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L’homme idéal existe. Il est Québécois : blonde cherche chum désespérément

[Carozine découvre le roman L'homme idéal existe. Il est Québécois - Diane DUCRET]

28 Sept. 2015

Carozine lit le roman L'homme idéal existe. Il est Québécois - Diane DUCRET
Aujourd’hui, braves gens, nous allons piquer une jasette sur un roman qui me laisse un sentiment mitigé : L’homme idéal existe. Il est Québécois, de Diane Ducret. (Oui, je sais, le titre ne colle pas à 100% mais j'avais très envie d'utiliser "blonde" donc je n'en ai fait qu'à ma tête.) Alors, peut-être avez-vous déjà entendu parler de Diane Ducret, qui n’est pas vraiment une novice en matière de romans puisqu’elle a pondu, il y a quelques années de cela, les Femmes de dictateurs (joli succès en librairie, d’ailleurs… ce qui lui a probablement permis d’acheter la belle robe qu’on lui voit sur la 4ème de couv’, mais passons) et là, la demoiselle a décidé d’abandonner le sérieux pour se lancer dans un roman flirtant avec Bridget Jones. Sauf que pas vraiment. Car le gros problème de L’homme idéal existe. Il est Québécois est que, justement, Diane Ducret n’a pas entièrement abandonné le sérieux. Mais je vais arrêter de zigner et je vous emporte donc pour un aller simple au Québec !

Après Monsieur Ouvre-bouteille, j’avais décidé de me vouer à l’attente de l’homme idéal. Dès lors, c’était le désert des Tartares du slip, le trou noir de l’érotisme. Ma vie était devenue un triangle des Bermudes pour types potables.
Je ne couchais pas, et m’étais résignée aux sous-vêtements en coton qui boulochent. Au point que mes voisines, aux jupes plus plissées que le visage, dont les coutures étaient faites main, me croisant le soir, se moquait du peu de passage qu’il y avait devant ma porte. Quand vos voisines de soixante-dix ans se font picorer le bonbon plus souvent que vous, vous savez que vous êtes en train de rater votre vie. L'homme idéal existe. Il est Québécois - Diane DUCRET

L’homme idéal existe. Il est Québécois : une Parisienne (?) ; un Québécois et une semaine ensemble

L'homme idéal existe. Il est Québécois - Diane DUCRET [ed. Albin Michel]
Diane a la trentaine resplendissante (si l’on en juge par la photo, je pense qu’elle n’est pas vraiment du genre à faire tapisserie dans une soirée, contrairement à moi) et vit à Paris depuis de nombreuses années. Des séances acharnées d’orthophoniste ont lissé le côté basque de son adolescence et elle est désormais ce que l’on pourrait appeler une Parisienne ; tellement policée, qu’elle en a oublié son vrai rire. Elle vient donc de publier son roman historique sur les Femmes de dictateur et, par une soirée pluvieuse ordinaire, elle fait la rencontre d’un chum à part, un Dieu du stade à lui seul, une merveille à découvrir rapidement (nu, autant que possible) : Gabriel, artiste peintre avec du bidous et Québécois. Ils passent une soirée merveilleuse et alcoolisée et, pas SMS, le Québécois parfait lui annonce qu’il repart le lendemain… et, brusquement, il lui demande son numéro de passeport et si une place près du hublot lui conviendrait. Car, oui oui, le Québécois parfait l’invite dans son Québec neigeux pour une semaine en amoureux. Un peu échaudée par des années de plantades amoureuses, Diane finit par accepter (en se posant un paquet de questions superflues)… et débarque donc moyennement fraîche et moyennement dispose au Canada, pour une semaine qui ne ressemblera en rien à ce qu’elle avait pu imaginer.

