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Je suis interdite : plongée dans l’intégrisme religieux

[Carozine se plonge dans le roman Je suis interdite - Anouk MARKOVITS]

29 Mars 2014

Carozine lit Je suis interdite - Anouk MARKOVITS
Cela fait des lustres que je n’ai rien publié, mea maxima culpa. Et, pour ce retour, je vous ferai grâce des romans jeunesse dont j’ai fait une orgie ces derniers temps (les 3 tomes de Divergent ont résisté 3 jours et le premier tome d’A la croisée des mondes n’a pas tenu beaucoup plus, mais, cette fois, j’avais fait la fille maligne et opté pour l’intégrale, ce qui m’évite d’attendre impatiemment entre deux tomes, mais passons) pour aller directement au premier roman de la sélection ELLE : Je suis interdite d’Anouk Markovits… qui nous plonge dans le milieu hassidique un poil intégriste, ce monde fermé où les femmes n’ont pas le droit de montrer le moindre centimètre de peau sur leur cou pour aller s’enfermer dans un poulailler à l’étage de la synagogue, où les jupes doivent masquer les genoux (ce qui me confirme que, pour les religieux, cette zone semble particulièrement érogène, allez savoir pourquoi, mais pour visiter le monastère d’Amorgos j’avais dû les couvrir également et (re)passon) où les jeunes femmes se marient à 17 ans et n’ont pour d’autre horizon que les lectures sacrées (les lectures profanes sont tout simplement bannies de ces chastes demeures) et trouver un bon mari qui s’intègre au mieux dans la communauté. Une lecture édifiante.

Je suis interdite : exil, pénitence et repentance

Je suis interdite - Anouk MARKOVITS [Ed. JC Lattès]
Il était une fois, dans les froides contrées roumaines de Transylvanie (dois-je rappeler ici que le Comte Dracula n’est pas censé faire son apparition, ni même le Comte Télek du Château des Carpathes), un petit garçon juif prénommé Josef qui assista, de sous la table où il s’était planqué, à l’assassinat de sa famille et fut recueilli par une paysanne catholique, qui le rebaptisa aussi sec Anghel. Quelques années passées dans les champs plus tard, Anghel assiste à la mort tragique des parents (il faut dire que la mère avait eu l’extrême mauvaise idée de courir après le train dans lequel elle avait aperçu le rebbe tranquillement installé en train de fuir sans l’ombre d’un remord cette patrie où les juifs s’entassaient dans des camps) d’une petite fille ravissante : Mila. En mourant sur la place publique, son père la confie aux mains expertes et très religieuses de Zalman Stern. Il élèvera Mila avec ses autres enfants, dont la rebelle Atara qui ne se satisfait pas des lectures sacrées et comprend très vite que la religion adapte allègrement la vérité pour mieux embrigader les esprits. Josef, quant à lui, sera expédié aux Etats-Unis dans une communauté juive en plein essor. Si Atara fuit, Mila, elle, embrasse avec fougue cette religion où le pêché ne peut être que la seule source de la souffrance et où les femmes enfantent à n’en plus finir, quitte à se détruire la santé. Mila épouse, à ses 17 ans, le petit Josef devenu grand. Problème : Josef est stérile et les 10 premières années de leur mariage filent sans l’ombre d’une maternité. Autre problème : une femme juive qui n’enfante pas n’est pas une bonne femme et peut donc être répudiée. Solution : Mila décide de se faire engrosser par le premier étudiant rebelle venu (nous sommes en plein mai 1968), en récitant les versets sacrés, histoire de ne pas profaner son mariage. Mais les problèmes reviennent à tire d’elle : Josef se doute bien que le polichinelle dans le tiroir de sa femme n’est pas tombé là par la bonne volonté d’une cigogne… ce qui fait donc de sa femme une femme adultère, qui lui est interdite. Mais surtout qui plonge les générations à venir dans la déchéance. Et j’en ai déjà trop dit.

Les enfants Stern ne devaient ouvrir la porte d’entrée sous aucun prétexte, aussi, lorsque la petite Atara, âgée de quatre ans, a entendu qu’on frappait, a-t-elle couru prévenir sa mère dans la cuisine.
Une enfant se tenait devant la porte, le manteau déchiré, un ruban sale dans les cheveux. Je suis interdite - Anouk MARKOVITS

Je suis interdite : glaçant et troublant

Je suis interdite - Anouk MARKOVITS
Anouk Markovits nous ouvre les portes interdites de ce monde hassidique fondamentaliste refermé sur lui-même, de ce monde où les rapports sexuels entre un homme et sa femme sont codifiés et où le mariage répond à une Loi sacrée. Je suis interdite nous parle du conflit d’une jeune femme qui aime passionnément son mari et se plie avec joie aux contraintes de cette religion (ou plutôt de cette vision) qui n’est pourtant pas tendre avec les femmes. Je suis interdite nous parle de ce choix irraisonné que fait une femme aimante et qui jettera l’opprobre sur ses enfants et petits-enfants pour cette simple volonté de fournir une descendance à son mari et de, enfin, entrer dans le moule dicté par la communauté juive. Mais Je suis interdite nous parle également du choix de cette toute jeune fille, élevée dans la communauté et pour laquelle la Loi ne peut être transgressée, qui ne supportera pas de devoir assumer les erreurs de sa grand-mère. Anouk Markovits évoque ainsi la difficulté d’être soi dans une société gouvernée par le dogme. Je suis interdite est bouleversant et touchant ; Anouk Markovits touche une corde sensible en dévoilant les coulisses des milieux juifs ultra-religieux qui semblent complètement déconnectés de l’évolution du temps (ne parlons même pas de la modernité). Je suis interdite est une constante oscillation entre le devoir (religieux, familial ou communautaire) et la liberté, mais me révolte en exhibant cette communauté où les femmes ne sont que des objets dont la responsabilité passe du père au mari et qui doivent se satisfaire de cet univers limité. Je suis interdite nous rappelle sans cesse que choisir la liberté est, nécessairement, renoncer et vivre avec ce sentiment de perte. Il faut néanmoins admettre qu’Anouk Markovits a su faire de Je suis interdite une incroyable saga familiale, où amour et douleur sont le quotidien de ces êtres tiraillés.

Chaque retour à Williamsburg était un peu plus difficile. La quatrième année de son mariage, en descendant du taxi, Mila ne s’émerveillait plus des panneaux en yiddish et en hébreu, mais elle se demandait comment elle n’avait pas remarqué, dès son arrivée, les poubelles devant chaque entrée, les ordures répandues sur les trottoirs. Elle souhaitait presque ne pas avoir fait le voyage en France, tant la nostalgie lui succédait. Je suis interdite - Anouk MARKOVITS

Les détails du livre

Je suis interdite

Auteur : Anouk MARKOVITS
Editeur : JC Lattès
Prix : 20 € (14,99 en eBook)
Nombre de pages : 350
Parution : août 2013.

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Je suis interdite

29 mars 2014

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. . Caroline D.

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