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Dépoussiérez les classiques ! Orgueil et Préjugé : loin d'être godiche

[Critique du roman Orgueil et Préjugé - Jane AUSTEN]

Carozine lit Orgueil et préjugé
Il est grand temps pour vous de farfouiller dans votre grenier ou dans la pile de livres vous servant à caler votre table de chevet pour épousseter (et lire, pendant que vous y êtes) votre exemplaire d'Orgueil et Préjugé, écrit par Jane Austen en 1796. Car qui mieux que Jane Austen (que l'on prononce "tène" avec l'accent tonique sur le "aus" et non pas "tine" car il ne viendrait à l'esprit de personne de dire qu'il est "tine o'clock" nom d'une pipe en bois) sait décrire la délicate condition des femmes dans cette période de transition entre XVIIIe et XIXe siècle ? Qui d'autre qu'une femme d'une monde ne pouvant prendre publiquement le statut d'écrivain pourrait évoquer la difficulté de se rebeller contre le patriarcat (trop) bien établi de la société anglaise du XVIIIe siècle ? Qui mieux que Jane Austen peut vous faire vibrer au rythme des battements d'un coeur amoureux lors d'une valse ?

Orgueil et préjugé : un chef d'oeuvre de sarcasme

Orgueil et Préjugé - Jane AUSTEN [Ed. du Rocher]
Prenez donc votre livre (pavé serait peut-être plus approprié en l'occurrence) entre quatre chapitres et plongez dans la vie de la gentry et surtout dans l'univers maussade d'Elisabeth Bennet, coincée entre une soeur aînée discrète et bien pensante, une cadette à l'esprit tellement borné qu'elle est incapable de retirer la moindre pensée intelligente de ses nombreuses lectures, deux petites soeurs délurées accourant jupons à l'air au moindre mouvement d'un uniforme masculin et une mère aussi gaie qu'un croque-mort dont le seul et unique objectif dans la vie est de marier ses cinq filles, car bien sûr, point de salut sans mariage et point de mariage sans riche parti. Car, comme le dit si bien la première phrase d'Orgueil et Préjugé : "Il est une vérité communément admise : c'est qu'un célibataire doté d'une solide fortune a certainement besoin d'une épouse".
Maussade, la vie de l'intelligente et pétillante Elisabeth l'est sans conteste, jusqu'au jour où le frétillant Fitzwilliam Darcy débarque dans cette morne campagne sur son joli canasson, fortune au bras. Vous vivrez alors au rythme des battements de ces deux coeurs pris entre conventions sociales, passion, préjugés et mensonges ; Jane Austen saura épicer cette intrigue amoureuse un rien classique en y saupoudrant sarcasme et humour saugrenu.
Au bout de quelques jours, Mr Bingley vint rendre la politesse à Mr Bennet, et passa une dizaine de minutes en sa compagnie dans sa bibliothèque. Il avait nourri l'espoir de faire la connaissance des jeunes filles de la maison, dont on lui avait beaucoup vanté la beauté, mais il ne vit que le père. Les demoiselles, pour leur part, eurent plus de chance, puisqu'elles eurent l'occasion de constater, de leurs propres yeux, par une des fenêtres du premier étage, qu'il portait un habit bleu et montait un cheval noir.Orgueil et Préjugé - Jane AUSTEN

Orgueil et préjugé : merci Jane Austen !

Orgueil et Préjugé - Jane AUSTEN [Ed. Folio]
Orgueil et Préjugé se défait ainsi de son carcan de roman d'amour pour être nimbé de cette aura que confère à un chef-d'œuvre la cruauté de son auteur, dépeignant d'une plume diabolique un milieu social conventionnel et étriqué. N'hésitez plus ! Orgueil et Préjugé (Pride and Prejudice pour nos amis amateurs de V.O) est une merveille de la littérature britannique et Jane Austen reste un auteur moderne, tout en étant un monument incontournable. La preuve ultime de la modernité de Jane Austen ? Les innombrables adaptations cinématographiques de ses oeuvres : Bridget Jones, volume un, est (très) librement adapté d'Orgueil et Préjugé (d'ailleurs le nom de l'un des héros n'est autre que Darcy) ; quant au bollywood américanisé qu'est Bride and Prejudice (appréciez le joli changement de lettre dans la version anglophone du titre, qui fut piètrement traduit en français par Coup de foudre à Bollywood), le film suit à la lettre la trame du roman de Jane Austen... avec des accents indiens à couper au couteau.
Et pour clore cet article, je vous donne les propos du père, suite aux frasques de sa benjamine enfuie avec un viril uniforme : « Allons, allons, ne sois donc pas malheureuse. Si tu es sage pendant les dix années à venir, je t'emmènerai voir un défilé militaire la onzième ».
Mary n'avait pas plus de génie que de goût, et sa vanité, si elle l'avait rendue appliquée, lui avait donné aussi un air prétentieux et des façons pédantes qui eussent nui à un talent bien supérieur au sien. On avait écouté avec beaucoup plus de plaisir Elizabeth, simple et sans effectation, alors qu'elle jouait nettement moins bien ; et Mary, lorsqu'elle eut terminé un long morceau, s'estima heureuse de pouvoir glaner des éloges et susciter un peu de gratitude en jouant des airs écossais et irlandais, à la demande de ses deux soeurs cadettes qui, en compagnie de quelques jeunes Lucas et de deux ou trois officiers, avaient formé un embryon de bal, à un bout du salon.Orgueil et Préjugé - Jane AUSTEN

Orgueil et Préjugé

Auteur : Jane AUSTEN
Editeur : Le Livre de Poche
Prix : 6.27 €
Pages : 512
Parution : 30 novembre 2011.


Orgueil et
préjugés

12 août 2010
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