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La vie rêvée d'Ernesto G. : l'Histoire revisitée par un médecin indolent

[Critique du roman La vie rêvée d'Ernesto G. de Jean-Michel GUENASSIA]

13 Fév. 2013

Autant l'avouer tout de suite, quand ma chère maman m'a tendu le livre La vie rêvée d'Ernesto G. de Jean-Michel Guenassia, je n'étais pas follement emballée ; l'histoire ne me parlait pas plus que cela et surtout je n'ai jamais réussi à terminer le précédent roman de Jean-Michel Guenassia, Le Club des incorrigibles optimistes. Oups. Si l'on ajoute à cela que l'histoire de Joseph Kaplan fleure à n'en plus finir le communisme, ce qui, au regard des (nombreuses et pas des moindres) exactions commises par ces régimes, a tendance à me hérisser le poil, non, vraiment, La vie rêvée d'Ernesto G. n'avait rien pour me tenter. Et pourtant, passées les 150 premières pages (oui, pour une fois, je n'ai pas fait retentir le fatal couperet de la page 100, contrairement au pauvre livre La solitude du docteur March), je me suis laissée emporter par cette Histoire de notre siècle revisitée par ce médecin tchèque indolent. Place donc aux camps de concentration (de loin), à la police secrète du régime communiste et aux révolutions : La vie rêvée d'Ernesto G. palpitera entre vos mains.

Finalement, personne ne parle. Les choses importantes restent cachées au fond de nous. C'est vrai que si on devait tout se dire, il faudrait au moins une autre vie. On est probablement fabriqués pour vivre ainsi les uns à côté des autres, à se regarder de loin et à avoir des regrets de s'ignorer autant.La vie rêvée d'Ernesto G. - Jean-Michel GUENASSIA

La vie rêvée d'Ernesto G. : ou plutôt la vie, tout court, de Joseph Kaplan

La vie rêvée d'Ernesto G. - Jean-Michel GUENASSIA [Ed. Albin Michel]
Il était une fois une dynastie de médecins tchèques, éparpillée sur des années voire des siècles : les Kaplan. Le petit dernier de cette dynastie, Joseph Kaplan, a fermement décidé de sortir des sentiers battus, de prôner ce que la société de l'époque réprouve (oui oui, la méthode Ogino fut, il y a fort fort longtemps, une méthode diabolique conçu par des cerveaux machiavéliques !)… et se retrouve donc envoyé, par son cher papa n'ayant pas envie de voir la réputation de son fils adoré réduite en cendres dans les rues de Prague, à Paris pour y achever ses études. Joseph Kaplan y est embauché à l'Institut Pasteur, passe ses nuits à danser (divinement bien) avec de nombreuses conquêtes dont il ne se rappelle jamais le visage, refuse d'aller combattre en Espagne et se retrouve à Alger, à regarder de près les petites bactéries de nos maladies. Mais le moustachu virulent rôde et tempête à travers le continent… jusqu'en Algérie. Joseph Kaplan se trouve donc éjecté de son petit paradis et envoyé, in extremis, au fin fond de l'Algérie, dans un bled peuplé de moustiques et de marécages pour y soigner les populations autochtones et développer les recherches microbiennes. Pendant que l'Europe est à feu et à sang, Joseph Kaplan patauge dans la boue. Quelques années plus tard, il se décide (enfin) à revenir dans son pays natal et à revoir son père… il y fera face à la montée du communisme, favorisée par le moustachu éructant, et tentera, tant bien que mal, d'y faire sa vie.

