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Le secret de l’empereur : l’Histoire à travers des horloges [rentrée littéraire 2015]

[Carozine dévore le roman Le secret de l'empereur - Amélie de Bourbon Parme]

17 Sept. 2015

Carozine lit le roman Le secret de l'empereur - Amélie de Bourbon Parme
Aujourd’hui, entre deux averses et arc-en-ciels, nous reprenons le chemin de la rentrée littéraire 2015 avec un roman qui, moi, m’a littéralement passionnée : Le secret de l’empereur, d’Amélie de Bourbon Parme. Il s’agit d’une romancière que je ne connaissais absolument pas et que ce deuxième roman m’a donné envie de découvrir. Google étant ainsi fait, les premières choses qui sautent aux yeux au titre d’Amélie de Bourbon Parme sont à mille lieues de ses écrits et concernent l’aspect people. Je vais donc me transformer en Voici /Closer et autre pouillasserie du genre pendant quelques secondes pour vous dévoiler qu’Amélie de Bourbon Parme n’est autre que la femme d’Igor Bogdanov (allez savoir duquel des deux frères il s’agit, je sais, je suis une inculte), qu’ils viennent d’avoir un gremlin ensemble, et qu’elle est la fille du prince Michel de Bourbon Parme mais qu’elle n’a aucunement le titre de princesse… Et je m’endors moi-même devant autant d’informations aussi inintéressantes que futiles. Le plus terrible ? C’est qu’il faut attendre la seconde page pour ENFIN avoir des éléments sur la carrière de romancière d’Amélie de Bourbon Parme. Si ce n’est pas triste ! Bref. Elle a donc écrit un précédent roman, sur Louis XVII, et consacre Le secret de l’empereur à Charles Quint, au soir de sa vie (bien remplie).

Ce soir-là, l’empereur rejoignit son atelier de mécanique et d’horlogerie plus tard que d’habitude.
Chaque jour, il allait faire le tour de sa collection d’objets animés. La guerre, les voyages innombrables, la fatigue n’avaient jamais remis en question cette habitude. Son corps fatigué par les rhumatismes et les crises de goutte était semblable aux mécanismes qu’il allait vérifier : une journée un peu trop froide, un frottement excessif de l’air suffisaient à le dérégler. Mais en fin de compte, comme chacune de ses pièces d’horlogerie, il parvenait toujours à se mettre en mouvement pour rejoindre son atelier. Le secret de l'empereur - Amélie de Bourbon Parme

Le secret de l’empereur : Charles Quint ; ses horloges et un questionnement infini (ou presque)

Le secret de l'empereur - Amélie de Bourbon Parme [Ed. : Gallimard]
Nous sommes en octobre 1555 et Charles Quint décide, pas vraiment du jour au lendemain, d’abdiquer. En prise aux rhumatismes et autres crises de goutte, l’empereur souhaite couler une retraite paisible au sein du monastère de Yuste, après s’être débarrassé de toutes ses possessions. Toutes ? Pas vraiment, non. Car si Charles Quint est fermement décidé à refiler ses titres à son fils, Philippe, et son frère, Ferdinand, il est nettement moins enclin à se séparer d’une passion qui l’a accompagné toutes ces années : les horloges. Chaque jour, qu’il pleuve, vente, neige ou que les Turcs sonnent à la porte, l’empereur se retirait quelques instants dans son atelier de mécanique, tenu d’une main de maître par Giovanni. La veille de son abdication, Charles Quint y découvre un étrange boitier et qui recèle une petite horloge noire, dont le mécanisme astronomique semble incomplet et défectueux. Une inscription éveille la curiosité de l’empereur : sol nunquam decidentis (le soleil ne se couche jamais). Curiosité qui sera attisée par la venue d’un vieil horloger, chargé de réparer l’horloge et d’en expliquer le mécanisme à Charles Quint, qui part en courant à la vue du cadran et laisse des paroles sibyllines trainer dans l’air (« certaines portes doivent rester fermées »), puis, par l’effroi de son prêtre confesseur devant la même horloge, la mention d’un moine horloger soupçonné d’hérésie… Au soir de sa vie, l’empereur parviendra-t-il à percer le secret du temps ?

