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Le bonheur national brut : roman générationnel inspiré

[Carozine dévore le roman Le bonheur national brut - François ROUX]

30 Mars 2016

Carozine lit le roman Le bonheur national brut - François ROUX
Non, non, je ne suis pas morte ni enterrée six pieds sous terre ! Le retour dans le (grand) monde de l’entreprise (bon, ce n'est pas tout à fait la description appropriée, mais qu'importe, nous ne sommes pas là, non plus, pour bavarder sur ma vie aussi palpitante soit-elle... J'exagère ? Non, non, je vous assure, je n'ai pourtant aucune racine marseillaise) est juste un poil plus chronophage que je ne m’y attendais et ne laisse finalement que peu de temps à mes chroniques… voire à mes lectures. Diantre ! Bref. Je lutte activement contre le baobab qui menace de pousser au creux de ma main à chaque fois que je rentre à la maison, pour vous parler du dernier roman de la sélection du mois de mars pour le jury du Livre de Poche : Le bonheur national brut, signé François Roux (que je n’avais pas encore eu l’occasion de rencontrer). Un petit pavé qui se laisse dévorer (pour peu que l’on ait un minimum de temps devant soi), mais je développe !

Le pays était bel et bien coupé en deux.
Depuis plusieurs mois —et dans la France entière—, on se répandait en injures, en hypothèses, en pronostics avec, à gauche comme à droite, la même ferveur et une égale mauvaise foi.
Moi, Paul Sevidan, dix-sept ans et sept mois, je n’attendais rien de particulier de cette élection présidentielle. Même en âge de voter, jamais je ne me serais soumis à ce qui m’apparaissait comme un exercice assommant. La chose politique, je la tenais éloignée, dans une espèce de vague dégoût et autant de méfiance. Le bonheur national brut - François ROUX

Le bonheur national brut : des amis, la vie et tout le reste

Le bonheur national brut - François ROUX [ed. Le Livre de Poche]
10 mai 1981. Tandis que François Mitterand accède à la présidence et que la France bascule à gauche, Paul Sevidan, dix-sept ans et des poussières, s’apprête à passer son bac et s’intéresse bien plus à sa sexualité (et aux petits mensonges qu’il invente pour éviter d’avouer la vérité sur son homosexualité) qu’aux élections… ce qui est loin d’être le cas de son ami Rodolphe, brillant élève attiré par la politique (et issu d’une famille modeste, ultra politisée). À leurs côtés, Tanguy le charismatique papillonne de fille en fille, et sauve l’entreprise familiale de la banqueroute avant d’intégrer une école de commerce. Enfin, Benoît, le nonchalant et le seul de la petite bande à avoir loupé son bac, décide de rester dans sa Bretagne natale, pendant que la petite bande s’éparpille aux quatre vents après des vacances d’été passées à Mykonos : Paul, dont son père autoritaire a exploité l’indécision sur son avenir pour le contraindre à intégrer une fac de médecine, file vers Paris où il sera logé par la vieille et compréhensive Jacqueline Ziegler, passionnée de cinéma et par la vie tout simplement ; Rodolphe s’implante à l’université de Rennes où il intègre rapidement un petit clan politique « rocardien » ; et Tanguy exploite sa fibre commerciale. En 2009, la petite troupe éparpillée continue de se retrouver, s’écarter et se retenir à travers les aléas de leur vie respective, de leurs carrières… et de leurs échecs tant sentimentaux que professionnels.

Je sais que c’est banal à dire mais Benoît avait réussi à capter quelque chose de profondément mystérieux en chacun de nous. Nous ne posions pas devant l’objectif, c’était comme si nos trois personnalités tout entières avaient été aspirées par lui. Cette sensation d’intrusion mit d’ailleurs Rodolphe assez mal à l’aise. Benoît souriait en observant nos têtes d’ahuris et ses yeux brûlaient de reconnaissance. En observant tour à tour ce cliché tombé des nues et le visage radieux de Benoît, j’eus une nouvelle fois le sentiment désagréable qu’une distante infranchissable nous séparait désormais de lui. Et si ce type, là, en face de moi, que depuis des années j’appelais mon ami, m’était finalement aussi étranger que n’importe quel autre type sur le quai de cette gare ? Le bonheur national brut - François ROUX

