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Pfitz : philosphie et passion, un mélange détonnant

[Carozine plonge dans le roman Pfitz - Andrew CRUMEY]

21 Fév. 2014

Carozine lit Pfitz d'Andrew Crumey
Oui, je sais, cela fait des lustres (enfin de nombreux jours, pour être précise et un peu de rigueur quasi militaire ne ferait pas de mal) que je n'ai rien publié sur Carozine mais figurez-vous que j'étais prise d'une flemmardise aigüe et absorbée par d'autres projets... mais pour me faire pardonner, voici un article sur un petit roman qui vaut le détour et qui embellira votre week-end (avouez que c'est tentant !). Cela faisait quelques temps que le roman d’Andrew Crumey, Pfitz, trainait sur le coin d’un meuble (en me faisant de l'oeil avec sa couverture sur laquelle un petit homme se trouve piégé dans un tiroir-bureau) en attendant patiemment que je me plonge dedans et, après avoir testé les nouvelles (Fugitives) du prix Nobel Alice Munro, c’est désormais chose faite : Pfitz est un ovni ; un roman qui oscille entre oeuvre philosophique reprenant les trames classiques du genre (une conversation « éclairée » entre deux personnages à la recherche d’une vérité universelle), histoire d’amour (forcément) contrarié, espionnage et fiction grandiloquente…

Pfitz : un coup de gomme et une vie transformée

Pfitz - Andrew CRUMEY [Ed. Arbre vengeur]
En plein siècle des Lumières, il était une fois un Prince ayant pour particularité d’inventer des cités abracadabrantes et de mobiliser son peuple autour de ses idées farfelues : cartographes pour dessiner les contours, ingénieurs de travaux civils mais également biographes car, et c’est finalement plutôt logique si l’on pousse le raisonnement jusqu’à ses limites, il faut bien peupler ces villes imaginaires de petits personnages tout aussi irréels. Après avoir conçu une première ville, en hommage à son défunt amour, le Prince sort de ses neurones la ville de Rreinstadt et, par une belle journée, l’un des cartographes de cette cité imaginaire tombe éperdument amoureux d’une belle rousse… biographe de son état. Histoire de trouver de quoi abreuver leurs conversations, le cartographe (Schenck) se penche sur le travail de la rousse resplendissante (Estrella) et aperçoit qu’elle oeuvre sur la création de la vie du Comte Zelneck ; il n’en faut pas moins pour que le cartographe énamouré plonge dans ses cartes à la recherche du comte et découvre, aux côtés de ce personnage, un nom gribouillé au crayon papier : Pfitz. Supposant immédiatement qu’il s’agit là de son fidèle serviteur, Schenck retourne, tout fier de lui, auprès de la biographe et lui parle innocemment de Pfitz, afin de se faire mousser. Manque de bol, la biographe n’en a jamais entendu parlé et exige de Schenck qu’il lui apporte plus de détails à ce sujet… voilà donc notre cartographe amoureux contraint d’inventer une vie, celle du serviteur Pfitz, loin d’être aussi abruti que sa condition ne pourrait le laisser présager.

Le Comte n’était pas seul dans sa chambre. Sur le plancher, à côté de lui, Schenck vit une silhouette irrégulière, à peu près de la taille d’un homme, qui avait été effacée et redessinée, avec une inscription à la plume que Schenck eut du mal à déchiffrer. Pfitz, à première vue. Il devait s’agir du domestique du Comte. Le cartographe se réjouit plus grandement encore que ses recherches l’aient conduit un peu plus loin dans la vie du Comte. Pfitz - Andrew CRUMEY

Pfitz : fiction, passion, meurtres et philosophie

Pfitz - Andrew CRUMEY [Ed. Arbre vengeur]
Avec Pfitz, Andrew Crumey signe une oeuvre sortant de tous les chemins battus et rebattus ; les cités irréelles sortent d’une imagination trépidante et les destins se font (ou se défont) au gré de plumes expertes. Car les biographes ne sont pas les seuls à plancher sur les vies de ces petits personnages virtuels ! Il existe également un service destiné à pondre en série les romans des écrivains fictifs ; Pfitz, avec ses trouvailles vertigineuses, plonge dans des aventures rocambolesques, ponctuées de réflexions sur la création, l’indicible limite entre rêve et réalité. On se lance, à la suite de Schenck, dans la naissance d’un personnage virtuel que l’on doit raccrocher à des événements qui ne sont réels que dans la fiction, mais également dans une enquête qui nous conduira jusqu’aux pensées confuses d’un écrivain conçu par des plumes perturbées. Pfitz est un roman indéfinissable, une oeuvre intelligente, pleine d’humour et inventive qui pourrait même vous faire apprécier la philosophie (car, soyons honnête, qu’il y avait-il de plus soporifique que ces conversations interminables entre l’élève et le maître ?!).

Le Préposé releva la tête à cause de ce fâcheux qui se rappelait à son attention et dont, apparemment, l’impudence l’irritait fort.
« Et alors ?
- S’agit-il d’un livre de Rimmler ou de vous ?
Le visage du Préposé exprima la stupéfaction face à cette démonstration d’ingénuité.
« Assurément, vous ne vous entendez guère aux activités du service des Belles-Lettres. L’oeuvre dans laquelle vous me voyez plongé est l’une de mes obligations en tant que membre du Comité d’Ecriture. Les romans de Rimmler sont produits par une équipe de cinq personnes agissant de concert. Je fais partie de cette équipe. Tout ce que nous savons de Rimmler vient du service Biographique. Nous savons, par exemple, qu’il produira dix romans avant sa mort. Pfitz - Andrew CRUMEY

Les détails du livre

Pfitz

Auteur : Andrew CRUMEY
Editeur : L'Arbre vengeur
Prix : 15,30 €
Nombre de pages : 263
Parution : février 2010.

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Pfitz

21 février 2014

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. . Caroline D.

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