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Le nouveau nom : la suite napolitaine

[Carozine dévore le roman Le nouveau nom, L'amie prodigieuse, tome 2 - Jeunesse - Elena FERRANTE]

23 Juil. 2017

Carozine lit le roman Le nouveau nom [L'amie prodigieuse, tome 2 - Jeunesse] - Elena FERRANTE
En début de semaine (du moins, il me semble que c’était en début de semaine mais les vacances rendent le calendrier un peu flou, en dehors de mon départ pour mon pays préféré dans six jours, maintenant, bref, finalement, peu importe, vous en conviendrez aisément), je vous ai parlé de mon coup de coeur pour le premier tome de la saga littéraire d’Elena Ferrante, que l’on croise à chaque détour des réseaux sociaux et au coin des piles de toutes les librairies : L’amie prodigieuse - Enfance et adolescence, roman qui m’avait emballée au possible. Alors, forcément, je n’ai pas pu résister et j’ai investi dans la suite… d’autant qu’elle est en format poche, youpi tagada, je n’allais pas me priver. Aujourd’hui, je vous parle donc de la suite avec le tome 2 de L’amie prodigieuse : Le nouveau nom. Bon. Et là, ceux qui n’ont pas lu le tome 1 et qui aimeraient assez que l’on ne cafte pas tout sont priés de nous retrouver directement au troisième paragraphe de cette chronique. Les autres, je vous embarque pour Naples, aux pieds du Vésuve. Avanti bambini!

Au printemps 1966, Lila, dans un état de grande fébrilité, me confia une boîte en métal contenant huit cahiers. Elle me dit qu’elle ne pouvait plus les garder chez elle car elle craignait que son mari ne les lise. J’emportai la boîte sans faire de commentaires, tout juste quelques remarques ironiques sur la quantité de ficelle qu’elle avait utilisée pour la fermer. À cette époque, nous étions en très mauvais termes, mais on aurait dit que j’étais la seule à le penser. Le nouveau nom [L'amie prodigieuse, tome 2 - Jeunesse] - Elena FERRANTE

Le nouveau nom : Lila et Lenuccia poursuivent leur petit bonhomme de chemin

Le nouveau nom [L'amie prodigieuse, tome 2 - Jeunesse] - Elena FERRANTE [ed. Folio]
Nous retrouvons Lila et Lenù pile où nous les avions laissées : le jour du mariage de Lila avec le fringant et grande gueule Stefano, au moment où le visage de la toute jeune femme se décompose devant l’arrivée fracassante des frères Solara, célèbres camoristes du quartier, qu’ils rachètent peu à peu en n’en faisant qu’à leur tête, alors qu'elle constate que l’aîné, Marcello, a, à ses pieds, les chaussures réalisées par Lila et son frère, Rino, au prix de nombreuses heures à suer dans la cordonnerie familiale. Oui, les prototypes dessinés dans son enfance. Cela ne peut signifier qu’une seule chose : Stefano a, lui aussi, vendu son âme à la famille Solara. Et, par la même occasion, a vendu sa femme également. Le désenchantement au sujet de son mariage ne fera que croître et Lila se retrouvera rapidement confrontée aux métamorphoses de son mari en l’homme devant lequel le quartier frémissait quand elle était petite : Don Achille, le père de Stefano. De son côté, Elena (dite Lenù) poursuit ses études au lycée de Naples, le nez plongé dans ses livres et en s’éloignant autant que possible de ses amis et de ce quartier qui lui fait horreur. Mais quand Lila lui propose de passer l’été en bord de mer à ses côtés, Elena saute sur l’occasion pour lui proposer Ischia, où elle espère bien retrouver le beau Nino…

Lila s’est définitivement détachée de moi et —cette idée me saisit tout à coup— la distance entre nous était de fait beaucoup plus grande que je ne l’avais imaginé. Elle ne s’était pas seulement mariée et ne se contenterait pas de dormir tous les soirs avec un homme, histoire de se soumettre aux rites conjugaux. Il y avait quelque chose que je n’avais pas compris auparavant et qui, à ce moment-là, m’apparut comme une évidence… Le nouveau nom [L'amie prodigieuse, tome 2 - Jeunesse] - Elena FERRANTE

