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Le Cercle des plumes assassines : Dorothy Parker mène l’enquête (tambour battant)

[Carozine dévore le roman Le Cercle des plumes assassines - J.J MURPHY]

15 Jan. 2016

Carozine lit le roman Le Cercle des plumes assassines - J.J MURPHY
Tandis que les montagnes russes s’apaisent, que le neurone semble toujours anesthésié (voire apathique) et que les livres s’accumulent sur ma table (ahem), je me dis qu’il est probablement temps de vous parler d’un roman qui sort du lot et qui m’a grandement amusée : Le cercle des plumes assassines, de J.J Murphy (à ne pas confondre avec J.J Murphy, l’acteur qui est mort sur le tournage -ou presque- de Games Of Thrones, oups…). Et pourquoi sort-il du lot, ce roman (pas si) noir ? Parce qu’il réveille la belle époque du « cercle vicieux » (la Table Ronde de l’hôtel Algonquin), des Années folles américaines et ce, avec un franc panache. Allez hop, on se prend une tasse de thé améliorée par quelques gouttes d’alcool sans thé et on suit les pas empressés et légers de Dorothy Parker ! (Mais si, vous la connaissez ! Ne serait-ce que de nom ! Critique littéraire auprès de Vanity Fair, scénariste et poétesse désabusée.)

Dorothy Parker observa les jambes immobiles qui dépassaient de la nappe, sous la Table Ronde de l’Algonquin.
Ça m’apprendra à arriver en avance, songea-t-elle.
D’habitude, elle n’arrivait jamais en avance nulle part. Souvent elle était même la dernière. Mais ce jour-là, malgré toute sa bonne volonté, quelqu’un l’avait précédée.
—Eh bien, on roule déjà sous la table alors qu’on n’a même pas déjeuné ? lança-t-elle en s’adressant aux deux jambes. Même moi, j’attends midi passé pour tomber aussi bas.
Pas de réaction du côté des jambes. Le Cercle des plumes assassines - J.J MURPHY

Le Cercle des plumes assassines : Dorothy Parker et sa bande de joyeux drilles vs. un cadavre

Le Cercle des plumes assassines - J.J MURPHY [ed. BakerStreet]
Nous sommes dans les années 20 et la Prohibition bat son plein à New York, faisant les beaux jours des bars clandestins comme celui de Tony Soma (et des mafieux, bien sûr, mais là n’est pas vraiment le sujet du jour… quoique). Dorothy Parker trotte d’un pas léger pour retrouver la Table Ronde de l’hôtel Algonquin, où elle a l’habitude de retrouver ses connaissances pour y décortiquer l’actualité et en tirer des bons mots. Sauf que, ce jour-là, une paire de jambes rattachées à un cadavre propre sur lui (et semblant être le dernier des soucis du chef cuisinier de l’Algonquin) l’y attendent : Leland Mayflower vient de trouver la mort, un porte-plume planté dans le coeur. Fâcheux. Mais pas vraiment de quoi entacher l’esprit vif de Dorothy Parker qui, tandis qu’elle se dirige vers Robert Benchley (autre membre de la Table Ronde pour qui son coeur bat un peu plus vite), elle se fait harponner par un homme fluet, dépenaillé et au fort accent du Mississippi : William Faulkner, alors écrivain débutant venu chercher sa voix à New York… et rapidement renommé Teckel, afin de le protéger des foudres de la police. Car Dorothy Parker a un fâcheuse tendance à faire l’exact opposé de ce qu’on lui demande. Quand elle apprend que le Teckel qu’elle a pris sous son aile a été suivi par un homme patibulaire portant une dent comme bouton de manchette, elle est bien résolue à mener l’enquête sur la mort de Leland Mayflower, quitte à singulièrement déranger le travail de la police et de l’inspecteur O’Ronnigan (rapidement devenu Orang-outan dans la bouche alerte de Robert Benchley).

