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Le Bruit et la fureur [Faulkner] : un drame familial

[Critique du roman Le Bruit et la fureur - William FAULKNER]

Carozine lit Le bruit et la fureur
Le monde faisant grand cas de l'oeuvre de Monsieur William Faulkner, qui va jusqu'à pointer le bout de sa plume dans ma petite série américaine et reposante qu'est Parenthood (et dont je ne vous ai toujours pas parlé, mais cela ne saurait tarder), que je me suis dit : "En voiture, Simone, plongeons-nous dans Faulkner" et en l'occurrence, ce qui est est considéré comme son chef-d'oeuvre, à savoir le Bruit et la Fureur (The Sound and The Fury, en anglais dans le texte pour les puristes). Grave erreur s'il en est, car William Faulkner est certainement très apprécié des critiques et autres amateurs de masturbation intellectuelle, mais cet auteur dépasse largement l'entendement de mon petit cerveau de blonde Parisienne et passe ainsi dans la catégorie des auteurs "hautement surévalués" (où il va rejoindre l'illustre et soporifique cinéaste François Ozon, n'en déplaise à beau-papa).

Le Bruit et la Fureur : les pensées du ravi de la crèche

Le Bruit et la fureur - William FAULKNER [Ed. Folio]
William Faulkner a pris le parti, intéressant à l'origine, de plonger dans les pensées d'un idiot, Benjy, qui racontera les événements de sa famille... ou du moins, essaiera. "Brillante idée, mais bravo monsieur Faulkner" s'exclameront les critiques littéraires friands d'intellectualisme forcené. Mais pas Carozine. Et pour cause : plonger dans les pensées du ravi de la crèche, c'est bien gentil, mais proprement incompréhensible pour le commun des lecteurs. Dès les premières pages du Bruit et la Fureur, vous êtes happé par l'enchevêtrement des pensées de Benjy qui mélange passé et présent, en sautillant d'une idée à l'autre par le biais d'une émotion ressentie ou d'un prénom. Un véritable capharnaüm. Et pour embrouiller un peu plus son pauvre lecteur éperdu, William Faulkner a eu la judicieuse idée de nommer plusieurs de ses personnages du même prénom. Et là, c'est la panique la plus totale. Cependant, du magma confus des pensées de l'idiot du village, vous comprenez vaguement qu'il est en adoration suprême devant sa soeur Caddy et que la sœur Caddy en question était loin d'être une sainte et qu'elle connaissait manifestement de très près le foin de toutes les étables de la région (ce qui ne devait plaire que très moyennement à sa famille).
A travers la barrière, entre les vrilles des fleurs, je pouvais les voir frapper. Ils s'avançaient vers le drapeau, et je les suivais le long de la barrière. Luster cherchait quelque chose dans l'herbe, près de l'arbre à fleurs. Ils ont enlevé le drapeau et ils ont frappé. Et puis ils ont remis le dreapeau et ils sont allés vers le terre-plein, et puis il a frappé, et l'autre a frappé aussi. Et puis, ils se sont éloignés et j'ai longé la barrière. Luster a quitté l'abre à fleurs et nous avons suivi la barrière, et ils se sont arrêtés, et nous nous sommes arrêtés aussi, et j'ai regardé à travers la barrière pendant que Luster cherchait dans l'herbe.Le Bruit et la fureur - William FAULKNER

Le Bruit et la fureur : une oeuvre à décrypter (laborieusement)

William FAULKNER [auteur de Le Bruit et la fureur]
Bien. Sauf qu'il en faut plus pour réussir à décoder l'oeuvre de William Faulkner. Voici donc sous vos yeux ébahis, Le Bruit et la Fureur décrypté par Carozine ! Mettez vos ceintures et prenez des notes : le drame familial se passe en plein coeur du Mississipi et le roman s'ouvre alors que la famille Compson, prospère famille reconnue de tous (et qui finira, bien entendu, dans le déshonneur et l'abjection de tous), fait le deuil de l'aïeule. Chose relativement banale s'il en est, cependant, les parents (à savoir Jason Compson et sa femme Caroline, née Bascomb) décident de taire la mort de la grand-mère aux enfants : Candace, la fameuse Caddy ; Jason (un de plus, donc) ; Quentin et Maury.
(re)Bien. Mais, me direz-vous, il y a également un Benjy, le ravi de la crèche. Exact ! Toutefois, ce fourbe de Faulkner a pris soin de brouiller les pistes : Maury, benjamin de la fratrie Compson, est un idiot et, manque de chance pour lui, il porte le prénom de son grand-père maternel ; Caroline Compson, afin de ne pas salir le nom de son père en l'attribuant à un crétin fini, décide donc de renommer Maury en Benjy. Ce petit éclaircissement fait, poursuivons avec l'histoire que Benjy arrive difficilement à nous conter : ayant un jour tenté de violer une petite fille alors qu'il s'était échappé de la surveillance de sa mère, Benjy fut castré, par précaution, et erre depuis tel un chapon que l'on imagine avec le regard pétillant d'intelligence d'une Marguerite.
Benjy vient de la Bible, dit Caddy. C'est un meilleur nom pour lui que Maury.
Comment ça, dit Dilsey.
C'est maman qui l'a dit, dit Caddy.
Hm, dit Dilsey. C'est pas avec un nom qu'on pourra lui faire du bien, du mal non plus du reste. Changer de nom, ça ne porte pas chance. Je m'appelle Dilsey du plus loin que je peux me rappeler, et ça sera encore Dilsey quand tout le monde m'aura oubliée.Le Bruit et la fureur - William FAULKNER

