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Le testament américain : une note farfelue dans un petit village

[Critique du roman Le testament américain de Franz BARTELT]

23 Juin 2012

Une fois n'est pas coutume, c'est un article (peut-être paru dans Le Magazine littéraire, mais je n'en mettrais pas ma main à couper ou ma tête dans la cheminée) qui m'a donné envie de lire Le testament américain de Franz Bartelt (un auteur absolument inconnu au bataillon de Caro(z)ine qui, décidément, maîtrise mieux les auteurs morts et ensevelis que les contemporains, surtout quand il s'agit de Français !), au lieu de tomber dessus, comme à mon habitude, au hasard d'une table de ma librairie, et il faut bien avouer que Franz Bartelt est une agréable surprise, farfelue et sarcastique comme je les aime. Le testament américain part d'une idée saugrenue et un rien déjantée, pour s'insinuer dans la vie d'un petit village bien franchouillard et plein de travers, à l'aide d'une plume caustique franchement jubilatoire. Franz Bartelt fera décidément partie de ces auteurs contemporains que je surveillerai du coin de l'oeil ! (et cela n'est pas peu dire, car les auteurs contemporains de notre belle contrée trouvent rarement crédit à mes yeux, Grégoire Delacourt (La liste de mes envies que je n'ai pas franchement apprécié) pourrait en témoigner).

Le testament américain : un Américain mégalo et un village salvateur

Le testament américain - Franz BARTELT [Ed. Gallimard]
Il était une fois un petit village endormi dans le fin fond du trou du c** de la France, j'ai nommé Neuville (que personne ne pourrait situer une carte, soyons francs). Comme tout bon village qui se respecte, Neuville est peuplé d'autochtones persuadés que le monde s'arrête derrière les collines et qui fleurent bon la campagne mal dégrossie. Mais voilà qu'un beau jour, l'enfant prodige de Neuville, Clébac Darouin, trouve fort intelligent de mourir en laissant derrière lui un testament aussi farfelu que le défunt : chaque villageois verra la construction de son tombeau, d'une splendeur à toute épreuve. Ni une ni deux, le village grouille d'architectes et de maçons, faisant sortir de terre un grandiose cimetière, dans lequel les villageois ne tardent pas à s'installer car il est tout de même plus confortable d'avoir un toit de marbre qu'un plafond menaçant de s'écroulant sur vos épaules. Un tel monument dans un tel village que d'aucuns définiraient comme un village de bouseux ne manque pas d'éveiller l'attention des touristes, mais surtout de la starlette de la télévision, une présentatrice machiavélique sachant jouer de ses charmes pour parvenir à ses fins...

Tout le monde savait que Clébac Darouin avait racheté des hectares de plaine et de forêt qu'il avait fait entourer de murs et au milieu desquels s'élevait son tombeau, une construction plus massive que l'église, mais allégée par un ensmeble de baies et de vitraux, de cheminées ouvragées, d'escaliers et de balcons, dans un style qui était la synthèse du bauhaus, de la Renaissance italienne et du kitsch hollywoodien. Il était mort et toute la population l'avait conduit dans sa dernière demeure.Le testament américain - Franz BARTELT

Le testament américain : ça dézingue dans tous les coins

Le testament américain - Franz BARTELT [Ed. Gallimard]
Franz Bartelt part dune intrigue quelque peu excentrique (mais d'où diantre lui est venue l'idée d'un Américain farfelu offrant à ses concitoyens un monument funéraire plus moderne que leurs maisons, qui ne tiennent que par enchantement ?!) et utilise Le testament américain pour décrire une vie de village, les moeurs des villageois. Et rien n'échappe à l'écriture acérée et à l'imagination loufoque de Franz Bartelt. Les veuves lascives font preuve d'appétits sexuels démesurés, les pères se forcent à l'inceste pour entretenir l'histoire familiale, les maires meurent d'attaque foudroyante en plein discours et les maires intérim sont d'une crétinerie sans fin... Le testament américain tire dans tous les coins et en devient franchement réjouissant (bien que la critique du petit monde de la télévision ne fasse un peu cliché). Comme quoi le farfelu a du bon ! (et l'ironie également..) Franz Bartelt fait vivre sous sa plume (ou son clavier pour être un peu plus dans l'air du temps) un petit village comme il en existe tant, le sublime dans sa fureur dévastatrice et espiègle, dégage des pierres de chaque maison petits secrets et hypocrisies... un réel délice !

Plus étrange pour une commune à trois centaines de kilomètres du plus proche réservoir d'eau salée soumise à l'action des marées, Clébac Darouin avait tenu à ériger un phare de haute mer, qui dépassait de quarante mètres les arbres les plus hauts de la forêt. Il avait expliqué son choix de la façon suivante :
- Il n'y a pas d'orangers à Neuville. Pourtant, vous avez des oranges dans vos corbeilles à fruits. Il n'y a pas la mer, je le concède. Mais ce n'est pas parce qu'on a pas la mer qu'il faut se priver du bonheur d'avoir un phare.
Il y avait donc eu un phare. Avec un gardien de phare qui surveillait avec ses jumelles les allées et venues des tracteurs et pouvait annoncer à l'avance l'arrivée du facteur ou de la camionnette du brasseur.Le testament américain - Franz BARTELT

Les détails du livre

Le testament américain

Auteur : Franz BARTELT
Editeur : Gallimard
Prix : 14.16 €
Nombre de pages : 144
Parution : 29 mars 2011.

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Le testament
américain

23 juin 2012

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. . Caroline D.

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