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Mon Ántonia : pépite américaine

[Carozine dévore le roman Mon Ántonia - Willa CATHER]

Carozine lit le roman Mon Ántonia - Willa CATHER
Cela fait une éternité (presque littéralement) que je n’ai rien partagé sur ce blog qui commence sérieusement à sentir le renfermé ! Il est donc temps d’ouvrir les fenêtres, de secouer un peu les pages et de remuer mes doigts pour vous faire découvrir une lecture qui vaut le détour : Mon Ántonia, de Willa Cather. Un roman que j’ai découvert grâce à ma Kube (celle pour une personne spéciale... à savoir moi !), ce qui fait passer plus facilement la pilule du prix (un poil dispendieux pour un portefeuille déjà anorexique comme le mien) de cette box lecture. Une petite merveille qui m’a transportée cet été (oui, tout l’été ou presque, car les vacances avec une Crevette sont tout sauf reposantes et les moments à soi sont.... disons.... rarissimes !) et qui vous permettra de vous évader un peu depuis votre canapé en cette rentrée qui s'annonce un poil morose au vu du climat ambiant.

C’est lors d’un voyage interminable à travers la grande plaine centrale d’Amérique du Nord que j’entendais parler d’Ántonia pour la première fois.
J’avais dix ans ; j’avais perdu mon père et ma mère en l’espace d’un an et mes cousins de Virginie m’envoyaient chez mes grands-parents qui habitaient le Nebraska. Mon Ántonia - Willa CATHER

Mon Ántonia : un garçon face à l’immensité de la vie

Mon Ántonia - Willa CATHER [ed. Rivages poche]
Jim, orphelin de dix ans, prend le train pour traverser les Etats-Unis vers l’Ouest plein de promesses où l’attendent ses grands-parents qui y tiennent une ferme prospère. Dans le train qui brinquebale, il entend parler d’une famille d’immigrants venant de l’autre côté de la mer (la Bohême, qui dans notre géopolitique moderne est devenue la République tchèque) et dont la fille aînée a des yeux bruns vifs et brillants comme une pièce d’un dollar. Ils se rendent tous dans le Nebraska où une nouvelle vie les attend. Rapidement, les deux enfants vont s'apprivoiser et s'apprécier, grandir et vivre leurs expériences sans perdre l'autre de vue. L'un auprès de grands-parents aimants et tentant de lui offrir le meilleur pour élargir ses horizons ; l'autre auprès d'une famille déracinée ayant du mal à s'installer, un brin envieuse des possessions de leurs voisins.

Par ces soirées étoilées, quand le froid piquait, nous restions près du poêle, assis tout autour du feu qui nous nourrissait, nous donnait sa chaleur et nous gardait de bonne humeur : nous entendions hurler les coyotes près des enclos, et leur glapissement affamé et sinistre, chaque fois, rappelait aux garçons de merveilleuses histoires d’animaux ; loups et ours gris des Rocheuses, lynx et pumas des montagnes de Virginie. Quelquefois, on arrivait à convaincre Fuchs de parler des hors-la-loi et des desperados qu’il avait connus. Je me souviens d’une histoire dans laquelle il jouait un rôle qui fit rire grand-mère alors qu’elle pétrissait son pain (...). Mon Ántonia - Willa CATHER

Mon Ántonia : un magnifique roman d’apprentissage

Mon Ántonia - Willa CATHER [ed. Rivages poche]
C’est l’époque des pionniers de l’Ouest. Des colonies formant de petits villages. Le Grand Ouest américain comme on se l’imagine, avec ses vastes prairies rouges traversées par le vent et ses rudes hivers pendant lesquels les hommes se retrouvent auprès du feu pour évoquer leur passé et chanter. L’époque des rêves illimités, surtout pour un petit garçon fraîchement débarqué et fasciné par cette voisine venue de loin, à la peau brune et aux yeux inoubliables. De l’enfance à l’âge adulte, on suit Jim à travers champs, puis lors des bals de la ville et l’université... et toujours, en toile de fond, son affection pour la belle Ántonia, petit électron libre de la campagne qui trace sa vie comme elle l’entend. A travers les pages de Mon Ántonia, c’est toute l’Amérique du XIXe siècle qui palpite avec ces familles qui s’installent au gré de leurs rêves ou de leurs économies, ces campagnes magnifiques et ces petites villes où se côtoient les filles de la campagne, libres et audacieuses, et les filles des villes, qui font bien pâle figure à côté... du moins, si l’on se fie à Jim. Car c’est bien là le trésor de Mon Ántonia : tout le roman se découvre à travers Jim, sa candeur lors de son arrivée, ses émotions adolescentes, sa vision teintée de mélancolie de l’adulte. Mon Ántonia est un somptueux roman d’apprentissage à l’écriture simple mais fluide et au décor grandiose qui réveille nos envies d’espace et nous dessine en filigrane, comme sur une pellicule déchirée que l’on recolle, un personnage féminin assez hors du commun, celui de cette Ántonia qui embrase les pages du roman à chaque apparition (et, à ses côtés, toute une galerie de personnages franchement attachants). On retrouve un peu de Proust dans Mon Ántonia : la recherche dans la mémoire d’une figure du passé que Jim nous rend par le biais de ses souvenirs épars et de ses sensations que Willa Cather rend presque charnelles. Une œuvre magistrale qui se referme sur ces champs immenses parcourus par le vent, un coucher de soleil inoubliable et l’intime. En bref, Mon Ántonia m’a enthousiasmée.

Au-dessus de ma tête, le ciel avait cette indescriptible nuance bleue de l’automne : brillante et sans ombre, avec la dureté de l’émail. Vers le sud, je voyais les falaises de la rivière, brunes dans l’ombre. De tous côtés s’étendaient des champs où le maïs se desséchait et avait cette couleur or pâle que je connaissais si bien. Le duvet des chardons de Russie voltigeait sur les hauteurs et s’accumulait dans les fils de fer barbelé, formant comme des barricades. Le long des sentiers à bestiaux, les plumets des verges d’or tournaient déjà au gris parsemé de fils d’or, comme un velours tout chaud sous le soleil. Mon Ántonia - Willa CATHER

Les détails du livre

Mon Ántonia

Auteur : Willa CATHER
Traducteur : Robert RUARD (V.O: My Antonia)
Éditeur : Rivages poche
Prix : 8,50 €
Nombre de pages : 350
Parution : juin 2019

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Mon Antonia

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. 27 août 2020. Caroline D.