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Le cas Eduard Einstein : subtil et envoûtant

[Carozine se passionne pour le roman Le cas Eduard Einstein - Laurent SEKSIK]

27 Jan. 2014

Il était une fois, non dans la ville de Foix, une rédactrice qui avait inséré, dans sa liste au Père Noël, un livre qui lui tenait à coeur à force d’en avoir entendu parlé et de l’avoir vu la narguer sur les rayons de sa librairie : Le cas Eduard Einstein de Laurent Seksik. Le Père Noël, dans son extrême bienveillance, eu l’indéniable générosité de doter sa paire de bottes, bien gentiment posées aux pieds du sapin, d’un exemplaire du Cas Eduard Einstein. Yipipi auraient dit les Yankees. Joie dans la chaumière de Carozine. Après les oeuvres pour la sélection du jury littéraire, j'ai (enfin) eu le temps de me plonger dans ce drame familial palpitant et voici donc, rien que pour vous, Le cas Eduard Einstein, brillante analyse d’une inextricable situation familiale (et ceci avant, sans rapport aucun avec la choucroute, de vous parler d'un divin gratin de macaroni au cheddar... oui, je sais, mon teasing laisse à désirer, pour une fille ayant travaillé un paquet d'années dans une régie publicitaire, ça le fait moyen).

Tout à fait entre nous, je porterais volontiers le nom de ma mère. Je n’en serais sans doute pas là. Hélas, il n’est pas facile de remonter le temps. Mon père a déjà étudié la question. Je ne marcherai pas sur ses plates-bandes.
Allez, je vous donne la réponse sur le problème de la pierre et du wagon. Je vois la pierre tomber de façon rectiligne. Le piéton observe une parabole. Il n’y a pas de vérité en soi. Votre vérité n’est pas la mienne. Prenez-en de la graine. Le cas Eduard Einstein - Laurent SEKSIK

Le cas Eduard Einstein : famille et schizophrénie

Le cas Eduard Einstein - Laurent SEKSIK [Ed. Flammarion]
1930. Zurich. Mileva-la-boîteuse (mais incroyablement brillante, au point qu'elle est une star dans son pays natal qu'est la Serbie et qu'un chauffeur de taxi va même jusqu'à insinuer que Einstein lui aurait soufflé ses idées) voit se refermer avec douleur la porte de l’institution mentale Burghölzli, sur son fils Eduard, alors âgé de 20 ans ; hantée par les cris déchirant le silence de l’institution, le remords l’assaille aussitôt, mais quel autre choix avait-elle ? Son fils n'était-il pas un potentiel danger pour lui-même ? Survient alors la voix du fils que l’on prétend fou et dont les propos sont traversés d’éclairs d’une implacable lucidité ; il se heurte aux infirmiers de l’institution, aux règles qui ne collent pas avec les siennes et retrace, par intermittence, ce passé familial qui l’a tant fait souffrir. Enfin, c’est au tour du génie du XXe siècle d’entrer en scène, à Berlin, à l’aube du nazisme ; rapidement, la situation deviendra intenable pour Albert Einstein, qui émigrera alors vers les Etats-Unis, où le célèbre Hoover ne manquera pas de le garder à l’oeil. Il y fera venir à ses côtés (du moins l'espérait-il, mais à peine les pieds posés sur le quai du paquebot que le rejeton annoncera son intention de mettre de nombreux kilomètres entre eux) son second fils, tandis que Eduard se perdra entre les murs de Burghölzli et les traitements à grand renfort d'électrochocs. Oui, mais tout n'est pas si simple et surtout rien, avec Laurent Seksik, n'est aussi manichéen.

Il songe à Eduard. Puis à sa propre personne. « L’être animé protège sa propre existence en détruisant l’élément étranger. » Il se demande si c’est ainsi qu’il se protège, en laissant une telle disante avec Eduard. ll protège sa propre existence. Il détruit l’élément étranger. Il se soumet à l’instinct de mort. Le cas Eduard Einstein - Laurent SEKSIK

Le cas Eduard Einstein : 3 voix pour une pépite

Le cas Eduard Einstein - Laurent SEKSIK
Vous l’aurez compris, Laurent Seksik alterne avec passion les destins de ces trois personnages, laissant dans l’ombre le 2e fils Einstein, Hans-Albert. De la femme brisée par l’amour quelle portait sans retour, au fils enfermé et convaincu d’être malaimé par son père, et enfin l’homme de sciences renommée ne sachant pas bien affronter sa lâcheté, malgré des tentatives pour faire venir en Amérique son fils schizophrène, Le cas Eduard Einstein retrace ces 3 vies intimement liées mais si écartées les unes des autres, décortique 3 volontés et 3 pensées bien différentes. Laurent Seksik nous plonge dans ce drame familial avec brio, nous emporte dans les flots tumultueux de la pensée de ce fils oublié (ce « problème qui demeure sans solution ») et nous fait ressentir l’incroyable détresse de ce fils qui souffre de se sentir délaissé par son père… et dont le salut, fugitif, proviendra d’un journaliste analysant la photo de couverture : Albert Einstein assit près de son fils, un archet à la main. Mais Le cas Eduard Einstein nous expose également les faiblesses, la tristesse et la culpabilité d’un grand homme. Laurent Seksik dévoile la complexité de l’âme humaine et c’est tout simplement passionnant.

J’ai cependant trouvé une phrase de mon père qui me parlait et dont j’ai eu l’impression qu’elle pouvait avoir été écrite autant à son intention qu’à la mienne. Qu’il avait peut-être songé à moi en l’écrivant, et également à son comportement à mon égard. Sa grande distance à tous les sens du terme. Sans doute je me trompe. Si mon père pensait à moi, cela se saurait. La moindre de ses pensées est connue du monde entier. Celle-là serait remontée jusqu’à moi. Mon père a dit : « L’essentiel dans l’existence d’un homme de mon espèce réside dans ce qu’il pense et comment il pense, non dans ce qu’il fait ou souffre. » Merci du compliment, papa. Le cas Eduard Einstein - Laurent SEKSIK

Les détails du livre

Le cas Eduard Einstein

Auteur : Laurent SEKSIK
Editeur : Flammarion
Prix : 19 €
Nombre de pages : 300
Parution : août 2013

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Le cas Eduard
Einstein

27 janvier 2014

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. . Caroline D.

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