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Obsessions : anecdotes et réflexions décalées

[Carozine découvre le roman Obsessions - Jean-Jacques SCHUHL]

10 Juin 2014

Parmi les autres sélection de la conférence destinée à nous souffler des idées de lecture, figurait Obsessions, de Jean-Jacques Schuhl ; sagement, la libraire nous avait aussitôt avertie que Jean-Jacques Schhul n'était pas vraiment sa tasse de thé, qu'elle avait déjà essayé mais sans succès, avant de poursuivre que, néanmoins, Obsessions était la manière idéale d’aborder l’auteur. Soit. J’ai donc essayé. Obsessions est un ensemble disparate d'anecdoctes piquées d'un humour distant (et heureusement que cet humour est présent !), parsemées de souvenirs personnels et de réflexions... les contours de chaque souvenir étant savamment floutés par des digressions et une bonne dose de fantasmes. Obsessions, finalement, n'est pas tant une révélation de la vie de Jean-Jacques Schuhl qu'une esquisse de ses vies rêvées et fantasmées et donc forcément à côte de la plaque (et nécessairement contrariées par la réalité). Néanmoins, bien que le romanesque et le burlesque ponctuent cet ensemble de nouvelles qu'est Obsessions, disons, de façon diplomate, que Jean-Jacques Schuhl ne figurera pas sur la liste de ces auteurs dont je suis la carrière avec ardeur.

Ce matin, j’ai reçu une lettre anonyme. Une phrase au crayon, à l’écriture fine et déliée, sur une feuille de papier écolier : Ghost writer move your arm again. Le tampon sur l’enveloppe indiquait un code postal qui correspondait au département du Doubs où je ne connais personne. Ghost writer ? j’ai pensé que l’expression, qui chez les Américains s’applique au « nègre » qui fait le livre pour un autre, devait dans mon cas être prise plus littéralement : écrivain fantôme, qui n’écrit presque pas, dont la présence est fantomatique. Obsessions - Jean-Jacques SCHUHL

Obsessions : anecdotes et décadence

Obsessions - Jean-Jacques SCHUHL [Ed. Gallimard]
Par une belle journée, Jean-Jacques Schuhl reçoit une lettre anonyme d’une personne qui avait manifestement apprécié les premiers romans de l’auteur et l’intimait de reprendre l’écriture. Fort bien. Sauf que Jean-Jacques Schuhl n’a pas forcément d’inspiration flagrante sur le moment et la lettre sombre donc dans l’oubli. Ou peu s’en faut. Car la lettre relancera tout de même le processus et Jean-Jacques Schuhl se lance donc dans une avalanche d’anecdotes de sa vie, qu’il nous raconte avec humour et détachement. Dans le tas, nous trouverons l’histoire d’un chapeau acheté sur un coup de tête, juste dans l’optique de ne plus être lui mais quelqu’un d’autre (quelqu’un de plus fantasque, peut-être), et dont il reste l’étiquette qui se balance négligemment au gré des pérégrinations de Jean-Jacques Schuhl. Ou encore cette cravache que l’auteur achète, là aussi sur un coup de tête, pour l’excellente raison qu’il a rencontré (et passé la nuit avec elle, tant qu’à faire) une femme charmante s’étant exclamée, une fois en petite tenue, qu’elle était un cheval ; fort bien, décrète aussitôt Jean-Jacques Schuhl avant d’en référer à une amie maîtresse SM (oui, oui… j’avais prévenu qu’il y avait de la décadence dans Obsessions, aucune réclamation ne sera donc autorisée) qui lui suggère l‘utilisation de la cravache (avec la notice d’explications détaillées, parce qu’il semble que l’on n’utilise pas une cravache à la légère sur une femme, non mon bon monsieur). On passera également un dîner fort glauque dans une taverne spécialiste du cochon en tout genre (sans jeu de mots, absolument aucun, il s’agit bel et bien de l’animal rose et grassouillet à la queue en tirebouchon), une soirée dans une belle et élégante voiture à la recherche de l’endroit idéal pour faire des photos ou encore une après-midi avec un proche d’Andy Warhol dont le téléphone se fait polluer par des appels cochons (et nous ne parlons plus de l’animal, ici, n’est-il pas docteur Watson). Bref.

