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Le Convoi : une Amazonie torride pour un roman poétique

[Carozine découvre le roman Le Convoi - Marijosé ALIE]

18 Jan. 2016

Carozine lit le roman Le Convoi - Marijosé ALIE
En ce jour d’un morne effroyable, où il vaut mieux investir dans un mascara waterproof (ce qui fait malheureusement défaut à ma trousse de toilette) et ressortir les vieilles bottes de pluie (qui sont -re-malheureusement restées à Oléron) assorties d’un ciré (dont ma garde-robe n’a jamais été parée)… oui, bon, bref, il pleut, quoi. Mais ce n’est pas grave ! Car, aujourd’hui, je vous emmène sous le soleil, dans une chaleur moite et torride (ah ! j’aurais peut-être dû commencer par là) avec le premier roman de Marijosé Alie : Le Convoi. Préparez vos chaussures de randonnée, votre chemise de safari (ah, non, pardon, mauvais continent : une chemise en lin) et votre pantalon multi-poches : nous partons pour l’Amazonie ! Ça en jette, non ?! (Parce que tout le monde n’a pas les moyens d’aller traquer le paresseux ou les colibris au Costa Rica -qui n’est pas en Amazonie, oui, je suis au courant- d’abord. On fait avec ce qu’on a. Non mais. Des fois.)

Il était midi à tous les réveils, à huit cent kilomètres à la ronde. L’heure était aussi nue que le dos pelé d’un « chien fer », cruelle et sans concession, enfonçant des ombres sans grâce sur le visage des hommes, tapant son soleil au zénith à la verticale sur des fronts baissés, mouillant les tissus d’une sueur sale et fétide. Il faisait trop chaud, trop moite pour mettre du rythme dans la vie et pourtant Marie marchait… Le Convoi - Marijosé ALIE

Le Convoi : un village face à un mystérieux convoi (forcément, hein)

Le Convoi - Marijosé ALIE [ed. HC éditions]
Il y a d’abord, Marie, fillette de dix ans dont la mère, Elsa, se meurt d’apathie auprès d’un mari cogneur, et qui court à travers la forêt afin d’y dénicher la vieille guérisseuse qui n’a plus toute sa tête et dont les délires sont retenus par les Indiens. À défaut de la trouver, elle tombera sur Tiouca, le guerrier blanc qui a fui son passé pour renaître de ses cendres dans la jungle qui entoure le village de Campan. A la mort de sa mère, Marie sera confiée à la voluptueuse Félicité qui donne son amour à qui veut bien le prendre… et ils sont nombreux à sonner à la porte de sa petite boutique, dont le facteur de Campan, doté d’une grosse femme, Elizabeth, loin d’être aussi niaise qu’elle n’en a l’air. Autour d’eux gravite Jonathan, électron libre à l’affut de petits coups pour faire fortune et fils du procureur, dont la femme, Suzanne, sombre dangereusement dans la folie et l’ennui. Et puis, il y a Alakipou le poète, qui s’amuse, depuis quelques mois, à faire venir en Amazonie une horde de femmes venues des quatre coins du monde, dont la nerveuse Julie, accompagnée de l’immense et magnifique Maïla. Enfin, il y a cette rumeur persistante qui bruisse à travers les feuillages et met l’Amazonie en effervescence : un convoi d’une importance sans nom traverse la forêt… et affole les convoitises.

Il était midi à tous les réveils, à huit cent kilomètres à la ronde, et ce pays était maudit. C’est en tout cas ce que se disait Tiouca, le guerrier, en déposant son arc et ses flèches sous le mahogany qui marquait l’entrée de la jungle.
Tiouca exerçait un pouvoir absolu sur tout ce qui bougeait dans un rayon de dix kilomètres autour de cet arbre qui lui avait, de tout temps, servi de repère à la saison des chasses. Il portait des oripeaux de toutes les couleurs qu’il arborait comme autant de drapeaux cousus l’un à l’autre et qui couvraient son corps maigre. Le Convoi - Marijosé ALIE

Le Convoi : un roman sensuel pour une Amazonie qui se dévoile

Le Convoi - Marijosé ALIE [ed. HC éditions]
Très franchement, je ne sais pas trop que penser du roman Le convoi. Fâcheux, vous me direz. Je n’ai jamais été une grande fan des structures morcelant le récit entre les différents personnages (bien que, au vu de la foisonnante galerie qui compose Le Convoi, j’ai bien conscience que Marijosé Alie aurait difficilement pu faire autrement) qui me donnent toujours l’impression d’un cloisonnement. Cependant, Marijosé Alie sautille d’un personnage à l’autre avec grâce et volupté, nous plongeant systématiquement dans une pensée différente, une perception des événements qui varie selon la peau dans laquelle on s’engouffre, s'amusant à les relier les uns aux autres, à les télescoper. L’écriture alerte, vive, sensuelle (voire carrément sexuelle, d’ailleurs) et poétique de Marijosé Alie fait le reste : Le Convoi nous transporte dans la chaleur moite et torride de l’Amazonie, dévoilant au gré des pages les failles de cette galerie colorée de personnages. Elle sait manier l’évolution de son intrigue, dosant parfaitement les révélations sur ses protagonistes, leur passé trouble et leurs souffrances. Aucun des personnages piliers du roman Le Convoi n’est laissé à l’ombre : tous ont leur instant de lumière ; tous évoluent au gré des événements, de la découverte de l’Amazonie (dans le cas de Julie et Maïla) et chacun possède plusieurs facettes, ne se laissant pas réduire à la première impression que nous en donne Marijosé Alie. Donc, on peut dire que Le Convoi fonctionne à merveille. Mais, bizarrement, je n’ai pas été emballée. J’ai adoré découvrir cette Amazonie lascive où la chaleur semble agir sur les sens, me plonger dans cette atmosphère suintante qui transpire des pages du roman, ou observer Félicité (grande réussite du roman) et sa générosité, mais la magie n’a pas entièrement opéré. Ce n’est pourtant pas faute de savoir manier beauté et douleur, ou de faire chanter les mots pour en faire une fresque puissante et colorée. Allez savoir.

« Non, pas partout pareil », se répétait Julie en se décollant du mur. « Pas partout. » Plus les jours se succédaient, plus sa curiosité du début s’usait. Elle n’avait même plus les mots pour interroger Alakipou, ils étaient partis en même temps que l’urgence de savoir. Ici, le temps était matière, on l’habillait, le déshabillait, le déplaçait, le déposait parfois aussi. On l’oubliait, ou plutôt on ne calculait plus parce qu’il ne comptait plus. Ses mots s’évanouirent dans le murmure des cantiques qui passaient le portail. Le Convoi - Marijosé ALIE

Les détails du livre

Le Convoi

Auteur : Marijosé ALIE
Éditeur : HC éditions
Prix : 19,00 €
Nombre de pages : 400
Parution : 7 janvier 2016

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Le convoi

18 janvier 2016

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

Autres lectures de Carozine : Le Cercle des plumes assassines : Dorothy Parker mène l’enquête (tambour battant).

. . Caroline D.

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