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Le Maître et Marguerite : truculente satire

[Critique du roman Le Maître et Marguerite - Mikhaïl Boulgakov]

25 Nov. 2010

Il y a quelques années de cela, je tombais sur l'extravagant roman de Mikhaïl Boulgakov : le Maître et Marguerite, véritable satire caustique de la vie soviétique dans les années 1930 et du règne stalinien. Le Maître et Marguerite est une œuvre majeure et inoubliable qui surpasse allègrement les autres romans de Mikhaïl Boulgakov, comme La garde blanche ou encore Le roman de monsieur de Molière qui étaient plutôt barbants comparé au festival savoureux qu'est Le Maître et Marguerite qui déploie des trésors d'humour et d'ingéniosité... emportés par une écriture enlevée qui vous fera tourner les pages avec avidité. Et puis, bon, dans les dîners mondains, préciser qu'en ce moment vous êtes en pleine période de littérature russe peut, éventuellement, vous faire paraître intelligent si vous ne portez pas de lunettes (imaginez un peu à quel point vous passerez pour une tête d'ampoule si vous en avez sur le nez !). Encore faudra-t-il ensuite éviter de parler de vos pulls et de leurs conflits avec la machine à laver si jamais la discussion dérive vers le Cachemire.

Le Maître et Marguerite, une fable délirante

Le Maître et Marguerite - Mikhaïl Boulgakov [Ed. Pocket]
Par un soir de pleine lune, le Diable (voilà qui fait froid dans le dos), en la personne du professeur Woland, débarque dans les rues de Moscou et y sème une panique sans nom en transformant de vieux pervers en pourceaux, en faisant tomber des dollars du ciel qui, à peine le sol touché, se transforment en roubles décevant alors les foules sans aucune commune mesure (cependant, nous comprenons fort bien leur désarroi) ou encore en habillant les spectateurs de riches vêtements qui disparaîtront si tôt que les spectateurs mettront un pied dans la rue et se feront ainsi arrêter pour impudeur sur la voie publique. Pendant ce temps, Marguerite, prête à passer un pacte avec le Diable, enfourche son balai pour survoler un Moscou endormi, à la recherche de son amant disparu, le Maître, écrivain dont le prochain manuscrit a été rejeté par la censure et qui depuis, après avoir tenté de le brûler, végète dans une institution psychiatrique. Et, enfin, la dernière histoire imbriquée dans ce plat de spaghetti qu'est Le Maître et Marguerite est celle du Maître, alter ego de Mikhaïl Boulgakov, et nous dévoile par bribes le squelette de son nouveau roman réajustant le procès de Jésus par Ponce Pilate, il y a de quoi s'attacher sérieusement les neurones.

C'était à Moscou au déclin d'une journée printanière particulièrement chaude. Deux citoyens firent leur apparition sur la promenade de l'étang du Patriarche. Le premier, vêtu d'un léger costume d'été gris clair, était de petite taille, replet, chauve, et le visage soigneusement rasé s'ornait d'une paire de lunettes de dimensions prodigieuses, à monture d'écaille noire. Quant à son chapeau, de qualité fort convenable, il le tenait froissé dans sa main comme un de ces beignets qu'on achète au coin des rues. Son compagnon, un jeune homme de forte carrure dont les cheveux roux s'échappaient en broussaille d'une casquette à carreaux négligemment rejetée sur la nuque, portait une chemise de cow-boy, un pantalon blanc fripé et des espadrilles noires.Le Maître et Marguerite - Mikhaïl Boulgakov

Le Maître et Marguerite, une fable politique

Le Maître et Marguerite - Mikhaïl BOULGAKOV
Ces trois intrigues se mêlent au gré de la plume de Boulgakov qui profite de ce roman pour rédiger une critique virulente de la société soviétique, du goût prononcé pour la consommation, de la censure imposée par Staline sur toutes les oeuvres publiées, du Bien et du Mal. Tout manichéisme s'évapore dans le Maître et Marguerite : Pilate se trouve confronté au problème moral posé par Dieu qui, en sacrifiant son fils innocent pour laver les pêchés des Hommes, s'est rendu coupable d'une profonde injustice et bascule ainsi dans le Mal ; quant au Diable mettant au désarroi les Moscovites, il est plus facétieux que méchant et il sème, dans cette société austère des années staliniennes, un vent de burlesque, de même qu'il fait pénétrer l'irrationnel et le religieux dans une société brimée par un athéisme forcé mais surtout par le nivellement intellectuel. Donc, en un sens, le Diable serait un opposant au régime totalitaire en apportant avec lui le chaos. Cependant, faire prendre à des populations lobotomisées des vessies pour des lanternes ne fut-il pas également le propre du régime communiste et donc le Diable ne pourrait-il pas incarner Staline et ainsi le tourner en dérision ? Certes, l'analyse peut sembler tirée par les cheveux surtout si l'on considère que le véritable diable du Maître et Marguerite est l'Etat : un Etat qui tolère la corruption et l'écrasement de la population, qui rend ses citoyens égoïstes, vénaux et les enferme s'ils pensent différemment.

Ayant remué les doigts de pieds Stepan en déduisit qu'il était en chaussettes. Il tendit alors une main tremblante vers sa cuisse, afin de déterminer s'il avait gardé, ou non, son pantalon, mais il ne put parvenir à aucune conclusion précise. Constatant enfin qu'il était seul et abandonné, que personne ne viendrait à son secours, il résolut de se lever, quels que fussent les efforts inhumains que cela lui côuterait.Le Maître et Marguerite - Mikhaïl Boulgakov

Le Maître et Marguerite, un chef d'oeuvre à ne pas manquer

Après avoir consacré douze années de sa vie, et ce jusqu'à son dernier souffle, Mikhaïl Boulgakov, brimé par les œuvres de commande réalisées pour Staline qui censurait et refusait systématiquement la publication de ses romans, a voulu se prouver, avec le Maître et Marguerite qu'il était avant tout un écrivain. Et ce chef d'œuvre de la littérature russe du XXe siècle prouve qu'il était un très grand écrivain.

On vit même, à la surprise générale, un homme se glisser sur la scène. Il déclara que son épouse était au lit avec la grippe et demanda, en conséquqence, qu'on voulût bien lui confier quelque chose pour elle. Pour prouver qu'il était marié, ce citoyen était tout prêt à montrer son passeport. La déclaration de ce mari plein de sollicitude fut accueillie par des éclats de rire, mais Fagot se récria qu'il n'avait pas besoin de passeport, qu'il se fiait à lui comme à un autre soi-même, et il lui fourra dans les mains deux paires de bas de soie, auxquelles le chat ajouta, de sa propre initiative, un tube de rouge à lèvres.Le Maître et Marguerite - Mikhaïl Boulgakov

Les détails du livre

Le Maître et Marguerite

Auteur : Mikhaïl Boulgakov
Editeur : Robert Laffont
Prix : 7.60 €
Pages : 643
Parution : 5 janvier 2012.

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Le Maître et
Marguerite

25 novembre 2010

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. . Caroline D.

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