Je racontais souvent dans ce que j’écrivais que j’étais « pour l’impersonnalité » et je ne sais quoi encore, tout juste si j’allais pas chercher des formules dans un bouddhisme de pacotille, ou peut-être taoïsme, et dans la vie quotidienne je m’accrochais encore à des signes d’identité. C’était la manche maintenant qui pendait et l’autre qui tirait dessus… Un bras du mannequin venait de se détacher. Bon sang ! mais qui ou quoi nous avait fourré ces goûts, ce genre, ce style dans la tête ? Désormais j’allais laisser venir les choses, me laisser choisir par elles au hasard, faire preuve d’indifférence. Obsessions - Jean-Jacques SCHUHL

Obessions : le néant d’une vie

Obsessions - Jean-Jacques SCHUHL
Avec une écriture enlevée nimbée de romanesque et de poésie, Jean-Jacques Schuhl zigzague entre anecdotes futiles, souvenirs et réflexions que cela génère, créant un ensemble disparate et aérien... et prouvant que Jean-Jacques Schuhl possède un talent qu'il peut aiguiser si l'on demande gentiment. Cependant, je n'ai pas franchement accroché à cet univers. Le plus dérangeant dans Obsessions n’est pas tant que le sexe se retrouve au centre de chaque anecdote déclinée en nouvelle, ou presque (et il faut bien admettre que si le sujet m’amuse quelques instants, quand cela tourne à l’obsession, justement, et qu’on nous en rebat les yeux à chaque page, je sature franchement), mais bien l’incroyable solitude qui submerge le roman de Jean-Jacques Schuhl… cette impression de néant terrible qui aspire l’âme. Jean-Jacques Schuhl évolue dans un milieu qui m’est absolument étranger, où se mêlent personnalités et décadence ; rien ne semble tourner bien rond dans ce monde où l’ennui perle à fleur de peau. Au-delà de cela, Jean-Jacques Schuhl a le mérite d’aborder sa vie avec humour et autodérision, à se moquer de ce décalage qui existe entre la vision qu’il a de son personnage social et la réalité du personnage qui, comme pour tout un chacun, se trouve dans des positions grotesques au lieu d’illuminer la nuit d’un incroyable charisme. Il s’imagine dandy décadent mais se retrouve petit personnage à qui l’on a posé un lapin ou dont le peignoire est saccagé par les mains maladroites d'une piètre couturière ; il se voit autre, dans une tenue digne d’Oscar Wilde, mais son étiquette le rend ridicule… et c’est finalement là le principal intérêt que j’ai pu trouver à Obsessions : un joyeux décalage avec la réalité.

J'avais rencontré la jeune femme par hasard et après quelques verres on s'était retrouvés dans une chambre en forme de cube aux murs faits de miroirs, le plafond aussi : un dé géant en miroirs, et comme j'avais bu j'ai eu l'impression à un moment que le dé commençait à rouler. Sa robe tomba tout de suite et elle fut à quatre pattes sur le tapis, en dessous chics. Et elle déclara sur un ton naturel : "Je suis un cheval !". Cette information éveilla mon intérêt (après tout, je suis un grand fan de l'inconsistance humaine), mais me laissa désemparé (devrais-je dire désarçonné ?) quant à la marche à suivre... Sur l'instant j'ai pensé : "Me voilà dans un dé avec une centaure". Je suis si romanesque ! Obsessions - Jean-Jacques SCHUHL

Les détails du livre

Obsessions

Auteur : Jean-Jacques SCHUHL
Editeur : Gallimard
Prix : 15,90 €
Nombre de pages : 160
Parution : avril 2014

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Obsessions

10 juin 2014

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. . Caroline D.

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