Le Bruit et la fureur : inceste, amours et violence

William FAULKNER [auteur de Le Bruit et la fureur]
Et c'est donc ce Benjy qui essaie de nous expliquer la tragédie familiale : Caddy, femme séduisante et sensuelle, prend un amant, un certain Dalton Ames et, se retrouvant enceinte, se voit bien obligée, par les conventions sociales, de trouver un mari factice et complaisant ; Caddy prend donc ses valises pour se dégoter un mari dans une station thermale et revient mariée à Sidney Herbert Head.
Dans le chapitre suivant, conté par le frère de Caddy, Quentin, nous apprenons, lors d'une lecture en apnée car William Faulkner aura trouvé fort amusant de ne laisser aucune ponctuation pour nous plonger dans l'âme torturée de Quentin le jour de son suicide, que ledit Quentin est fou amoureux de sa sœur Caddy. Quelques semaines après le mariage mirage de sa soeur, Quentin s'attache des enclumes aux chevilles pour aller nager un brin et ne remettra jamais les pieds à l'université d'Harvard.
Un an après ce drame, Caddy est chassée par son mari qui aura finalement retiré la boue qu'il avait dans les yeux et se voit contrainte de laisser sa fille, Quentin (en mémoire de son frère bien-aimé), à ses parents. Déshonoré, Jason Compson (père) devient meilleur ami avec les bouteilles de whisky, ruine sa famille et meurt, pas dans un caniveau, mais presque. Restent donc dans la maison familiale : Caroline Compson, mère peu gâtée par ses enfants ; Jason (fils), qui déploie des trésors de fourberie et de violence ; et enfin, Quentin (petite-fille) qui préfère aller faire un tour dans les foins, comme sa maman, plutôt que de prendre le chemin de l'école... Ce qui ne plait guère à Jason (fils) qui poursuivra Quentin de sa haine.
Merci autant vous intéresser à Jason il fera mieux votre affaire que moi
Je regrette beaucoup cette histoire mais je n'étais qu'un gamin à l'époque je n'ai jamais eu une mère comme la vôtre pour m'enseigner certains raffinements ça la ferait souffrir inutilement de savoir ça vous avez raison inutile de à Candace non plus naturellement
J'ai dit à mes parents
Dites donc mon petit regardez-moi un peu combien de temps pensez-vous que vous tiendrez avec moi
Je n'aurai pas à tenir longtemps si vous avez appris à vous battre au collège essayez vous verrez combien de temps je tiendraiLe Bruit et la fureur - William FAULKNER

Le Bruit et la fureur : la confusion à l'état brut

Le Bruit et la fureur - William FAULKNER [édition US]
Outre le fait de donner des noms similaires à tous ses personnages (ce qui rend les choses aussi simples à démêler que dans Cent ans de solitude de notre cher Márquez) du Bruit et la Fureur, de jongler d'idée en idée en imitant les pensées d'un idiot, de nous asphyxier sans ponctuation, ce qui faisait déjà beaucoup pour un même roman vous en conviendrez, William Faulkner nous embrouille encore et encore en faisant fi de toute chronologie. Au lecteur donc, s'il survit au chapitre sans ponctuation, de remettre dans le bon sens les bribes d'histoire qu'il récolte entre deux suffocations. Courageux lecteur, Le Bruit et la Fureur se mérite... un peu trop, peut-être. L'écriture torturée démontant une histoire familiale dramatique (et fascinante, certes, nous l'admettons sans aucune réserve) est manifestement l'idéal de nombreux intellectuels et amateurs de littérature, mais à choisir, je préfère largement me plonger dans les phrases sinueuses et fluides de mon cher monsieur Proust ou dans l'histoire abominable mais si captivante du Destin de monsieur Crump (Ludwig Lewisohn). Le Bruit et la Fureur ne m'aura vraiment pas convaincue... quoique si : faire un effroyable détour dans les rayons des librairies en passant devant la lettre "F".
Je ne répondis pas. Debout, nous regardions la tombe, puis je me mis à penser à notre enfance, quand nous étions petits, puis une chose après l'autre, et, de nouveau je me sentis tout drôle, vaguement furieux, je ne sais pas, pensant que, maintenant, nous allions avoir l'onle Maury à perpétuité dans la maison à faire marcher tout à son gré, comme cette façon de me laisser revenir tout seul sous la pluie.Le Bruit et la fureur - William FAULKNER

Le Bruit et la fureur

Auteur : William FAULKNER
Editeur : Gallimard /Folio
Prix : 7.69 €
Pages : 384
Parution : 26 juillet 1972.


Le Bruit et
la fureur

5 novembre 2010
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