Le bonheur national brut : une fresque virevoltante et inspirée

Le bonheur national brut - François ROUX
À travers les pages de son roman Le bonheur national brut, c’est une galerie de quatre personnalités attachantes que nous dresse François Roux : ces quatre amis aux horizons sociaux et politiques différents, qui évoluent au gré des obstacles et des choix impératifs qui dessinent une vie. Cependant, Le bonheur national brut est bien plus qu’une amitié passée à la loupe, oscillant entre tendresse, admiration, petites rivalités et jalousie. Si Le bonheur national brut exploite cette matière brute, c’est pour mieux bâtir une fresque sociale et politique, bercée par la musique des époques traversées par nos quatre amis. Une vie, divisée en quatre fragments pour mieux en extraire la sève. Quatre possibilités. François Roux prend le parti d’adopter le point de vue de Paul Sevidan, qui finira par s’orienter vers une carrière de comédien, tout en explorant les personnalités des trois autres amis de la bande : ce côté omniscient nous dévoile un portrait fouillé des quatre garçons devenant hommes, permet de s’attarder sur les failles de l’un avant de lorgner vers les faiblesses de l’autre. On ausculte ainsi l’évolution de cette amitié prise dans les méandres de la vie, face aux distances, aux défis, aux personnalités qui s’affinent et s’affirment, chacun dans sa propre voie, chacun vers le destin qu’il se forge. Le bonheur national brut évoque les désillusions, les questionnements intimes et les doutes qui nous assaillent, les prises de conscience qui nous forcent à nous poser une seule question : comment vivre en harmonie avec nous-même ? Et, indirectement : qu’est-ce que le bonheur ? Que sont devenues les convictions de notre jeunesse ? Je me suis prise d’affection pour ces quatre amis, dont j’ai suivi la trajectoire avec intérêt, François Roux mêlant habilement petite et grande histoire de France (étalée sur trente années d’évolutions politiques et sociales, de crise et de sida, de scandales et de corruption), ayant l’habileté de ne pas sombrer dans le manichéisme et d’offrir sa part d’ombre et de lumière à chacun… en revanche, j’ai été nettement moins charmée par cette volonté de crudité qui, franchement, n’apporte rien à une écriture déjà vive, fluide et alerte comme une rivière bouillonnant au gré des rochers qui la parsèment. Le bonheur national brut est un roman vivant, bercé de mélancolie et d’amertume, une fresque alerte et souvent facétieuse qui analyse la consistance d’une vie et la transforme en oeuvre ambitieuse qui se dévore avec plaisir. Car oui, faire se télescoper l’âge adulte et ses renoncements, à la jeunesse et ses espoirs est un parti audacieux qui fonctionne à merveille.

Et si le bonheur d’une vie était constitué, justement, de la fragile accumulation de secondes aussi merveilleuses que l’était celle-ci ? Nous avions tellement voulu grandir et nous frotter à la vie que nous en avions oublié de préserver la part la plus belle de nous-mêmes : notre innocence.
Bientôt, Rodolphe serait empêtré dans les rouages du monte politique, Tanguy dans ceux de l’entreprise, Benoît et moi dans ceux de l’art et de la culture. Chacun de nous devrait batailler, contre les autres mais surtout contre lui-même. Chacun de nous, pour tenter de survivre —pour tâcher d’être heureux ?—, s’efforcerait à sa façon d’enfouir les monstres cachés qui n’avaient cessé de nous poursuivre depuis l’enfance.
Pour le moment, nous étions morts de rire, et cela nous suffisait amplement. Le bonheur national brut - François ROUX

Les détails du livre

Le bonheur national brut

Auteur : François ROUX
Éditeur : Le Livre de Poche
Prix : 8,90 €
Nombre de pages : 764
Parution : 4 janvier 2016

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Le Bonheur national brut

30 mars 2016

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. . Caroline D.

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