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[rentrée littéraire 2017] Le fils du héros - Karla Suárez

[Carozine découvre le roman Le fils du héros - Karla SUAREZ]

3 Sept. 2017

Carozine lit le roman Le fils du héros - Karla SUAREZ
J’ai le moral au fond des sandales, le coeur en vrac, mais je vais tenter de faire fi et de vous parler d’un roman que j’ai terminé il y a quelques jours et dont je n’ai pas encore trouvé le temps de vous divulguer les secrets. Rien que cela. À travers les titres dans les journaux, les librairies en ébullition et les booktubers en frénésie, vous le savez déjà, la rentrée littéraire 2017 bat son plein. Bon. Personnellement, je ne m’y suis pas particulièrement intéressée ; j’ai surpris des noms de-ci de-là, dont le sempiternel Amélie Nothomb, mais sans vraiment m’arrêter. Cependant, j’avais jeté mon dévolu sur un nouveau roman de Karla Suárez (déjà rencontrée il y a fort fort longtemps avec son roman La Havane, année zéro) : Le fils du héros. Le temps de quelques instants, nous retournons donc sur les terres cubaines ! Vamos!

Mon père a été tué un après-midi sous un soleil de plomb, mais nous l’avons appris que plus tard. Il était à l’autre bout du monde, dans la forêt obscure d’Angola. Et nous, dans l’île, où la vie continuait plus ou moins comme d’habitude, sous notre soleil quotidien.
Plusieurs jours après sa mort, ignorant encore ce qui s’était passé, je courais dans le bois de La Havane sur les talons du capitaine Tempête, la fille qui me plaisait. Le fils du héros - Karla SUAREZ

Le fils du héros : un fils qui a grandi et reste hanté par ses questionnements

Le fils du héros - Karla SUAREZ [ed. Métailié]
Ernesto (oui, oui, comme le célèbre homme au cigare et casquette à étoile) a douze ans et l’insouciance de son âge quand il apprend la mort de son père… Mort en héros, alors qu’il était parti lutter en Angola dans une guerre dont personne ne semble réellement comprendre les tenants et aboutissants. Et surtout pas le fils du héros en question. Du moins jusqu’à ce que les années passent, qu’il se lance dans la rédaction d’un blog sur le sujet (qui lui permettra de rencontrer un étrange petit homme, loin de sa terre natale, qui a également participé à la guerre en Angola) et que son mariage ne fasse naufrage. Toutes ces années, Ernesto n’aura de cesse de remplacer son père à la tête de la petite famille mais, surtout, de tenter de lever le voile sur cette guerre et les circonstances de la disparition de son père.

J’eus peur. Une peur étrange, immense. Une peur que je ne connaissais pas. Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai vraiment compris ce qui était arrivé. Un jour, mon père était sorti par cette même porte et il ne reviendrait jamais. Parce qu’il était mort. Le regard fixé sur cette porte que mes parents avaient franchie, je fus submergé par l’envie de pleurer, et je sais qu’enfin mes yeux se remplirent de larmes, ma respiration se fit plus forte, ma grand-mère posa doucement sa main sur ma joue et tourna mon visage vers elle.
—Maintenant, tu es l’homme de la maison, tu n’es plus un enfant. Et les hommes ne pleurent pas, ne l’oublie jamais. Le fils du héros - Karla SUAREZ

Le fils du héros : un roman foisonnant à l’âme cubaine

Le fils du héros - Karla SUAREZ [ed. Métailié]
J’ai eu beaucoup de mal à réellement me plonger dans le nouveau roman de Karla Suárez ; elle y adopte la voix de ce garçon devenu adulte bien trop vite sans réaliser ce qu’il lui arrive, bouillonnant de rage et à la recherche de réponses qu’il a bien du mal à obtenir dans un système contrôlé par la toute puissance étatique. Le style est fluide, rythmé mais Le fils du héros déroule la vie d’Ernesto au gré de ses souvenirs, sautant d’une madeleine à l’autre, mélangeant les époques et les personnes, et il faut être un poil concentré pour s’y retrouver. Sauf que voilà. J’étais épuisée et mon neurone à plat. Il n’empêche. Quand je suis parvenue à détricoter les fils, j’ai foncièrement apprécié ce roman de Karla Suárez, dense, et, comme toujours, qui mêle habilement l’histoire de cette famille abîmée qui ne se remettra jamais totalement de la perte du père à l’Histoire de Cuba, de sa main-mise sur l’éducation et les informations accessibles au commun des mortels, de ses relations au monde et, notamment, de son influence en Angola lors de la guerre d’indépendance. Avec le roman Le fils du héros, on découvre le culte de Che Guevara imposé aux jeunes générations, les camps de travail dès l’entrée au collège, cette faculté du régime à créer des héros à tour de bras afin de servir ses intérêts… Autant dire qu’il y a de la matière dans Le fils du héros ! En filigrane, petit fil rouge qui nous mène jusqu’à la dernière page, on retrouve la vie d’Ernesto, sa jolie relation à la lecture, et son mariage qui sombre à cause de démons jamais connus mais qui hantent son présent. Mais Karla Suárez réussit également la prouesse, à travers les rencontres d’Ernesto, de faire résonner les voix cubaines de plusieurs générations, leur façon de vivre et d’aborder les choses malgré les mensonges et les manipulations. Le fils du héros n’est pas une lecture facile, loin de là, malgré la facilité déconcertante avec laquelle Karla Suárez joue avec les époques. Néanmoins, c’est une lecture édifiante, puissante et foisonnante qui restera ancrée dans un petit coin de ma mémoire.

Quand mon père arriva avec maman qui me tenait dans ses bras, tous voulaient me voir. J’étais le premier bébé, le bonheur de la famille. Mais nous étions en pleine guerre froide. La guerre est un étrange animal mutant qui se répand en tâtonnant dans de nouveaux territoires pour y trouver l’oxygène nécessaire à sa survie. L’Afrique avait de l’oxygène, c’est pour cela que s’y est installé, froidement, lentement, ce monstre qui allait l’explorer en salissant tout, jusqu’à arriver à nos portes, jusqu’à la porte de la maison. Le fils du héros - Karla SUAREZ

Les détails du livre

Le fils du héros

Auteur : Karla SUAREZ
Traducteur : François GAUDRY (El hijo del héroe)
Éditeur : Métailié
Prix : 20 €
Nombre de pages : 258
Parution : 31 août 2017

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Le Fils du héros

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. 3 septembre 2017. Caroline D.