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Personne ne gagne : concentré de vie à la dure

[Carozine dévore le roman Personne ne gagne - Jack BLACK]

Carozine lit le roman Personne ne gagne - Jack BLACK
J’ai décidé qu’il était temps de faire une pause dans le montage, pliage and co. Non, parce que bon. On dit souvent qu’il faut être un couple soudé pour avoir un enfant. Et rien n’est plus vrai que cet adage quand on se trouve confronté au manuel d’utilisation de la Yoyo by Babyzen. Car Babyzen n’est pas pour la paix des ménages. Oh que non. Preuve en est : leur ridicule manuel en images proprement incompréhensibles qui te font comprendre que, franchement, tes neurones se sont un peu trop dilués dans la vodka absorbée ces précédentes années car même le premier benêt y parvient d’un claquement de doigt. Mon oeil. Bref. Une pause s’impose. Et, pour cela, rien de mieux que de vous parler de ma dernière lecture en date, avec laquelle nous revenons sur les terres adultes (oh oui !) et américaines (oh chic !) : Personne ne gagne, de Jack Black (rien à voir avec l’acteur, je vous le dis tout de suite). Un concentré de vie pure et dure qui se dévore d’une seule traite. Allez, on empoigne un bâton de dynamite et on file entre les pages de Personne ne gagne !

Aujourd’hui, je suis archiviste au San Francisco Call. On ne peut pas dire que j’ai la tête de l’emploi. Je pivote sur ma chaise pour me regarder dans le miroir et ce n’est pas le visage d’un archiviste que je vois. Pas de front haut, pâle, lisse. On est loin de la figure calme, posée, placide d’un homme studieux. Mon front n’est pas spécialement bas, mais les rides qui le barrent sont comme des cicatrices de coups de couteau. Personne ne gagne - Jack BLACK

Personne ne gagne : un adolescent en fuite vers du plus vert

Personne ne gagne - Jack BLACK [ed. Monsieur Toussaint Louverture]
Nous sommes à une époque qui n’est pas la nôtre et Jack Black, adolescent de 14 ans plutôt mal dégrossi, quitte le pensionnat catholique où l’avait collé son père, à la mort de sa mère, et où il s’est pris d’admiration non pas pour la Bible mais pour les exploits de Jesse James. Si Jack Black ne connaît pas grand-chose de la vie à sa sortie du pensionnat, du moins a-t-il la conviction que le travail dans un bureau, ce n’est pas pour lui. Mais alors pas du tout. Ceci étant, afin de subvenir à ses besoins et d’avoir les moyens de s’offrir le complet gris de ses rêves, Jack Black se dégote un petit boulot : vendre des cigares / surveiller les parties de poker clandestines, et collecter les créances du laitier aux quatre coins de la ville. De rencontres en décisions pas toujours judicieuses, Jack Black finit par quitter le foyer paternel et se lancer dans la vie de grands chemins…

Si c’était ça l’aventure, je n’en voulais plus. Fini pour moi. Elle m’avait conduit là. Fatigué, affamé, ensanglanté, effrayé à l’idée de fermer l’oeil de peur qu’on me trouve, qu’on me traîne en prison et qu’on me condamne sans appel. Smiler était mort. (…) Je n’éprouvais aucun remords pour ce qu’on avait fait. Je n’étais pas désolé. Je ne considérais pas avoir fait quelque chose de mal, cette idée ne m’avait même jamais effleuré. Personne ne gagne - Jack BLACK

Personne ne gagne : un roman brut de fonderie et poignant

Personne ne gagne - Jack BLACK [ed. Monsieur Toussaint Louverture]
C’est le Jack Black (qui n’est autre que Thomas Callaghan, si l’on se fie au rabat de Monsieur Toussaint Louverture) adulte, rangé et posé, qui nous relate la vie de cet adolescent toujours en cavale, parfois en prison et systématiquement à l’affût d’un bon coup pour se remplir les poches. Car, après avoir appris les ficelles du métier d’un vagabond voleur croisé sur le bord de la route, Jack Black ne tardera pas à choisir le vol pour assurer sa subsistance… À sa suite, nous traversons les Etats-Unis, des banlieues huppées de San Francisco aux petites villes minières planquées dans le Montana, ou encore en empruntant un train de marchandise jusqu’à la ville de Seattle, alors en pleine mutation. D’un style fluide, vivant et rythmé, Jack Black nous dévoile cette vie rocambolesque, que l’on prend un immense plaisir à découvrir… car, l’atout indéniable de Personne ne gagne est le recul dont fait preuve l’adulte face aux choix faits par l’adolescent. Jack Black pose un regard lucide et rafraîchissant sur cette vie pleine de rebondissements, ne se cherchant aucune excuse. Avec Personne ne gagne, Jack Black assume ses actes et ses choix, nous explique qu’il lui aura fallu un paquet d’années pour distinguer le Bien du Mal et, surtout, faire face aux conséquences de ses actes car l’amour de la liberté ne pousse pas toujours dans le bon chemin. Personne ne gagne est un roman qui vibre, qui interroge et passionne ; un formidable portrait d’un criminel au grand coeur refusant avec vigueur les codes imposés par la société, d’une époque et d’un pays en constante mutation. Plus qu’une autobiographie, Personne ne gagne est un magnifique roman d’aventures.

Quand j’ai commencé à voler, je n’avais que vaguement conscience de mal agir. Çe me paraissait normal parce que c’était ce que faisaient les gens autour de moi ; et puis c’était risqué, c’était excitant. Avec le temps, c’est devenu une routine exécutée de sang-froid, et même si j’étais méthodique, acceptant dangers et privations, j’étais tout à fait conscient de la gravité de mes actes. Chaque fois que je volais un dollar, je savais que je violais la loi et infligeais de la souffrance à quelqu’un. Pourtant j’ai continué des années. Personne ne gagne - Jack BLACK

Les détails du livre

Personne ne gagne

Auteur : Jack BLACK
Traducteur : Jeanne TOULOUSE et Nicolas VIDALENC
Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture
Prix : 11,50 €
Nombre de pages : 470
Parution : 1 juin 2017

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Personne ne gagne

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. 17 mars 2018. Caroline D.