Le royaume de la vase. Les Arabes l'appelaient le pays de la désolation. On avançait avec peine, on se perdait comme dans un labyrinthe, on s'épuisait vite en s'enfonçant jusqu'au mollet dans la boue. La pente du terrain quasiment nulle rendait impossible l'écoulement de l'eau. D'innombrables insectes, espèces endémiques ou inconnues, proliféraient. Les tiques tuaient les mammifères. Même les rats avaient fui. Les moustiques y pullualient en nuées opaques et avaient chassé Européens et indigènes à l'exception des quelques familles berbères que Carmoma avait réussi à fixer pour le chantier.La vie rêvée d'Ernesto G. - Jean-Michel GUENASSIA

La vie rêvée d'Ernesto G. : de l'Histoire, des amours et un Che mal en point

La vie rêvée d'Ernesto G. - Jean-Michel Guenassia [Ed. Albin Michel]
Bon. Jean-Michel Guenassia (ou son éditeur, mais le résultat est rigoureusement identique) a pris le parti de cafter un peu la trame de son roman La vie rêvée d'Ernesto G. en lui attribuant un tel titre, car, forcément, quand on voit qu'on se tartine des pages et des pages du médecin Joseph Kaplan, on ne cesse de se demander "mais quand diable intervient le fameux Ernesto G. ?!". Je vous le demande. Ce n'est donc pas réellement pêcher que de vous avouer que le Che débarque en fin de roman, dans un état critique et que Joseph Kaplan prendra soin de lui… avec sa charmante et ravissante fille, Helena. Jean-Michel Guenassia profitera de ses pages pour nous dévoiler sa vision de Ernesto Che Guevara, qui ne se révèlerait n'être, au final, qu'un modeste pion (un peu violent et rebelle, certes) sur le vaste échiquier mondial. Mais revenons-en à La vie rêvée d'Ernesto G. qui porte bien mal son nom, à mon humble avis. S'il m'a fallu autant de pages pour me laisser happer par l'histoire de Joseph Kaplan, c'est tout simplement parce que le style de Jean-Michel Guenassia est sobre… trop sobre. Cela nous donne la (désagréable) impression que les événements glissent sur Joseph Kaplan sans que cela ne le touche particulièrement, sans laisser la moindre trace de la même façon qu'il oublie un visage quelques secondes après l'avoir vu. Moi qui adore la passion littéraire, j'ai donc eu un peu de mal à me prendre d'affection pour ce Joseph Kaplan si distant. Mais l'histoire de son désenchantement, de ses yeux qui s'ouvrent sur un régime communiste utilisant les mêmes armes que celles des régimes qu'il dénonce (bonjour la police secrète et les arrestations massives, et ne parlons pas de la liberté d'expression !) et que Soljenitsyne avait déjà brillamment évoqué dans L'erreur de l'Occident, est particulièrement touchante. On y voit un homme dont la vie est modelée par l'Histoire et qui tente de trouver sa place, entre disparitions, terreur et amours ; mais également la naissance de la génération 68 et, plus proche de nous, de leurs enfants si éloignés des idéaux communistes comme nous le rappelle une rencontre imprévue avec un Parisien. La vie rêvée d'Ernesto G., comme toutes les vies, est peuplée de désillusions, de passions, d'amis et de la famille, éternel pilier salvateur.

Joseph lui avait expliqué son malaise, avec elle il pouvait parler sans peur. Il ne voulait plus dissimuler ses opinions et soutenir qu'ils vivaient dans une démocratie parfaite, que tous les problèmes étaient en passe d'être résolus quand la situation n'avait jamais été pire. Il ne supportait plus l'optimisme gluant de ce catéchisme socialiste qui les ensevelissait dans une tombe collective. Intolérables aussi la foi obligatoire en un avenir radieux, l'interdiction d'émettre le moindre doute pour ne pas passer pour un traître et le devoir de s'extasier sur les réussites d'un régime dont il ne voyait que les échecs. Joseph n'avait ni la force de résister, ni le courage de fuir à l'étranger. Juste besoin de s'éloigner et de faire son métier.La vie rêvée d'Ernesto G. - Jean-Michel GUENASSIA

Les détails du livre

La vie rêvée d'Ernesto G.

Auteur : Jean-Michel GUENASSIA
Editeur : Albin Michel
Prix : 22.90 €
Nombre de pages : 544
Parution : 22 août 2012.

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La vie rêvée
d'Ernesto G.

13 février 2013

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. . Caroline D.

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