— Je suis écrivain, du Mississippi, répondit-il en se dandinant nerveusement d’un pied sur l’autre. Enfin, c’est ce que je veux être.
— Quoi ? Du Mississippi ? Ou écrivain ?
— Ecrivain. Accepteriez-vous de jeter un oeil sur ceci ? poursuivit-il en montrant la poignée de pages cornées qu’il serrait dans sa main. Je voudrais votre opinion sincère.
Elle le dévisagea, puis répondit, comme à son habitude, dans un souffle :
—Mon opinion sincère décollerait le papier peint, mon chou. Le Cercle des plumes assassines - J.J MURPHY

Le Cercle des plumes assassines : un roman qui dépote sous la cafetière

Le Cercle des plumes assassines - J.J MURPHY [ed. BakerStreet]
Prenant certaines libertés avec la réalité historique, les lieux, les personnages, J.J Murphy nous emporte dans le tourbillon des Années folles à la suite de la fantastique Dorothy Parker (dont il est un grand fan et qu’il a, depuis, transformée en héroïne de trois de ses romans, dont Le cercle des plumes assassines est le premier). Il ressuscite à merveille l’atmosphère de cette période, le grain de folie des protagonistes, leur charisme. Car, oui, Dorothy Parker attire évidemment tous les regards avec ses réparties brillantes, son esprit acéré et ses bons mots qui crépitent ; néanmoins, elle n’en éclipse pas pour autant le reste de la petite bande de la Table Ronde d’Algonquin (le « cercle vicieux ») dont on retiendra surtout Robert Benchley et Alexander Woollcott : le premier pour sa bonhommie et son humour à toute épreuve (« —Je préfèrerais dans un verre, mon chéri. —Ce n’est pas du sherry, mais du gin ! » ou encore « —Mon gin est-il l’égal du gin illégal ? »… Avouez que vous auriez adoré le rencontrer, vous aussi !) ; le second pour sa personnalité improbable, voire insupportable, mais si réjouissante.

—Ah, mais ne vous méprenez pas ! Je l’adore, moi, ce cher vieux Franck. Je le connais depuis mon premier poème. J’ai si souvent pleuré sur son épaule que maintenant, quand il me voit, il met un imperméable. Mais quant à tuer Mayflower, alors là, aucune chance. Le Cercle des plumes assassines - J.J MURPHY

Dès les premières lignes, on tombe sous le charme de cette plume caustique, vive et fluide de J.J Murphy (qui n’est pas sans rappeler P.G. Wodehouse), qui traduit à la perfection la personnalité de Dorothy Parker, son humour, son sang-froid et son sarcasme ; la lecture en devient proprement jubilatoire. (J’en parle rarement et c’est un tort, surtout quand le travail est magnifiquement fait : Hélène Collon a manifestement fait un travail remarquable au niveau de la traduction qui n’enlève rien aux bons mots de la fine équipe.) Il souffle entre les pages du roman Le cercle des plumes assassines un vent caustique qui ragaillardit, sans, pour autant, faire passer à la trappe l’intrigue. Celle-ci s’amplifie et gagne en intensité (et en rebondissements) au gré des pages, faisant du Cercle des plumes assassines un vrai roman policier, porté par des personnages brillants, un esprit fin et l’ambiance déchaînée de ces années 20. Le Cercle des plumes assassines est tout simplement irrésistible, rocambolesque, brillant d’humour et d’élégance. Un petit bijou pétillant que j’ai adoré découvrir… et dévorer.

« C’est ce qu’on pourrait appeler une tragédie musiciale, lut-elle à haute voix. Je suis d’accord avec vous, déclara-t-elle en lui rendant le carnet. Mais pas avec vos façons. Je ne vous voyais pas en détrousseur de cadavres, Benchley.
— Simple coup de tête, Mme Parker. S’agissant, en l’occurrence, d’un restaurant, on peut aussi parler d’un menu larcin.
—Un menu un peu trop alléchant, s’interposa Faulkner.
—Exactement. Pas de quoi en faire tout un plat. D’ailleurs, je vais le rendre à sa veuve, ce carnet, si cela peut vous faire plaisir. Le Cercle des plumes assassines - J.J MURPHY

Les détails du livre

Le Cercle des plumes assassines

Auteur : J.J MURPHY
Traducteur : Hélène COLLON
Éditeur : BakerStreet
Prix : 21,00 €
Nombre de pages : 338
Parution : 2 avril 2015

15 janvier 2016

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. . Caroline D.

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