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La Chorale des dames de Chilbury : roman feel-good sensible

[Carozine dévore le roman La Chorale des dames de Chilbury - Jennifer RYAN]

Carozine lit le roman La Chorale des dames de Chilbury - Jennifer RYAN
Pendant que certains rabâchent que, si si, nous sommes bien un État de droit, voyons, d’aucuns se disaient que, chic chic, c’est le week-end et peut-être que l’on pourra enfin en profiter, mais, non non, c’était sans compter sur la crevette qui attrape le moindre petit virus qui rôde à la crèche et qui est encore malade, pour la énième fois. Donc au lieu de tranquillité, nous déclenchons des plans ORSEC face au raz-de-marée noir qui déferle sur nous. Bref. Après cette introduction un poil scato et pas franchement dans le thème, passons au sujet du jour, bonjour ! La dernière lecture en date (et qui m’avait été offerte à Noël… ahem) : La Chorale des dames de Chilbury, de Jennifer Ryan (que je ne connaissais absolument pas, mais que je vais probablement surveiller à partir de maintenant). Un roman sensible qui donne envie de déplacer des montagnes (même avec le neurone amorphe, c’est dire !). En ce moment, je donne dans le feel-good ! Allez, je vous raconte tout sur La Chorale des dames de Chilbury : sortez votre masque à gaz et votre casque bleu !

Premier enterrement de la guerre, et la chorale de notre village n’a même pas été capable de chanter juste. Les mots « saint, saint, saint » se sont envolés comme s’ils étaient pépiés par une volée de moineaux poussifs. La faute n’en était pas à la guerre, ni à ce jeune chenapan d’Edmund Winthrop, coulé par une torpille dans son sous-marin, ni même à la direction désastreuse du pasteur. Non : nous donnions là l’ultime prestation de la chorale de Chilbury. Notre chant du cygne. La Chorale des dames de Chilbury - Jennifer RYAN

La Chorale des dames de Chilbury : des dames qui dépotent

La Chorale des dames de Chilbury - Jennifer RYAN [ed. Albin Michel]
Alors que la seconde guerre mondiale bat son plein et qu’Hitler postillonne en vitupérant, les dames de Chilbury apprennent une effroyable nouvelle : le dernier homme ayant quitté le village, la chorale sera dissoute. Sur ordre du pasteur, pas moyen de négocier (et c’est pourtant ce que tente de faire l’impétueuse Mrs. B. qui n’apprécie que très moyennement être dissoute et non entendue). Mais débarque alors Prim, professeure de chant un brin farfelue et aux pensées humanistes débordant d’empathie : le pasteur cède devant elle et l’unique chorale de femmes voit le jour. Car, après tout, qui a dit qu’une chorale devait nécessairement avoir des hommes dans son choeur et qu’il était interdit de chanter en temps de guerre ? Voici donc le début de l’existence de la Chorale des dames de Chilbury, comme elle se renomme rapidement. Composée de Mrs Tilling, veuve douce et un brin timorée, de Kitty Winthrop, jeune fille de treize ans ayant l’ambition de devenir chanteuse, et de sa soeur, Venetia, la beauté vénéneuse du village qui joue avec le coeur des hommes sans trop s’en soucier, mais également de Hattie, enceinte jusqu’aux yeux et la douceur même, de Mrs. Quail, la femme du pasteur, et de Silvie, la jeune réfugiée juive adoptée par la famille Winthrop, richissime famille du village, menée d'une main de fer par le colérique général Winthrop.

Des « Vas-y, Kitty » se sont élevés partout et je dois avouer que j’ai été touchée. J’ai pris la partition. Mrs. Quail m’avait préparé « Greensleeves », ce magnifique morceau qui est censé avoir été écrit par Henry VIII. Moi, je suis convaincue qu’il a demandé à quelqu’un de l’aider, parce qu’on ne peut pas être roi et écrire une belle musique en même temps. Surtout quand on est très occupé à décapiter ses épouses. La Chorale des dames de Chilbury - Jennifer RYAN

La Chorale des dames de Chilbury : roman chaleureux à la pointe so british

La Chorale des dames de Chilbury - Jennifer RYAN [ed. Albin Michel]
La Chorale des dames de Chilbury est un roman à part. Un roman choral merveilleusement bien orchestré, où toutes les voix qui y participent apportent un éclairage différent sur la vie de ce petit village de Chilbury en temps de guerre. Une guerre qui aura un avantage qui n’échappe pas au regard perçant et opportuniste de Venetia : elle est furieusement libératrice pour les femmes. Personne ne regarde ce qu’elles font. Et le monde a besoin d’elles pour faire tourner la boutique. Et, à partir du moment où la Chorale des dames de Chilbury remporte son premier concours de chorales, il semble que chacune des voix féminines du roman prenne son envol pour mieux se trouver. Mrs. Tilling oublie son éducation maternelle l’ayant enserrée dans un carcan depuis bien trop longtemps pour apprendre à être elle-même. Venetia trouve l’homme qui fera battre son coeur et qui l’aidera à se souvenir qu’il y a une vraie personne derrière la jeune femme vaniteuse et superficielle. Kitty apprendra la difficulté de grandir, qui est d’accepter les conséquences de ses actes mais également de montrer plus d’empathie, car la guerre chamboule les perspectives. Bref. Autant ne pas tout vous dévoiler et vous laisser le plaisir de découvrir toutes ces personnalités qui se livrent avec franchise et sans détour entre les pages du roman La Chorale des dames de Chilbury. À travers les journaux intimes et courriers échangés (d’où s’échappent les potins, tensions, jalousies et autres intrigues), Jennifer Ryan dévoile les petites histoires et l’âme féminine à tous les âges avec beaucoup de tendresse, de sensibilité et d’intelligence. Certes, il ne révolutionne pas le genre et oui, il est plutôt prévisible. Mais il possède le charme indéniable de la campagne anglaise et un humour so british dont je raffole. Et, avec cette plume résolument optimiste, refusant de laisser l’obscurantisme l’emporter, elle nous rappelle que le soleil finit toujours par briller plus fort et que les obstacles surmontés ne rendent ce spectacle que plus beau. Avec La Chorale des dames de Chilbury, Jennifer Ryan nous livre un roman sur le pouvoir de la musique et de la bonté, un roman sensible qui donne le sourire et nous rappelle que, oui oui, nous sommes capables d’être nous-mêmes, de prendre notre vie à pleines mains et d’en faire ce que nous en souhaitons, en oubliant les impératifs et les carcans. Et parfois, cela fait du bien que quelqu’un nous rappelle gentiment que nous sommes libres de faire nos choix.

C’est étrange, la façon dont un moment de chant nous lie. Chacune était là, perdue dans son monde, avec ses problèmes, et tout d’un coup, ceux-ci ont paru se dissoudre et nous avons pris conscience que nous étions ensemble, ici et maintenant, en train de traverser cette épreuve et de nous soutenir mutuellement.
C’est tout ce qui compte. La Chorale des dames de Chilbury - Jennifer RYAN

Les détails du livre

La Chorale des dames de Chilbury

Auteur : Jennifer RYAN
Illustrateur : Neil GOWER
Traducteur : Françoise DU SORBIER (The Chilbury Ladies' Choir)
Éditeur : Albin Michel
Prix : 22,00 €
Nombre de pages : 462
Parution : 14 mars 2018

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. 16 mars 2019. Caroline D.