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Le gang des rêves : New York made in Italy

[Carozine dévore le roman Le gang des rêves - Luca DI FULVIO]

1 Déc. 2017

Carozine lit le roman Le gang des rêves - Luca DI FULVIO
Cela fait des lustres que je n’ai rien publié… Je sais. Un immense baobab est en train de prendre racine au creux de ma paume. Ajoutez à cela d’autres préoccupations, comme le réaménagement de l’appartement, et une certaine lassitude, et voilà, vous avez les raisons de mon silence depuis quelques semaines. Et ce n’est pourtant pas faute d’avoir envie de partager avec vous mes lectures. Donc, ce soir, je me donne un bon coup de pieds dans le popotin, je me fouette le dos pour avancer et yiaaah ! Je vous parle de l’une de mes dernières lectures en date : Le gang des rêves, de Luca di Fulvio. Bon. Si vous traînez sur les réseaux sociaux, vous le savez, Luca di Fulvio est la petite coqueluche du moment, dont j’avais déjà lu l’excellent roman Les enfants de Venise (dernier en date). Qui m’a donné envie de poursuivre ma découverte de cet auteur, et j’enchaîne donc avec Le gang des rêves, paru il y a quelques années de cela, déjà.

Au début, ils avaient été deux à la regarder grandir. Sa mère et le patron. L’une avec appréhension, l’autre avec la concupiscence indolente dont il était coutumier. Mais avant qu’elle ne devienne femme, sa mère avait fait en sorte que le patron ne la regarde plus.
Quand la petite fille avait eu douze ans, sa mère avait extrait de graines de pavot un suc dense, comme elle l’avait appris des vieilles femmes. Elle avait fait boire ce jus à la petite fille et, lorsqu’elle l’avait vue chanceler, hébétée, elle l’avait chargée sur son épaule. Le gang des rêves - Luca DI FULVIO

Le gang des rêves : de l’Italie au rêve américain

Le gang des rêves - Luca DI FULVIO [ed. Pocket]
Il était une fois, dans la campagne italienne, une jeune fille un peu trop belle que sa mère cherche à préserver du regard un poil trop lubrique de son patron. Manque de chance, la préserver de l’un mènera directement la jeune Cetta Luminata entre les pattes non moins nauséabondes d’un homme de passage… qui restera le père inconnu de Natale. Cette naissance non voulue mais pleinement assumée donnera des ailes à Cetta : elle embarque sur le premier paquebot en partance pour l’Amérique et fait confiance à son destin, qui la fera aller d’hommes en hommes, jusqu’à avoir la chance de tomber sur le rustaud Sal, son ange gardien. Renommé Christmas par un officier de l’immigration, Natale fait sa vie dans les rues de son petit quartier de New York et, ce petit garçon imaginatif et jamais avare d’histoires, ne tarde pas à fonder son gang : les Diamond Dogs. Dans un monde à l’exact opposé de celui de Christmas, Ruth Isaacson vit dans l’opulence et l’ennui, sous le regard amorphe de ses parents et l’oeil vif de son grand-père. Cela ne l’empêche pas, elle aussi, de tomber entre les griffes d’un malfrat qui la laissera en loque et en sang sur le bord d’une route… et c’est ainsi qu’elle entre dans la vie de Christmas.

C’est peut-être pour cela que après avoir longtemps vagabondé et exploré la ville, Christmas dans les bras —afin que son fils se familiarise au plus vite avec son nouvel univers—, découvrir la mer avait été, pour Cetta, presque une surprise. Pourtant, elle devait bien savoir que Manhattan était une île, et elle devait bien savoir que la mer était là, elle qui était arrivée par bateau ! Mais cette ville lui faisait tout oublier. Peut-être à cause de ce vacarme permanent, peut-être à cause de ce béton qu’on voyait partout. Le gang des rêves - Luca DI FULVIO

Le gang des rêves : roman fleuve romanesque et social

Le gang des rêves - Luca DI FULVIO [ed. Slatkine & cie]
On pourrait penser que je viens de vous livrer l’intégralité de cet épais roman de Luca di Fulvio, mais ce serait mal connaître l’auteur. Avec Le gang des rêves, il reprend des thématiques qui lui sont manifestement chères : l’amour contrarié mais pur ; la tendresse et la douceur maternelle ; l’apprentissage de la vie à la dure… et la description d’une époque. Cette fois, avec Le gang des rêves, nous plongeons dans le début du XXe siècle, et ancrons nos semelles dans les quartiers pauvres de New York, où les enfants sont souvent déscolarisés mais pleins de ressources. Du moins, Christmas. Luca di Fulvio en fait un héros attachant et émouvant, jubilatoire avec son bagout intarissable. Christmas Luminata est roublard et débrouillard, rusé comme un singe, et parvient toujours à retomber sur ses pattes… nous faisant partager son rêve américain, au passage de sa transition à l’âge adulte. Oscillant entre le passé, avec l’installation de Cetta à New York, et le présent des deux amoureux que sont Christmas et Ruth, Luca di Fulvio continue de nous envoûter en maîtrisant parfaitement son intrigue. La langue est toujours aussi mélodieuse, en revanche, j’ai trouvé le propos nettement plus cru que dans Les enfants de Venise, notamment quand Luca di Fulvio écorche violemment le mythe du rêve hollywoodien. Toujours est-il que le savant mélange de passion, de tendresse, de haine et de fureur fonctionne à merveille, encore une fois. Et Le gang des rêves se dévore comme une délicieuse brioche à peine sortie du four.

Il était passé d’une jeunesse insouciante à une jeunesse désespérée, sans que ni l’une ni l’autre ne laisse de trace en lui. Mais s’il avait dû identifier une image qui serve de fil conducteur ou de liant entre tous ces moments , il n’aurait pu garder que ce soir-là, deux ans auparavant, à Grand Central Station. Il aurait évoqué ce long train qui rapetissait et finissait par disparaître, englouti par les gratte-ciel qu’il laissait derrière lui : ce train emportait Ruth au loin et lui infligeait l’unique et profonde blessure de sa vie, qui continuait à saigner sans jamais guérir. Le gang des rêves - Luca DI FULVIO

Les détails du livre

Le gang des rêves

Auteur : Luca DI FULVIO
Traducteur : Elsa DAMIEN (La gang dei sogni)
Éditeur : Pocket
Prix : 9,30 €
Nombre de pages : 943
Parution : mai 2017

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Le Gang des rêves

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure.... pour lire. So what?!

Autres lectures de Carozine : [Dépoussiérez vos classiques] Le dernier des Mohicans.

. 1 décembre 2017. Caroline D.