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Le dimanche des mères : une lecture lumineuse

[Carozine dévore le roman Le dimanche des mères - Graham SWIFT]

Carozine lit le roman Le dimanche des mères - Graham SWIFT
Alors que la crevette escalade tout ce qu’elle peut et que je me transforme en maman pieuvre (une main sur le clavier, l’autre main qui rattrape le verre et une jambe qui empêche la crevette de s’écraser au sol tel un pancake trop cuit) spécialiste de l’imitation des bruits d’animaux, je tente désespérément de vous parler de ma dernière lecture en date, du côté des adultes, cette fois : Le dimanche des mères, de Graham Swift. Lecture qui m’a été recommandée par ma maman, et, en ce week-end de fête des mères, cela me semble idéal de vous en toucher deux (ou vingt) mots. Allez, on se prend un mug de thé avec un nuage de lait, un scone au beurre mou et bienvenue dans la campagne anglaise !

Autrefois, avant que les garçons ne passent de vie à trépas, à l’époque où il y avait plus de chevaux que d’automobiles, avant que les domestiques de sexe masculin n’aient disparu et que, à Upleigh et Beechwood, ils n’aient été contraints de se débrouiller avec juste une cuisinière et une bonne, les Sheringham possédaient non seulement quatre chevaux dans leur écurie, mais aussi ce que l’on aurait pu appeler un « vrai cheval », un cheval de course, un pur-sang. Le dimanche des mères - Graham SWIFT

Le dimanche des mères : un dimanche qui change tout

Le dimanche des mères - Graham SWIFT [ed. Folio]
Nous sommes le 30 mars 1924 et, histoire de sauvegarder un peu de prestige, de ne pas reléguer tout de suite aux oubliettes un passé glorieux qui n’est plus, les aristocrates anglais qui continuent de serrer les rangs face à l’adversité donnent congé pour la journée à leurs domestiques : c’est le dimanche des mères. (Qui n’a rien à voir avec la fête des mères, notez bien.) Et pour ce dimanche des mères, Jane, jeune bonne de vingt-deux ans qui n’a pas la chance d’avoir une mère se demande comment elle occupera sa journée quand le téléphone sonne et décide pour elle. Elle passera son dimanche en compagnie de Paul Sheringham, dernier rejeton encore en vie de la famille Sheringham et qui est censé épouser l’héritière d’une autre grande famille de l’aristocratie anglaise, dans quelques semaines. Mais, en attendant, il décide de passer son temps avec celle qui a été son amante depuis sept ans.

Dehors, des jonquilles ourlaient d’un ruban éblouissant l’allée de gravier et, à l’intérieur, au fond du hall, des volutes de fleurs blanches, lumineuses, émergeaient d’un grand vase. La porte s’était alors refermée derrière elle et elle s’était retrouvée seule avec lui à Upleigh House, un dimanche, à onze heures du matin. Une première. Le dimanche des mères - Graham SWIFT

Le dimanche des mères : un roman plein de charme

Le dimanche des mères - Graham SWIFT [ed. Folio]
À partir de cet homme complètement nu à l’exception de sa chevalière qui prend son temps pour se rhabiller sous les yeux de son amante tout aussi nue avant de rejoindre sa promise, Graham Swift déroule les fils d’une très belle histoire, celle de Jane Fairchild, l’orpheline qui deviendra romancière et qui ne cesse de repenser à cette journée qui a changé le cours de sa vie en lui donnant un formidable sentiment de liberté. Si les premières pages m’ont laissée un peu perplexe par cette écriture si fluide et mélodieuse parsemée de mots crus (et j’ai toujours l’impression d’être incroyablement prude quand je le dis, mais, franchement, lire « bite » dans une phrase dont le début s’annonce proustien me choque toujours, bref !), et si le manque de structure du roman Le dimanche des mères (qui ne cesse de naviguer entre les époques, les moments de cette journée) m’a un peu perturbée, il n’empêche que j’ai été transportée par cette ravissante histoire, sensuelle et libre. Graham Swift y évoque l’aristocratie sur le déclin, qui fait face aux pertes fracassantes de la guerre et qui réduit son train de vie mais s’accroche néanmoins à quelques vestiges de son passé. Et, surtout, la mise en abîme de l’écrivain est passionnante car elle aborde une question fascinante (parce que je me la pose souvent) celle des mots, de leur essence et de ce qu’ils recouvrent (non parce que, finalement, qui a décidé qu’un parapluie serait un parapluie ? Et si un lapin était en fait un oiseau ?). Donc voilà. Le dimanche des mères est une lecture pleine de charme et de mélancolie, avec un message très agréable et puissant. Graham Swift signe là un roman sensible et intelligent, d’une beauté simple et touchante. Un roman d’apprentissage fulgurant, baigné de lumière.

Toute sa vie, elle essaierait de revoir cet épisode, de revivre ce dimanche des mères, même après que la tradition se fut perdue et que sa raison d’être fut devenue une curiosité historique, une coutume d’une autre époque. Au moment où il les déposait, la fumée blanche du 9 h 40 s’élevait sans doute déjà dans le ciel bleu vif. Le dimanche des mères - Graham SWIFT

Les détails du livre

Le dimanche des mères

Graham SWIFT : Graham SWIFT
Illustrateur : qui?
Traducteur : Marie-Odile FORTIER-MASEK (Mothering Sunday, A romance)
Éditeur : Folio
Prix : 7,40 €
Nombre de pages :
Parution : 3 janvier 2019

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Le dimanche des mères

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. 25 mai 2019. Caroline D.