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Landfall : plongeon dans la tornade made in USA

[Carozine dévore le roman Landfall - Ellen URBANI]

15 Août 2018

Carozine lit le roman Landfall - Ellen URBANI
Bon. Il y a des jours comme cela où on se dit « allez, zou, j’me motive » et, hop, on déterre le baobab qui était en train de pousser négligemment au creux de notre paume et d’y prendre sérieusement racine. Non parce que, l’air de rien, cela fait du bien de se secouer le popotin de temps en temps… surtout quand on doit reprendre le travail dans une semaine et qu’on est encore en mode vacances, pire… congé maternité. Alors là, je ne vous raconte pas la panique quand on réalise qu’il ne reste plus que sept jours à profiter de ce temps qui nous est alloué pour la voir grandir et s’épanouir, et qu’on comprend que ce moment privilégié va cesser plutôt brutalement. La grosse claque. Mais, comme qui dirait, ce n’est pas franchement le sujet du jour (même si, j’en suis persuadée, ma vie vous passionne certainement au moins autant que la sexualité du moucheron sur une éponge). Non ! Le sujet du jour, bonjour !, s’oriente sur ma dernière lecture (adulte) en date : le roman Landfall, d’Ellen Urbani. (Pour lequel j’ai lâché mon autre lecture en cours, un petit pavé jubilatoire mais relativement chronophage : Même les cow-girls ont du vague à l’âme, et je l’ai donc lâché pour une sombre histoire de timing et de délai de lecture plutôt restreint. Bref.) Bon, alors, je vous le dis tout de suite, vu le sujet du roman en question, la petite phrase de Pat Conroy (dont j’ai adoré Le prince des marées, mais passons) mise en couverture nous indique qu’il ne s’est pas foulé : « Un livre phénoménal aussi puissant qu’un ouragan ». Ouaip. Sauf que voilà. Landfall, c’est l’histoire de l’ouragan Katrina. Donc bon. J’vous dis, ça n’ébourifferait pas un mouton. Allez, je vous raconte tout !

Pendant près de dix-neuf ans, Rose vécut avec une femme qu’elle connaissait à peine. Elles s’acquittaient de toutes les tâches parallèles qu’on peut attendre d’une vie partagée : Rose faisait la lessive en utilisant le détergent acheté par Gertrude à Walmart avec le coupon du dimanche. Gertrude déposait tous les quignons de pain durci dans une soucoupe ébréchée à côté de l’évier ; Rose rassemblait les restes rassis et les donnait aux oiseaux. Landfall - Ellen URBANI

Landfall : deux jeunes filles dans la tourmente

Landfall - Ellen URBANI [ed. Gallmeister]
Nous sommes en 2005 et, brusquement, Rose Aikens réalise qu’elle a vécu pas loin de dix-neuf ans avec une femme, sa mère, Gertrude, qu’elle ne connaissait absolument pas. Et pour cause, du haut de son adolescence prompte à juger, Rose ne comprenait pas les décisions maternelles, prises, au détriment de tout instinct de douceur, afin d’aider Rose à faire face à la dureté de la vie. Nous sommes en 2005, et l’ouragan Katrina se prépare à détruire des vies, à en chambouler d’autres. Parmi elles, celle de Rose et de Gertrude qui décident d’aller apporter des vêtements aux rescapés de l’ouragan. Direction donc la Nouvelle-Orléans. En se bagarrant comme des chiffonnières. Jusqu’au mot de trop, celui qui fait déraper la voiture sur le bas-côté et percuter une jeune fille qui se trouvait là, pas tellement par hasard. Rose sera la seule survivante. Et elle n’aura de cesse de retracer le périple de Rosebud, surnommée Rosy, afin de savoir pourquoi elle avait dans la poche une page d’annuaire avec le nom de Rose. Et, surtout, quelle fut sa vie. Avant.

Elle n’attendait pas seulement de Rose que celle-ci s’en sorte, elle attendait que sa fille vive ses propres rêves avortés. Ainsi, tous les soirs, quand elles se brossaient les dents ensemble au-dessus de l’unique lavabo, gargouillant en chœur, recrachant à tour de rôle, elles s’observaient dans le miroir impeccable et y voyaient un reflet déformé de l’autre. Qu’est-ce qui pouvait bien changer, maintenant ? Avec Gertrude morte à un stade si précoce, les perceptions erronées de Rose ne seraient pas facilement rectifiées, et celles de Gertrude croupiraient dans sa tombe. Landfall - Ellen URBANI

Landfall : un roman poignant

Landfall - Ellen URBANI [ed. Gallmeister]
Ellen Urbani, avec Landfall, réussit le tour de force de nous plonger au coeur de l’ouragan Katrina, sans pour autant opter pour le larmoyant (chose qui m’aurait prodigieusement agacée) et en le déviant : loin d’être le centre du roman, l’ouragan est un catalyseur… celui qui met en branle tout une série d’événements inéluctables : le départ de Rose et de sa mère pour la Nouvelle-Orléans ; la fuite de Rosy pour sauver sa mère. Donc, au final, j’ai un peu menti. Le sujet du roman Landfall n’est absolument pas l’ouragan (bon, un peu quand même), mais plutôt ses personnages : d’un chapitre à l’autre, Ellen Urbani navigue entre les vies de ces deux mères célibataires et, surtout, de leur fille. Alors, forcément, la révélation de fin de roman est à mille lieues d’être percutante car on aura deviné le pot aux roses dès les premières pages du roman. Mais là n’est pas la motivation d’Ellen Urbani. Non. (Du moins, je le suppose.) Son roman Landfall tire plus vers le roman d’apprentissage, le passage subtil de l’enfance à l’âge adulte, qui se fait parfois beaucoup trop tôt. Mais pas que. Forcément. Si on aborde le cas de l’ouragan Katrina, on ne peut évidemment éviter certains sujets, dont la fracture entre l’Amérique pauvre et celle des nantis. Landfall souligne le désarroi, les tensions, mais également les élans de solidarité, l’amour inconditionnel d’une mère pour sa fille. Pour un premier roman, il faut bien admettre que Landfall est une jolie réussite, malgré quelques faiblesses et facilités. Ellen Urbani signe une histoire poignante, dense et lumineuse.

Rose reprit conscience sous un ciel pourpre. Des nuances d’un violet plus profond mouchetaient l’horizon, jusqu’à ce que sa vision s’ajuste et que son esprit commence lentement à appréhender la scène, et que l’une des mouchetures se mette à couler, se révélant être du sang sur le pare-brise fracassé. Gertrude gargouilla ses trois dernières respirations et mourut, assise à ses côtés, pendant que Rose gaspillait les premières secondes cruciales à se demander pourquoi le soleil se couchait déjà. Landfall - Ellen URBANI

Les détails du livre

Landfall

Auteur : Ellen URBANI
Traducteur : Juliane NIVELT
Éditeur : Gallmeister
Prix : 22,50 €
Nombre de pages : 304
Parution : 3 mars 2016

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Landfall

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. 15 août 2018. Caroline D.