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Le verger de marbre : de la fuite magnifiée vers le cimetière

[Carozine dévore le roman Le verger de marbre - Alex TAYLOR]

16 Août 2016

Carozine lit le roman Le verger de marbre - Alex TAYLOR
Il fait chaud au point que l’on pourrait faire rôtir des marrons sur un rebord de fenêtre, et, tandis que je grignote mes (exquis) sablés au cacao et pépites de chocolat noir (oui, parce que je me suis dit, comme ça, sur une lubie, qu’il ne faisait peut-être pas suffisamment chaud chez moi, derrière les pierres blondes bordelaises, et j’ai donc eu envie de mettre le four en marche… no comment), je me dis qu’il est temps que j’abatte de la chronique, histoire de vous donner un aperçu de mes lectures de l’été (et, aussi, de vider un peu ma pile de livres, parce que ce n’est pas des plus gracieux dans un salon et, surtout, ce n’est pas pratique pour étendre ses pieds sur la table basse). Bref ! J’entame le marathon de la rentrée littéraire avec une sortie aux éditions Gallmeister (et merci à la merveilleuse Léa qui a organisé ce challenge et nous permet de découvrir des romans en avant-première) : Le verger de marbre, roman noir signé Alex Taylor (qui n’est pas le journaliste britannique, mais bien un auteur américain, perdu dans le fin fond du Kentucky). Nous allons donc nous rafraîchir quelques instants à l’ombre des pierres tombales, et découvrir une Amérique un poil différente de celle des cartes postales.

Beam y croyait à présent.
Debout dans l’ombre brûlante du sycomore qui se répandait sur l’herbe épaisse battue par le vent, il observait les tables de pique-nique alignées avec leurs nappes blanches chargées de plats et de cocottes -…- et il croyait à présent les rumeurs qu’il avait entendues pendant des années sans leur apporter de crédit : qu’il n’était pas un Sheetmire parce qu’un autre sang fiévreux rugissait dans ses veines. Le verger de marbre - Alex TAYLOR

Le verger de marbre : un jeune homme confronté aux conséquences et au retour de bâton

Le verger de marbre - Alex TAYLOR [ed. Gallmeister]
Beam Sheetmire a dix-neuf ans et pas forcément beaucoup de plomb dans la cervelle. Grand et doté d’une épaisse tignasse blonde, il dénote un peu dans les réunions familiales. Et pour cause, les Sheetmire ont des origines indiennes et sont plutôt trapus, bruns. Par une lourde soirée, Beam remplace son père, Clem Sheetmire, aux commandes du ferry servant de navette entre les berges de la Gasping River. Sur le ponton se tient un homme aviné, qu’il ne connaît pas, mais qui semble en savoir long sur Beam et sa famille. N’aimant pas les insinuations de l’homme, et encore moins le ton sur lequel il avance de nébuleux propos, Beam l’assomme… et le tue. D’autant plus fâcheux qu’en découvrant l’identité du cadavre, son père le condamne à l’exil : la fuite est la seule solution pour échapper à la colère du caïd local, Loat Duncan, qui se trouve être le père du cadavre et qui, évidemment, sera d’autant moins ravi de la nouvelle de la mort de son fiston qu’il en attendait avec impatience un colis. Quand le corps mal lesté est retrouvé quelques heures plus tard par le shérif, Elvis Dunne, une impitoyable partie d’échecs commence.

Un feu de colère envahit Beam avant d’exploser, laissant derrière lui un cratère glacial. Il n’avait pas aimé que l’homme le traite de gamin, ni la façon dont son sourire s’était effacé sournoisement de son visage, laissant place à un regard vide et indéchiffrable. Beam ne se considérait pas comme un enfant. Il avait dix-neuf ans, de la niaque à revendre et une bonne dose de malveillance tapie en lui, le genre de jeune qui montre les dents devant les vitrines, les miroirs de salle-de-bains, les enjoliveurs et l’argenterie volée, tout ce qui a le culot de lui faire voir sa tronche. Le verger de marbre - Alex TAYLOR

Le verger de marbre : un roman noir intense et sinueux

Le verger de marbre - Alex TAYLOR [ed. Gallmeister]
En quelques paragraphes, l’écriture fuselée et sobre d’Alex Taylor nous envoûte. Les pages du roman Le verger de marbre suintent la sueur, la poussière des routes desséchées du Kentucky, et l’odeur de l’acier des armes. Avec Le verger de marbre, nous plongeons dans l’Amérique profonde où sourde la violence, où les hommes se plient à des lois supérieures à celles de la police. Lentement mais avec une puissance inexorable, Alex Taylor dénoue les fils du passé et des décisions étranglant chaque personnage car, oui, Beam paiera pour les erreurs de ses parents et apprendra, à la dure, les leçons d’une vie inéluctablement condamnée aux horreurs et au vice. Fuir est finalement une nécessité pour se préserver. Dans son errance, il rencontrera un étrange ange gardien, Pete Daugherty, vieil homme farfelu et plein de sagesse qui tentera d’apaiser le sang bouillonnant de Beam Sheetmire et de lui apprendre à réfléchir avant d’agir… mais il rencontrera également un étrange et dangereux routier en costume, cherchant à tirer son épingle du jeu. Mais si vous pensez que Beam pourra se promener tranquillement au coeur du Kentucky, votre oeil risque de souffrir à cause du doigt qui s’y plonge. À ses trousses, Loat Duncan déploie tout son machiavélisme pour reprendre le colis qui lui était naturellement dû, laissant dans les choux le shérif (pourtant plutôt perspicace dans sa perception des choses). Mais, il s’agit des éditions Gallmeister, et la plume d’Alex Taylor ne s’arrête pas aux hommes, loin de là : la nature est omniprésente et poétique, imprégnant Le verger de marbre, lui donnant un timbre particulier, une ambiance qui envoûte. Ça dessoude sévère entre les pages du roman noir Le verger de marbre et Alex Taylor mène sur un rythme d’enfer une intrigue efficace. Car, dans Le verger de marbre palpite une Amérique différente, violente et cruelle, répondant à la loi du plus fort. Ou du plus malin, au choix. Le verger de marbre est un western moderne et cruel, magnifiquement mené et diablement addictif.

(*) Oui, oui, oui, mesdames et messieurs ! "Western" est le seul mot qui me vient à l'esprit face aux décors brillamment plantés par Alex Taylor... et notamment l'impressionnant bar de Daryl.

Elvis tapota doucement le bar, puis se tourna et regarda la pièce. Au milieu de la piste de danse se trouvait une grande tâche noire. Il s’approcha vivement et s’accroupit à côté, les danseurs le regardant bizarrement en glissant autour de lui. Il se pencha et toucha la tache, le bois lisse et brillant.
(…) Elvis se releva et passa sa chaussure sur la tache. Il regarda Daryl sur son perchoir devant le bar, assis comme un roi négligent dans une chambre des comptes avec le sang pour devise, un homme qui ne traitait qu’avec la mort en personne. Le verger de marbre - Alex TAYLOR

Les détails du livre

Le verger de marbre

Auteur : Alex TAYLOR
Traducteur : Anatole PONS
Éditeur : Gallmeister
Prix : 19,50 €
Nombre de pages : 288
Parution : 18 août 2016

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Le verger de marbre

16 août 2016

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

Autres lectures de Carozine : La mémoire des embruns : une Tasmanie ensorcelante (plus que le roman en lui-même ?).

. . Caroline D.

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