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Prime Time : du rififi chez les Terricules

[Carozine dévore le roman Prime Time - Jay MARTEL]

12 Juin 2015

Carozine dévore le roman Prime Time - Jay MARTEL
Décidément, on n’en finit plus de voyager ! Est-ce le prochain départ pour le Péloponnèse (oh ouiiii !) ou les chaleurs torrides de ces derniers jours ? Toujours est-il que j’ai des envies de bougeotte et, après l’Australie, l’Angleterre… je me suis dit « what the f**k », explorons un autre continent et, pourquoi pas ?, soyons fous ! une autre galaxie. C’est désormais chose faite avec le désopilant Prime Time, premier roman d’un Américain qui décoiffe un peu (et qui n’est peut-être pas tout seul dans sa tête, mais les limites entre génie créatif et folie pure sont toujours quelque peu diaphanes, voire inexistantes) : Jay Martel. Le tout a été publié par une maison d’édition que je ne connaissais pas encore mais qui m’a grandement donné envie de la suivre (car elle semble être tout aussi décalée que ce roman de Jay Martel) : Super 8. Bref ! Passons aux choses sérieuses (si tant est qu’il existe quoi que ce fut de sérieux en ce bas monde).

Note confidentielle.
De : Desmond Icarus E. Upsilon
A : Membres du Conseil d’administration interplanétaire
Objet : Stratégies pour le maintien de la prédominance actuelle de nos Prime Time dans la galaxie occidentale
La principale quête du genre humain n’est plus la nourriture, la sécurité ou la liberté, ni même la transmission de son patrimoine génétique aux générations futures. Aujourd’hui, le plus grand défi du genre humain est d’échapper à l’ennui. Nous sommes bien placés pour savoir que, sans un flux constant et cathartique de divertissements de qualité, l’Humanité se retournerait bientôt violemment contre elle-même et finirait par disparaître.
Prime Time - Jay MARTEL

Prime Time : des Terricules ; une bonne dose d’ennui et des Edénistes

Prime Time - Jay MARTEL [ed. Super 8]
Nous sommes à Los Angeles et Perry Bunt, la presque quarantaine dégarnie et scénariste sur le retour (ou non, d’ailleurs), s’ennuie ferme dans son travail barbant au possible et qui consiste à donner des cours d’écriture à des étudiants abrutis ayant des idées franchement improbables. Ceci étant, dans son petit groupe d’étudiants au regard de vache s’est glissée une fille absolument magnifique et pas bête : Amanda Mundo, belle, blonde et un je-ne-sais-quoi d’exotique. Les hormones en ébullition, notre loser américain la suit un soir et atterrit dans les locaux de Galaxy Entertainment « nos prestations ne sont pas de ce monde ». Comme il va rapidement s’en apercevoir, les choses n’y tournent pas tout à fait rond, dans la mesure où une énorme limace aux cent yeux observe une nuée d’écrans sur lesquels s’agitent des Terriens. Malheureusement pour lui, après avoir été garni de bandes métalliques dans le cerveau, Perry Bunt est réfractaire aux tentatives d’effacement de sa mémoire : il est donc confronté à la vérité. Amanda Mundo est une extraterreste, venant d’Eden et où les êtres hautement supérieurs qui constituent sa patrie s’ennuient ferme depuis qu’ils ont éradiqué toute pulsion humaine de leur comportement : pas de sexe ; pas de violence… pas de fun, en somme. Donc, ils se divertissent en regardant un programme passionnant : la Terre et ses habitants, renommés Terricules. Oui, parce qu’ils sont plutôt ridicules avec leur naïveté, les longues minutes qui s’écoulent avant que la lumière ne s’allume dans leur cerveau et, surtout, leur vaste crétinerie. Galaxy Entertainment est donc devenu le spécialiste des programmes terriens, qu’il a transformé en TV réalité. Problème : les audiences sont en chute libre car les Edénistes commencent à saturer de notre égoïsme. Solution : faire exploser la Terre en un final absolument grandiose qui boostera les audiences avant de passer à un autre programme. Mais Amanda et Perry Bunt ne l’entendent pas de cette oreille. Perry Bunt décide donc 1) de pondre un scénario destiné à sauver la Terre mais devant le peu de résultat de cette méthode décide donc 2) de sauver lui-même la Terre en semant l’amour et la générosité…

