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La montagne en sucre : à la quête de chimères

[Carozine découvre le roman La montagne en sucre - Wallace STEGNER]

Carozine lit le roman La montagne en sucre - Wallace STEGNER
At last!!! I am back!!! Oui ! Après des semaines de baobab poussant négligemment au creux de ma paume, mais surtout des semaines d’interrogations essentielles (voire carrément existentielles, n’ayons pas peur des hyperboles !) du genre « Yoyo 0+ (et en quelle couleur ?!) ou Bee ? », « transat or no transat ? » (avouez que le pauvre Hamlet avec son « to be or not to be » fait pâle figure à côté d’un tel questionnement), « les futurs parents sont-ils donc nécessairement voués à se transformer en vache à lait ou peut-on faire l’impasse sur certains articles de puériculture ? », « le porte-bébé, plutôt gris ou imprimé palmier ? ». Bref. Vous voyez le truc. Après des années à avoir repoussé l’échéance, je m’apprête à accueillir un gremlin et, l’air de rien, cela occupe les week-ends et les soirées. Mais j’ai rasé le baobab et laissé de côté les interrogations philosophiques pour revenir… et pas avec n’importe quoi ! Non, non. Je reviens avec un pavé de la littérature américaine : La montagne en sucre, de Wallace Stegner. 800 pages pour lesquelles il m’aura fallu… hmm… non, finalement, je vais éviter de dévoiler ce détail technique, c’est un peu la honte. Donc bon. L’important étant que le roman La montagne en sucre a été dévoré et qu’il ne sera plus question que de lui dans les prochaines lignes. Non mais des fois. Sans blague.

Le convoi brimbalait en rase campagne lorsque enfin Elsa parvint à chasser la tristesse du départ pour ne plus songer qu’à sa délivrance. Elle rangea son mouchoir, s’accota à la vitre crasseuse et se prit à regarder les fils du télégraphe s’incurver de poteau en poteau, à contempler les arbres, les fermes éparses qui glissaient sans heurt vers l’arrière en une interminable déclinaison de maisonnettes blanches, de granges rouges et de champs de blé. La montagne en sucre - Wallace STEGNER

La montagne en sucre : une ingénue face au débrouillard coriace

La montagne en sucre - Wallace STEGNER [ed. Gallmeister]
Par une belle journée, Elsa décide de quitter le foyer paternel, car elle n’y trouve plus sa place et, surtout, le fait que son père se soit remarié avec sa meilleure amie lui passe quelque peu en travers de la gorge. Elle saute donc dans le train, valise à la main, et débarque chez un oncle vivant dans une petite bourgade du Dakota. Nous sommes en 1905 et la vie d’Elsa ne fait que commencer. Et elle va même démarrer sur les chapeaux de roue avec la rencontre du fier et insolent Harry « Bo » Mason, qui vit au gré de ses rêves et des opportunités qu’il s’empresse de saisir. Un mariage express, quelques désillusions sur le chemin, et Elsa se rend rapidement compte que la vie de femme au foyer posée qu’elle espérait ne cadre pas vraiment avec la vie qu’elle a choisi de se fabriquer aux côté de Bo Mason, qui n'aura de cesse d'aller toujours plus loin, de trimballer sa famille tels des fétus de paille pour la poser négligemment là où l'herbe lui semble plus verte.

Il avait également laissé derrière lui la vision d’étendues vierges et sauvages, de rivières écumeuses et de reliefs grandioses, de forêts giboyeuses, de peaux d’une valeur exorbitante, de sables regorgeant de paillettes jaunes. Et chez Bo, que minaient les difficultés, le fardeau d’une hypothèque non levée, le souci et la fatigue d’un long labeur sans profit, il avait déclenché une rechute carabinée de cette démangeaison qui l’avait dès l’âge de quatorze ans propulsé de ville en ville. La montagne en sucre - Wallace STEGNER

La montagne en sucre : la nature de l’Homme rendue classique

La montagne en sucre - Wallace STEGNER [ed. Gallmeister]
Par bien des aspects (notamment cette quête de l'élévation sociale), La montagne en sucre m’a fait penser à Martin Eden. Mais l’analyse se fraie un chemin sur plusieurs générations, les choix de vie et la personnalité de Bo Mason déteignant inévitablement sur ses deux fils, Chet, qui pousse dru comme une mauvaise herbe, et Bruce, le sensible incompris du paternel. En quelques pages seulement, Wallace Stegner nous plonge dans cette vie faite de hauts et bas, ponctuée par les éclats de colère de Bo Mason, toujours incapable de refréner ses rêves de grandeur, qui l’emportent toujours plus loin vers l’Ouest fantasmé, toujours plus proche de la rupture. À ses côtés, la douce Elsa fronce des sourcils mais suit son mari jusqu’au bout de la moindre de ses chimères et il faudra la mort d’un père détesté pour que, enfin, Bruce parvienne à reconnaître la grandeur en cet aventurier maladroit qui n’est pas né à la bonne époque. La montagne en sucre est un magnifique roman d’apprentissage, dont l’écriture fluide et poétique, parsemée de paysages du grand Ouest, vous transporte, et ce, jusqu’à la merveilleuse dernière page. Au final, certes, j’ai mis beaucoup de temps à en venir à bout, mais le voyage entre les lignes de La montagne en sucre fut une merveille. La montagne en sucre de Wallace Stegner est une formidable épopée au souffle envoûtant, qui émeut et interroge, trace les contours d’une Amérique pas toujours si appétissante que cela.

C’était là ce qui faisait défaut non seulement à sa famille, mais à des milliers d’Américains. Pendant trop longtemps la nation tout entière avait été comme l’oiseau sur la branche ; pour de trop nombreuses générations, l’Éden s’était toujours trouvé de l’autre côté de l’horizon. Pourquoi demeurer sur le même coin de terre sans attrait quand le paradis est accessible, à deux pas ? Les habitants de ce pays étaient comme le sapin du conte de fées qui voulait être coupé et décoré de lumières et de guirlandes afin de voir le monde et d’être un arbre de Noël. La montagne en sucre - Wallace STEGNER

Les détails du livre

La montagne en sucre

Auteur : Wallace STEGNER
Traducteur : Éric CHÉDAILLE
Éditeur : Gallmeister
Prix : 13,00 €
Nombre de pages : 836
Parution : 1 avril 2016

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La montagne en sucre

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. 12 février 2018. Caroline D.