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Le serpent de l'Essex : roman à l’ambiance envoûtante

[Carozine dévore le roman Le serpent de l'Essex - Sarah PERRY]

5 Mai 2018

Carozine lit le roman Le serpent de l'Essex - Sarah PERRY
Oui ! J’ai (enfin) réussi à terminer ma lecture débutée il y a… euh… quasiment deux mois, maintenant. Tout de même ! Il faut dire qu’une naissance chamboule quelque peu le planning quotidien, surtout quand les coliques s’en mêlent. Mais j’ai (enfin) trouvé la solution : lire pendant l’allaitement nocturne, histoire d’éviter de s’endormir sur le bébé, ce qui, l’air de rien, permet d’avancer de quelques chapitres. Hourra. J’ai donc des cernes qui dévorent la moitié de mon visage, mais j’ai réussi à lire. Ô joie suprême. Donc voilà. En cette heure indéterminée de la journée, je vous parle donc du roman de Sarah Perry, sur lequel j’étais tombée au hasard d’une allée de ma librairie grâce à sa merveilleuse couverture et au petit billet jaune qui y était accroché et qui m’a conquise : Le serpent de l’Essex. Et je n’ai pas été déçue de ce choix : la lecture fut délicieusement savoureuse.

Un jeune homme descend près des rives du Blackwater sous la lune froide et pleine. Il a bu au vieil an jusqu'à la lie, jusqu'à ce que ses yeux lui fassent mal et qu'il ait l'estomac retourné, et puis il était las des lumières éclatantes et de l'agitation. "Je vais juste descendre au fleuve", a-t-il dit, puis il a baisé la joue la plus proche : "Je serai de retour avant le carillon." Maintenant, il regarde vers l'est la marée qui s'inverse, l'estuaire bas et sombre, et les mouettes blanches qui luisent sur les vagues. Le serpent de l'Essex - Sarah PERRY

Le serpent de l'Essex : une veuve et des rumeurs

Le serpent de l'Essex - Sarah PERRY [ed. Christian Bourgois]
Nous sommes à la veille d’une nouvelle année (au XIXe siècle), au creux de l’estuaire du Blackwater. Un homme éméché y entrevoit une vision qui le glace avant qu’il ne se ressaisisse… Quelques heures plus tard, nous courons sur les pas affairés de Luke Garrett, le Lutin, brillant chirurgien d’une trentaine d'années, qui se rend aux obsèques de l’un de ses patients, Michael Seaborne, uniquement pour y retrouver la jeune veuve, pas plus éplorée que cela, Cora Seaborne, dont il s’est épris. Et pour cause. Cora Seaborne sort des clichés londoniens et a le chic pour n’entrer dans aucune case : veuve qui renaît de ses cendres après des années passées auprès d’un homme manipulateur assénant douleur et aliénation psychologique ; riche femme qui n’apprécie rien de plus que de se promener dans la boue en vêtements d’hommes pour dénicher des fossiles car grande adepte de paléontologie ; mère déroutée par un fils qu’elle ne comprend pas… Sur les conseils d’amis, Cora Seaborne décide rapidement de quitter Londres et de se rendre dans l’Essex, où des rumeurs agitent la petite ville paisible d’Aldwinter : le serpent de l’Essex aurait fait sa réapparition et serait à l’origine de disparitions et autres phénomènes douteux. Elle y fait la rencontre de William Ransome, pasteur de son état et ayant bien du mal à canaliser ses brebis.

À Euston Square et Paddington, les stations de métropolitain recevaient leurs passagers, qui s'y déversaient comme autant de matière première descendant afin d'être broyée, transformée, démoulée. Dans un wagon de la ligne circulaire en direction de l'ouest, des lumières capricieuses montraient que le Times n'avait rien de joyeux à rapporter et, dans l'allée, des fruits gâtés se répandaient d'un sac. On sentait l'odeur de la pluie sur les imperméables et, parmi les passagers, engoncé dans son col relevé, le Dr Luke Garrett récitait les parties du corps humain. Le serpent de l'Essex - Sarah PERRY

Le serpent de l'Essex : pépite délicieuse

Le serpent de l'Essex - Sarah PERRY [ed. Christian Bourgois]
En seulement quelques phrases, Sarah Perry est parvenue à me harponner et à me plonger dans cette ambiance si particulière composée de brume et de pluie glaciale qui suintent à chaque page de son roman Le serpent de l’Essex et qui le rendent terriblement envoûtant. D’autant que ses héros sont formidablement attachants dans leurs imperfections, et qu’elle s’amuse à les opposer dans des joutes verbales divertissantes abordant religion et science… Darwin versus le Créateur, qui peut résister ?! Se servant du serpent de l’Essex et des mystères qu’il véhicule sur ses écailles gluantes comme base romanesque, Sarah Perry tisse une intrigue qui s’attache aux mouvements du coeur et de l’âme humaine, en suivant la transformation de Cora Seaborne, qui semble réapprendre à vivre et à être elle-même, loin des carcans de la société, maintenant qu’elle est délivrée de l’emprise destructrice de son mari. Alors, oui, le thème de la lutte des classes m’a semblé être un poil de fessier dans un bol de soupe, d’autant que Sarah Perry ne l’approfondit pas plus que cela ; ceci étant, il lui permet de nourrir une intrigue parallèle, mais, surtout, de souligner les paradoxes de cette époque charnière oscillant entre la rigueur victorienne et la liberté de la modernité. Le verdict du roman Le serpent de l’Essex est donc très favorable : Sarah Perry signe un roman d’ambiance victorienne, un brin gothique, franchement envoûtant et intelligent, sensible… bref, une très belle découverte !

La nuit étant toute proche, il poursuivit son chemin et se tourna une fois pour voir se lever la lune blanche au visage abîmé. Le vent se renforçait dans les roseaux, qui émettaient une note unique et lugubre ; Will sentit derrière ses côtes une accélération fort semblable à de la peur et il rit : voilà, comme il était facile de détourner le visage de rien d'autre qu'une ombre. Peut-être judicieux de se servir du Problème, s'il s'avérait impossible à ignorer : peu de choses orientaient le coeur vers l'éternité plus sûrement que la peur. Le serpent de l'Essex - Sarah PERRY

Les détails du livre

Le serpent de l'Essex

Auteur : Sarah PERRY
Traducteur : Christine LAFERRIÈRE
Éditeur : Christian Bourgois
Prix : 20,00 €
Nombre de pages : 381
Parution : 11 janvier 2018

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Le serpent de l'Essex

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

Personne ne gagne : concentré de vie à la dure (roman coup de ♥).

. 5 mai 2018. Caroline D.