Il poursuivit son parcours, passant sans s’arrêter près des pendulettes qui avaient rythmé la vie recluse de sa mère dans la forteresse de Tordesillas. Il ressentait toujours quelque chose de douloureux à la vue de ces objets minuscules. Il avait préféré renoncer à comprendre leur mécanisme, écartant le souvenir de cette prisonnière au nom de laquelle il avait régné sur le royaume de Castille. Tout était mystérieux dans cette collection de pendulettes : l’heure qu’elles disaient, les demi-heures qu’elles ne disaient pas, la cadence des jours. Elles comptabilisaient une durée inconnue, selon un rythme mystérieux, comme si elles s’étaient accordées à la folie de cette femme, à ce trouble de l’esprit qui l’avait empêchée d’être reine (…) Le secret de l'empereur - Amélie de Bourbon Parme

Le secret de l’empereur : un roman érudit et passionnant pour une abdication surprenante

Le secret de l'empereur - Amélie de Bourbon Parme [ed. Gallimard]
Quelle est la passion qui meut l’homme le plus puissant de son temps, l’empereur du Saint-Empire romain germanique ? Alors qu’il s’apprête à renoncer à tout, pourquoi est-il incapable de se défaire d’une petite horloge astronomique défectueuse ? D’une écriture fine, érudite et sensible, Amélie de Bourbon Parme nous plonge dans les états d’âme de ce vieillard craint et respecté de tous, ses sautes d’humeur et sa passion dévorante pour les horloges. Alors, certes, le secret de l’horloge noire n’est pas vraiment un secret et on se doute rapidement de la raison de son dysfonctionnement. Néanmoins, le contexte historique (entre Inquisition, découvertes coperniciennes, sujet brûlant de la rondeur de la Terre) est foisonnant, follement intéressant et traité avec intelligence, par petites touches légères et furtives. Et, évidemment, le personnage de Charles Quint est fascinant entre irascibilité, quête de la connaissance, humour et lucidité, recherche du secret du temps. J’ai été sous le charme de cette plume délicieuse et fine, de ces petites anecdotes éparpillées au gré des pages du Secret de l’empereur (et qui m’amusent follement : la truculente fuite de Clément VII, le désir de sobriété de l’empereur au sein du monastère où il souhaite une vie de servitude mais emploie une cinquantaine de personnes, les bouleversements de la vie des moines…). Et Le secret de l’empereur réalise brillamment cette prouesse de nous glisser habilement dans l’âme torturée de Charles Quint au soir de sa vie, empli de déceptions et d’obsessions pour la mesure du temps. A la veille de sa mort et contrairement à ce qu’il laisse entendre, l’empereur n’a pas renoncé à tout. Il lui reste le secret de l’horloge noire, qu’il ne percera qu’à son dernier soupir. Le secret de l'empereur est un roman foisonnant, passionnant et qui se dévore sans retenue.

- Je crains que vous ne soyez le seul empereur, Majesté… à vous défaire ainsi de vos charges…
(…) Un silence passa entre les deux hommes. L’empereur semblait rêveur tout à coup : un mince sourire au coin de la bouche, contemplant malgré lui cette solitude de l’histoire à laquelle il s’était toujours mesuré. Il ne lui déplaisait pas d’être le seul de son temps à quitter volontairement le monde. Le secret de l'empereur - Amélie de Bourbon Parme

Les détails du livre

Le secret de l'empereur

Auteur : Amélie de Bourbon Parme
Editeur : Gallimard
Prix : 20,00 € [13,99 au format Kindle]
Nombre de pages : 320
Parution : 27 août 2015

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17 septembre 2015

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

Autres lectures de Carozine : D’après une histoire vraie : beaucoup de tension pour un roman surprenant [rentrée littéraire 2015].

. . Caroline D.

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