En attendant, avec un physique pareil, je m’attends encore à me ramasser le nez sur un tombeur façon dandy ludique ou un torturé nocturne. J’ai tout faux. Je me retrouve happée par un être solaire et drôle, plutôt timide derrière ses lunettes, tandis que j’ai plus de mal à cacher mon soudain intérêt derrière mes lentilles de contact. Je dois avoir la pupille dilatée à force de le fixer. L'homme idéal existe. Il est Québécois - Diane DUCRET

L’homme idéal existe. Il est Québécois : un décalage culturel rafraîchissant… mais pas suffisant

L'homme idéal existe. Il est Québécois - Diane DUCRET [ed. Albin Michel]
On ne va pas niaiser longtemps : L’homme idéal existe. Il est Québécois vaut pour le décalage culturel. Car, oui, il est amusant de voir le contraste de langage et d’attitude entre la Parisienne un poil hautaine et sûre de son intelligence, de sa culture, et le Québécois qui aurait tendance à se laisser porter par le vent et à lâcher prise (autant dire qu’il n’est pas du genre à manger ses bas). Alors, oui, évidemment, on sourit (voire on se marre franchement) à la lecture des quiproquos nés d’un décodage foireux du langage québécois (parce que non, là-bas, le bacon ne se mange pas, il se met dans le porte-feuille !). Et, quand on a passé quelques semaines de rêve (pardon… à pelleter des nuages) à découvrir le Québec, les tires sur neige (enfin, pas vraiment, puisque ce n’était pas la saison), les chars, le sept-en-l’air et le tu veux-tu ou encore le lève-toi debout donc, eh bien c’est rafraichissant et franchement plaisant de se replonger dans cette ambiance. D’autant que certains passages sonnent justes (pour moi, du moins), notamment quand Diane Ducret évoque son inexpérience en sentiments et cette faculté de se calfeutrer dans une tour inaccessible. Les réflexions sur le couple, la femme moderne, notre incapacité à supporter le bonheur des autres ou à ne pas sombrer dans l’hypocrisie sociale sont pertinentes (et intéressantes, absolument) et, oui, le cynisme qui en suinte est plaisant. Oui, mais. Mais éparpiller des expressions québécoises et s’amuser de quiproquos sur le décalage culturel ne suffit pas à faire un roman. Et on s’achale un brin en lisant L’homme idéal existe. Il est Québécois. Car Diane Ducret a sacrément manqué de folie en écrivant ce roman. Je ne doute pas qu’elle se soit amusée, mais, étrangement, cela ne transparait pas vraiment. Il me manque une touche de n’importe-quoi (et non, se crisser à poèlle pour faire du moto-neige n’est pas vraiment le grain de folie que j'attendais de ce roman), et une sacrée dose d’auto-dérision… Car Bridget Jones était une gaffeuse invétérée, plutôt touchante dans ses déboires. Diane Ducret a beau nous parler de sa mèche grasse et de ses deux kilos en trop, son moi littéraire n’est pas vraiment émouvant… peut-être parce qu’elle a oublié de déconnecté son neurone en écrivant L’homme idéal existe. Il est Québécois. Certes, l’écriture est déliée et libérée, elle donne l’impression d’être un poil délurée, mais le personnage, lui, ne l’est pas vraiment. Et ça manque cruellement. Au final, ce que l’on retient de L’homme idéal existe. Il est Québécois n’est pas l’héroïne mais bien le tu branles dans le manche, t’as de la buée dans les barniques ou t’excites pas le poil de jambe. Certes, c’est réjouissant et souvent drôle. On passe un très bon moment à lire L’homme idéal existe. Il est Québécois. Mais il est dommage que le personnage principal ne laisse pas une impression plus durable. Car le décalage culturel ne fait pas tout.

Mais d’où vient cette insécurité qui nous fait toutes nous poser ces questions à la vitesse d’un hamster dans sa roue ? On n’a quand même pas toutes eu un père foutraque ! Sauf pour certaines femmes naturellement confiantes et douées en amour, très rares, comme des licornes élevées dans des fermes bio, sur des nuages, ou en bocaux, sous vide, nées sur des lits de paillettes roses. C’est comme si on attendait déjà le moment où l’autre va nous décevoir et révéler son vrai visage : une tête de con. L'homme idéal existe. Il est Québécois - Diane DUCRET

Les détails du livre

L'homme idéal existe. Il est Québécois

Auteur : Diane DUCRET
Editeur : Albin Michel
Prix : 15,00 €
Nombre de pages : 192
Parution : 1 octobre 2015

28 septembre 2015

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

Autres lectures de Carozine : Guy de Maupassant à 20 ans (les débuts de Bel-Ami) : une plongée dans la jeunesse turbulente de l’écrivain.

. . Caroline D.

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