey ; Philippe Jaenada fait de cette vie en dehors des sentiers prévus un feu d’artifice de passion et d’amitié. Une petite merveille. Sur ce, je vous laisse, je vais aller préparer mon braquage chez Cartier. Non ? Bon.

En revenant à la surface ce samedi matin, en sortant la tête par la plaque d’égoût de la rue de Sèvres, Georges Moréas ne peut s’empêcher d’attarder ses yeux sur les jambes dorées de trois jolies filles qui passent sur le trottoir. Dragueur même quand il n’a que la tête qui dépasse, il les salue en souriant. Elles lui retournent un regard froid, lourd de dégoût ou de mépris - de pitié si on est de bonne humeur. Il écrira plus tard : « Egoutiers, mes frères, ce jour-là, j’ai compris l’abnégation qui entoure votre métier, la puérilité des demoiselles. » Il est à cet instant aussi proche que possible de celui qui sera bientôt son adversaire, son double du côté sombre. Sulak - Philippe JAENADA

Les détails du livre

Sulak

Auteur : Philippe JAENADA
Editeur : Julliard
Prix : 22 €
Nombre de pages : 496
Parution : août 2013.

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Sulak

6 mars 2014

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

Autres lectures de Carozine : Pfitz : philosphie et passion, un mélange détonnant

. . Caroline D.

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