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La Galerie des maris disparus : de l'émancipation faite art

[Carozine dévore le roman La Galerie des maris disparus - Natasha SOLOMONS]

22 Fév. 2016

Carozine lit le roman La Galerie des maris disparus - Natasha SOLOMONS
Après un week-end ensoleillé, quoi de mieux pour bien commencer la semaine qu’une petite lecture ?! Ah ! En plus, je suis une fille sympa, je ne vous livre pas un navet. Non, non. En ce jour un poil grisâtre, je vous propose une lecture qui ne sera, certes, pas inoubliable (n’est pas Harper Lee qui veut ! ou Sandor Maraí, d’ailleurs… ou Evelyn Waugh, et William Wilkie Collins ou encore ce bon vieux Marcel, bon bref, j’arrête !) mais qui vous fera passer un (très) agréable moment : le roman La Galerie des maris disparus, de Natasha Solomons. Avec ce livre, nous entamons donc le second roman du jury Le Livre de Poche, section Littérature (notez que j’ai également terminé le troisième de la sélection de février, je vous en parle bientôt !) : et zou. (Je ne voudrais pas avoir l'air de me plaindre, d'ailleurs, mais je ne sais toujours pas pour quel roman je vais voter parce que, l'air de rien, le roman d'aventures Trois mille chevaux-vapeur, d'Antonin Varenne était sacrément passionnant... quel dilemme mais quel dilemme.)

C’était le jour de son trentième anniversaire. Même si Juliet admettait que d’autres femmes dans sa situation auraient pu mal le vivre, cet événement ne la troublait pas outre mesure. Examinant ses réactions avec sa franchise habituelle, elle conclut qu’en ce levant ce matin à six heures trente elle avait eu l’esprit aussi brouillé que la veille et qu’en habillant les enfants pour l’école elle n’avait pas ressenti le besoin de se jeter sur une bouteille de xérès. À trente ans, une femme est au zénith de sa beauté, se dit-elle. La Galerie des maris disparus - Natasha SOLOMONS

La Galerie des maris disparus : un mari disparu toujours bien présent dans les esprits et une femme qui aimerait s’en libérer

La Galerie des maris disparus - Natasha SOLOMONS [ed. Le Livre de Poche]
Le jour de ses trente ans, Juliet Montague (si, ça, ce n’est pas de la référence à peine masquée, je me damne) a décidé de se rendre d’un pas volontaire à Londres pour s’offrir le frigidaire dont elle rêve et qui lui permettra de nourrir dignement ses deux enfants, Leonard et Frieda. Nous sommes en 1958 et Juliet, membre pas tellement active de la petite communauté juive de son village campagnard (ou presque), a été abandonnée par son mari, George Montague, et alimente, depuis, les commérages des femmes juives n’ayant rien d’autre à faire de leur journée, ainsi que le désespoir de sa mère, Mrs Greene, qui aurait aimé que sa fille soit une bonne juive et enterre les assiettes souillées dans son jardin (oui, je n’ai pas tout compris à cette tradition, mais passons). Sauf que voilà. Juliet a hérité d’un prénom romantique au possible et qu’elle ne se satisfait pas de sa vie de femme abandonnée, dont la condition l’empêche de se remarier, ou de vivre, tout simplement. Et, surtout, Juliet est passionnée d’art. Alors, quand elle tombe devant un tableau qui vaut pile poil le montant de son frigidaire, Juliet n’hésite que quelques secondes avant de se décider à l’acheter. Sauf que voilà. Face à elle se trouve le jeune Charlie Fussel, que cette femme fascine car elle sort du cadre de ses autres conquêtes : il lui propose de faire son portrait. Et c’est une nouvelle vie qui commence pour Juliet.

Juliet ne répondit pas. John savait parfaitement qu’elle ne pouvait entrer dans un restaurant en compagnie d’un homme. Une femme enchaînée devait rester chez elle. Elle imaginait le scandale si on la voyait partager un schnitzel avec un homme autre que son mari. Elle voulut sourire, mais s’en trouva incapable. Elle se surprit à penser à Charlie Fussel. Il n’était pas conscient d’une tare, lui. Elle n’avait pas mentionné George, mais, même si elle l’avait fait, cela n’aurait rien changé à son habitude. Charlie Fussel ne lui parlerait pas avec la prudence de ces bonshommes, secrètement ravis —si gros, si chauves ou si ennuyeux fussent-ils— d’être devenus irrésistibles à ses yeux. La Galerie des maris disparus - Natasha SOLOMONS

La Galerie des maris disparus : un roman d’émancipation, de passion et de trajectoire lumineuse

La Galerie des maris disparus - Natasha SOLOMONS
La Galerie des maris disparus est un roman qui se dévore avec une bonne tasse de thé, coincée dans un coin du canapé. Mais, surtout, La Galerie des maris disparus est un roman qui se lâche avec peine. En quelques pages, d’une écriture enlevée, fluide et teintée d’humour, Natasha Solomons nous plonge dans la vie pas si tranquille ni effacée de Juliet Montague… et, en ajoutant de-ci de-là de petites touches venant compléter ce magistral portrait de femme au gré du roman, elle la transforme en magnifique héroïne, figure d’un féminisme qui fait du bien, malgré elle. Car Juliet Montague ne cherche pas à soulever des montagnes (quoique). Non. Elle cherche simplement à vivre sa vie comme elle l’entend, loin du carcan étriqué de la communauté juive dans laquelle elle évolue et qui tente de l’étouffer. Grâce à l’art et aux artistes qu’elle ne tarde pas à représenter dans une galerie qui trouvera rapidement le succès, Juliet Montague reprend sa vie en main… Néanmoins, pour être totalement libre, il lui reste une ultime quête : savoir ce qu’est devenu son fichu mari, ce déserteur lâche (ou cet espion, comme se plait à l’imaginer le petit Leonard), cet homme aux deux identités qui a eu le culot de partir en lui dérobant le seul tableau qui avait une valeur tant sentimentale que financière : un portrait d’elle, enfant, réalisé par un peintre fauché mais ayant besoin de lunettes et s’étant adressé au père de Juliet. Etalant son récit sur plusieurs années, Natasha Solomons s’amuse à alterner les époques et points de vue, selon les différents protagonistes (du moins quelques uns d’entre eux), créant ainsi un changement de rythme agréable, redonnant du souffle à cette intrigue pouvant se résumer à l’exploration d’une chrysalide se transformant doucement en un papillon. Il serait néanmoins particulièrement petit de réduire La Galerie des maris disparus à cela : c’est un portrait de femme complexe et travaillé que nous livre Natasha Solomons. Une jolie découverte.

Pour la première fois depuis des années, elle avait parlé de Georges, des enfants, de sa situation après le départ de son mari. Lorsqu’elle eut terminé, il n’avait pas essayé de la consoler avec des mots gentils. ll lui avait simplement mis un verre d’alcool dans la main qui, à sa surprise, tremblait. Il avait rajouté une bûche dans la cheminée, puis s’était rassis près d’elle sans ouvrir la bouche. Il y a une place pour moi dans l’espace de son silence, s’était-elle dit. La Galerie des maris disparus - Natasha SOLOMONS

Les détails du livre

La Galerie des maris disparus

Auteur : Natasha SOLOMONS
Traducteur : Lisa ROSENBAUM
Éditeur : Le Livre de Poche
Prix : 7,90 €
Nombre de pages : 451
Parution : janvier 2016

22 février 2016

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

Autres lectures de Carozine : Trois mille chevaux-vapeur : du roman d’aventures noir et intense.

. . Caroline D.

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