Le nouveau nom : une suite tout aussi lumineuse

Le nouveau nom [L'amie prodigieuse, tome 2 - Jeunesse] - Elena FERRANTE [ed. Folio]
Il arrive souvent dans les suites que le charme du premier tome s’estompe un peu à la lecture du volet suivant. Ce fut un peu le cas lors de ma découverte de ce tome 2 de L’amie prodigieuse : Le nouveau nom. La magie qui avait opéré sur le premier volume de la saga d’Elena Ferrante s’est un peu décantée pour laisser place au livre lui-même. Et ce n’est pas plus mal. Là encore, j’ai eu un peu de mal à me plonger dans l’univers du tome 2, Le nouveau nom, car Elena Ferrante commence par une anecdote qui se passera bien des années plus tard, avant de nous re-transporter à la table de Lenù, au moment du départ de Nino. Mais une fois ce détour réalisé, j’ai replongé avec plaisir dans la vie de ce quartier bouillonnant et violent, dont pas un seul de la petite bande d’amis ne sortira indemne. Chacun y laissera des plumes, d’une manière ou d’une autre. Et le destin de tous sera modelé par ce quartier. Celui d’Elena, d’abord, qui cherche par les études à s’enfuir et à voir s’ouvrir de nouvelles portes ; loin de l’ombre de Lila, elle papillonne et trouve ses marques, jeune femme studieuse récitant par coeur ce qu’elle a dévoré pendant la nuit et trouvant, finalement, son originalité dans l’écriture, après avoir revêtu un masque lui permettant de cacher ses origines pauvres et peu raffinées. Et celui de Lila, surtout, qui ne parvient pas à s’arracher de ce quartier qu’elle a dans les veines et qui, malgré toutes ses tentatives, se retrouve toujours à dépendre des hommes qui l’aiment et l’admirent… Malgré les préoccupations encore très adolescentes d’Elena et sa capacité à vouloir briller pour les beaux yeux de Nino ou pour plaire à sa professeure, ce tome 2 de L’amie prodigieuse : Le nouveau nom m’a, une nouvelle fois, enthousiasmée par l’analyse de cette relation alambiquée, souvent perverse, qui lie les deux jeunes femmes dans leur besoin d’échapper au quotidien. Il est dommage que l’Histoire ne soit traitée qu’à travers les yeux naïfs (et myopes) d’Elena et qu’elle ne serve pas de réel décor à la saga d’Elena Ferrante, comme peut le faire la politique et le déterminisme social contre lequel les deux jeunes femmes tentent de lutter. Je suis peut-être un peu plus nuancée à la lecture du roman Le nouveau nom, mais le charme de l’écriture d’Elena Ferrante a de nouveau agi ; le tome 2 de L’amie prodigieuse : Le nouveau nom est un roman lumineux et sensible, charnel et, oui, envoûtant.

Même les sentiments de Lila semblaient affaiblis : si sa mère l’attendrissait encore lorsqu’elle passait à l’épicerie remplir ses sacs gratuitement comme s’ils vivaient toujours dans la misère, et si elle faisait encore de petits cadeaux à ses frères et soeurs plus jeunes, elle ne ressentait plus rien pour Nino. Le lien s’était détérioré, brisé. Le besoin qu’elle avait eu autrefois de l’aider et le protéger s’était éteint. Ainsi, toutes les raisons qui l’avaient incitée à inventer les chaussures avaient disparu… Le nouveau nom [L'amie prodigieuse, tome 2 - Jeunesse] - Elena FERRANTE

Les détails du livre

Le nouveau nom [L'amie prodigieuse, tome 2 - Jeunesse]

Auteur : Elena FERRANTE
Traducteur : Elsa DAMIEN
Éditeur : Folio
Prix : 8,80 €
Nombre de pages : 640
Parution : 3 janvier 2017

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

Autres lectures de Carozine : Dépoussiérez vos classiques ! Ethan Frome (d'Edith Wharton) et l’éternel choix du devoir.

. 23 juillet 2017. Caroline D.