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L’homme-dé : le livre culte des années 1970 revient en force

[Carozine reste perplexe devant L'homme-dé - Luke RHINEHART]

1 Oct. 2014

Carozine lit L'homme-dé
Lors de la conférence des libraires qui m’avait déjà insufflée de très bonnes idées de lecture (dont le loufoque Guide de survie en milieu hostile de Shane Kuhn ou encore le brillant et juvénile Trilogie de Corfou, ma famille et autres animaux de Gerald Durrell), l’une des libraires s’était extasiée sur le roman de Luke Rhinehart : l’homme-dé. Faisons tomber le masque le plus rapidement possible : Luke Rhinehart, qui n’est autre que le psychiatre héros (ou dé-ros si l'envie nous prend de sombrer dans les jeux de mots un poil faciles, je vous l'accorde) de L’homme-dé, est en réalité l’écrivain Georges Powers Cockcroft et se la coule douce sur l’île de Majorque. (Notez que cette information nous intéresse aussi vivement que celle de la sortie du livre de Valérie Trierweiler, autant dire que notre rythme cardiaque est aussi plat que celui d’une moule périmée mais, qui sait, peut-être parviendrez-vous à la recaser lors d'un dîner mondain où l'on ne m'invite jamais.) L’homme-dé aura dépassé le fatal couperet de la page 100... mais au prix de quels efforts ?!

L’homme-dé : psychiatrie et avènement d’une nouvelle thérapie

L'homme-dé - Luke RHINEHART [Ed. de L'Olivier]
Luke Rhinehart est un psychiatre enfermé dans une vie parfaite et dans laquelle il s’ennuie diablement. Ses patients sont insipides et ses collègues plutôt horripilants. Et il faudra patienter jusqu’à la page 70 pour que l’idée de laisser son destin au hasard ne traverse l’esprit de Luke Rhinehart. Avouez que cette théorie a de quoi émoustiller : ne prendre aucune responsabilité quant aux décisions prises par un dé, laisser son cerveau au placard le temps de réaliser ce que le dé nous ordonne et sérieusement pimenter sa vie en la sortant des sentiers (re)battus. Oh joie. Imaginez un peu, si le dé tombe sur 1, notre Luke Rhinhart a le droit de descendre violer sa charmante voisine sans se poser plus de questions. Bingo, le dé l’y autorise et, par la même occasion, signe le début d’une nouvelle vie pour Luke Rhinehart, d’une vie entièrement vouée au dé, d’une vie dont il se décharge de toute décision importante. Et, telle une religion, le syndrome du dé se propage dans les rues de New-York, planquez-vous braves gens la perversion débarque et ne dévoile pas le côté le plus reluisant de l'âme humaine.

La porte demeurait seulement entrebâillée.
- Je suis descendu vous violer, dis-je.
- Ah, dit-elle, une seconde.
Elle défit le dispositif de sûreté et ouvrit la porte. Elle portait un peignoir de bain en coton peu seyant, peut-être bien celui de Jake, qui sait, ses cheveux noirs lui trainaient sur le front, du cold-cream lui blanchissait la figure, et, sans ses lunettes, elle me jetait un regard pénible comme celui d’une mendiante aveugle dans un mélodrame sur la vie du Christ. L'homme-dé - Luke RHINEHART

L’homme-dé : la mayonnaise reste à plat

L'homme-dé - Luke RHINEHART [Ed. de L'Olivier]
Bon. Les bases sont jetées, passons aux choses sérieuses et délicates. Ecrit en 1971 par Georges Powers Cockcroft, L’homme-dé est devenu un livre culte par son esprit subversif. Et le fait est, qu’objectivement, tous les ingrédients sont présents pour faire un excellent livre : une analyse critique de notre société et de ses fantasmes, une réflexion sur le passéisme et le désir d’abandonner toute volonté au profit d’un objet supérieur, une vision peu conventionnelle de la religion par le biais du prophète Luke Rhinehart converti enthousiaste et tentant de prêcher le règne du dé auprès de ses patients. L’écriture est intelligente, ciselée et parsemée d'humour noir (ce qui est loin d'être désagréable) mais les propos sont crus et étrangement distants du héros : aucune sympathie ne naît envers Luke Rhinehart qui semble traverser la vie sans s’en apercevoir, sans que cela l’émeuve. L’homme-dé possède l’un de ces héros froids et distants qui me laissent de marbre. Le mythe de l’extrême liberté (et son corollaire, la perversion morale et sexuelle) a de beaux jours devant lui et les personnes passant outre (ou appréciant) ce style d’écriture pourront probablement se délecter des ces situations poussées à l’extrême et de la réflexion sur le libre arbitre. Le sujet avait de quoi m’intéresser avec ce mélange d’intelligence, de dérision et d’amertume, ainsi que ce questionnement lattant : l’absence de règle et la volonté dictée par le dé n’est-elle pas une règle en soi ? mais il m’aura fallu lutter sérieusement, pour cause de style littéraire incompatible avec mes goûts (oui, le paradoxe d'une écriture travaillée et recherchée associée à de la crudité brute me laisse toujours perplexe et m'agace), pour venir à bout de L’homme-dé.

Vous allez peut-être trouver que ça fait père Forbes, mais de quel droit mettrais-je en question la volonté du dé ? (…) Le message du Christ est clair : il faut se perdre pour obtenir le salut personnel. Il faut abandonner ses désirs terrestres et personnels, devenir pauvre d’esprit. Si vous renoncez à votre volonté personnelle pour vous soumettre au caprice du dé, vous pratiquez précisément cette oblation de soi que prescrivent les Saintes Ecritures. L'homme-dé - Luke RHINEHART

Les détails du livre

L'homme-dé

Auteur : Luke RHINEHART
Editeur : L'Olivier
Prix : 14,90 €
Nombre de pages : 520
Parution : mai 2012

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L'homme-dé

1 octobre 2014

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

Autres lectures de Carozine : Fables [tome 1], Légendes en exil : des héros dépoussiérés et joyeusement revisités

. . Caroline D.

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