A une époque l’esprit de Perry était même tellement rempli d’histoires qu’il ne s’y trouvait plus de place pour autre chose. Les problèmes commencèrent lorsqu’il se mit à son bureau afin de les écrire pour de bon. Car si Perry avait un sens aigu de ce qui pouvait rendre une histoire intéressante (« l’hameçon » dans le jargon de l’industrie du cinéma), il fit preuve d’une réelle médiocrité lorsqu’il fallut mettre pour de bon les mots par écrit (…). Et, de toute évidence, aller jusqu’au bout des choses n’était pas du tout le fort de Perry. Prime Time - Jay MARTEL

Prime Time : un roman désopilant au cynisme travaillé

Prime Time - Jay MARTEL
Partant de toutes les absurdités et autres incongruités de ce monde, Jay Martel offre une théorie franchement fascinante et hilarante : les extraterrestres nous observent et interviennent quand ils s’ennuient un peu trop. Cela nous donne surtout un festival de trouvailles farfelues et un roman survolté qui part absolument dans tous les sens, pour notre plus grand plaisir. Car oui, le farfelu a du bon ! Surtout quand il est emporté par une écriture alerte et ciselée, saupoudrée d’une sacrée rasade d’humour, de cynisme et d’auto-dérision. Prime Time nous propose une vision déjantée de notre réalité, de la religion et de nos icônes et, très franchement, on se demande un peu jusqu’où Jay Martel osera aller, tellement sa plume tire sur tout ce qui bouge, ou presque : les philanthropes richissimes qui font payer les dîners qu’ils organisent ; les sectes et autres religions naissant de trois fois rien et d’un engouement certain ; les guerres (honnêtement, l’idée du stylo avec la burqa et la fille nue, made in Israël, comme déclencheur idéal est juste bidonnante) ; la télévision et la suprématie de l’audimat… j’en passe, bien évidemment : il faut bien vous laisser quelques surprises (et elles seront nombreuses) ! Le personnage de Perry Bunt, oscillant entre tête-à-claques quand il était au sommet de sa carrière et ombre de lui-même terrassé par le manque de confiance en lui depuis qu’il en est descendu est attachant : forcément, il ne peut lui arriver que des aventures rocambolesques en souhaitant faire le Bien car la confiance aveugle n’est pas vraiment ce qui règne dans nos rues et, comme les Edénistes, plus il essaie, plus on se marre. Car oui, Prime Time tape dans le mille, souvent où ça fait mal, mais de façon jubilatoire. On en aurait presque une vision désarmante des Terricules, avec leurs rêves d’impossible, leur folie et le sens de leur prééminence… avant que le naturel ne revienne au galop et ne serve de terreau fertile à l’imagination débordante de Jay Martel. Prime Time est un portrait au vitriol de notre société, une vision hilarante de nos travers… avec cette question sous-jacente : quel est le plus avilissant des deux ? Agir n’importe comment ou regarder la pagaille et s’en délecter ? A coup de pichenettes caustiques, de remarques mordantes et d’ironie délectable, Prime Time fascine, passionne et emporte dans le tourbillon des aventures de cet anti-héros attachant qu’est Perry Bunt. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est à « hurler de rire », mais ce mélange de The Truman Show (on est obligé d’y penser), Hitchhiker’s Guide to the Galaxy (pour le grand n’importe quoi) et un soupçon de Pierre Richard (je pense que Perry Bunt est du genre à choisir la chaise cassée, lui aussi) est un délice à consommer sans modération, une gourmandise délirante et d’autant plus appréciable !

Les épaules de Perry s’affaissèrent. Ses scénarios n’étaient même pas assez bons pour les extraterrestres. Mais, se dit-il, elle aurait pu aller dans n’importe quel cours d’écriture sur Terre, et elle était venue au sien.
« Eh bien, mes cours ont dû vous plaire, dit-il.
- Absolument », répondit Amanda. Le coeur de Perry se mit à faire des bonds. « Nous avons observé plusieurs centaines de cours d’écriture de scénario, et c’est dans le vôtre qu’ont été écrits les pires scripts que nous ayons lus. Prime Time - Jay MARTEL

Les détails du livre

Prime Time

Auteur : Jay MARTEL
Editeur : Super 8
Prix : 19,00 € [12,99 au format Kindle]
Nombre de pages : 480
Parution : 12 mars 2015

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Prime Time

12 juin 2015

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

Autres lectures de Carozine : Sous un ciel immense : un roman puissant qui envoûte et emporte et, pour les jeunes parents, tatas /tontons gagas ou grands-parents farfelus : l'album jeunesse Mes nouveaux animaux de compagnie, une petite merveille de drôlerie.

. . Caroline D.

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