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Cherchez la femme : mariage et désamour

[Carozine se délecte avec Cherchez la femme - Alice FERNEY]

11 Déc. 2013

En attendant de vous faire rêver avec la narration de ma petite semaine passée à Venise (avouez que là, vous risquez fort de baver votre écran, hein ?), voici l’heure de la lecture de la semaine avec Cherchez la femme de Alice Ferney… qui nous plonge dans la triste réalité du couple mais surtout du mariage à coup de phrases assassines mais bien ficelées. Sans sombrer dans le cliché, Cherchez la femme est une oeuvre qui émeut car, après tout, la souffrance est universelle. Alice Ferney signe une belle oeuvre, mais ce n’est peut-être pas vers Cherchez la femme qu’il faudra vous tourner si vous souhaitez offrir un livre pour Noël à votre soeur fraichement fiancée ou à votre potentiel beau-frère... Quoique, finalement, cela pourrait animer grandement (et follement) les repas familiaux de fin d'année. Après tout, qui ne tente rien... se retrouve avec le grand-oncle en train de piquer un roupillon dans son assiette de foie gras et grand-mamie hurlant qu'elle n'a pas compris, vous poussant ainsi à entamer un dialogue digne du Profeseur Tournesol.

Marianne eut donc gain de cause : ils étaient en piste pour le mariage. Fini l’amour libre ! Au lieu de s’en réjouir comme une andouille de bonne famille, la demoiselle aurait mieux fait de craindre le parcours du combattant. Après l’ivresse de l’accomplissement -Il a dit oui !-, vint la liste des formalités bourgeoises. Cherchez la femme - Alice FERNEY

Cherchez la femme : genèse et déconstruction du couple

Cherchez la femme - Alice FERNEY [Ed. Actes Sud]
Il était une fois, une toute jeune fille qui aimait bouger son anatomie, pas forcément harmonieusement, d’ailleurs, sur de la musique jouée parfois maladroitement par un jeune homme énamouré de la demoiselle. Le jeune homme, Vladimir, est ingénieur des mines de son état ce qui a le don de fortement impressionner la gamine alors âgée de 15 ans qu’est Nina, dont le papa n’est qu’un vulgaire mineur revenant tout crasseux chez lui… bien que Nina n’en saurait pas grand-chose dans la mesure où sa grand-mère l’a volée à ses parents, qui n’habitent, certes, pas bien loin, puisqu’ils sont dans la maison d’en face, au moment de la naissance du second. Convaincu que son désir est de l’amour véritable, Vladimir demande à Nina de l’épouser et cette dernière, malgré les avertissements de sa famille, accepte allègrement. Le rose pailleté de l’amourette s’envole bien vite au vent des contraintes du mariage : Vladimir étant communiste, il refuse de mettre les pieds dans une église mais, surtout, Nina se retrouve contrainte de faire une croix sur ses études pour cause de grossesses répétées. Dans cette spirale infernale qu’est devenu le mariage de ces deux êtres, Serge vient au monde et centralise toute l’attention et la fierté de ses parents, n’ayant pas franchement autre chose à se mettre sous la dent. Leur fils aîné est la 8e merveille du monde, un point c’est tout. La pépite de la famille Korol grandit et devient un petit homme qui aurait pu être intelligent s’il en avait fait l’effort, mais, voyez-vous, il est bien plus simple de donner dans le paraître et de rester à la surface des choses, tous les commerciaux vous le diront. Lors d’un dîner forcément mondain, Serge rencontre l’atypique Marianne, brimée par une mère castratrice : passionnée, vive et sensible, Marianne repart avec le coeur de Serge et s’arrange pour se faire épouser, puis devenir mère de 3 bambins charmants. Mais, là encore, le désenchantement rôde et le mariage ne tardera pas à dévoiler ses plus noirs secrets : entre jalousie de la réussite de sa femme, devenue une styliste reconnue, et soif de reconnaissance, Serge s’engouffrera à toute vapeur dans la dissolution de ces liens pourtant si particuliers.

Elle qui avait attendu la maternité en craignant d’y perdre sa vie, en précisa la nature et le tracé : un équilibre entre la chair et l’esprit, un repositionnement de soi dans une lignée, un balancement harmonisé entre penser à soi et tenir compte de l’autre. Jamais autant qu’à ce moment Marianne n’eut l’intuition juste du mélange de solitude et de dépendance qui est le lot partagé. L’enfant n’appartenait pas à sa mère. La mère ne façonnerait pas l’enfant. Il faisait partie de sa vie sans l’être toute. Et chacun mourrait seul. Cherchez la femme - Alice FERNEY

Cherchez la femme : discernement et sensibilité

Cherchez la femme - Alice FERNEY
Ame sensible, s’abstenir. Cherchez la femme de Alice Ferney ne donne pas dans le rose bonbon mais plutôt dans le noir caviar. Alice Ferney analyse et décortique le mariage, sous toutes ses coutures : ce que chacun apporte dans le couple, ce qui fait dérailler la jolie mécanique… En remontant jusqu’aux grands-parents, Cherchez la femme nous prouve, avec force et conviction, que le mariage et les relations humaines ne sont pas une mince affaire mais s’apparente plus au combat quotidien. Sommes-nous donc le produit inéluctable des erreurs de nos parents (voire de nos ancêtres) ? N’agissons-nous qu’en fonction de notre éducation, de ses lacunes et des manques affectifs (ou trop plein d’admiration) dont nous avons pu souffrir pendant notre enfance ? Le mariage est-il une perte de liberté, mais surtout une perte de soi ? Alice Ferney ne cherche par véritablement à répondre à ces questions, mais les soulève irrémédiablement, page après page. Cherchez la femme se découpe en plusieurs parties : la première présente la genèse du couple formé par Serge et Marianne à travers les parents de Serge, leur passé et histoire familiale et, déjà, la part de rêve et de vie volée par l’autre à travers l’union ; la seconde dévoile la rencontre et les belles années d’un mariage qui vacille déjà ; la dernière consume l’union fragile, signe la séparation et les violences. Car Alice Ferney n’est pas tendre : en petites phrases rythmées, elle n’hésite pas à assassiner ses personnages présentant sous un jour peu flatteur leurs défauts. Cherchez la femme dissèque le couple sous une lumière crue mais vive, de façon intelligente et émouvante ; malgré les piques, on s’attache à ces personnages qui se malmènent et se déchirent car il y a une part d’universalité dans la souffrance amoureuse. Cherchez la femme est une oeuvre admirable à bien des égards, et notamment parce qu'elle tranche avec les productions nombrilistes des auteurs contemporains et, enfin, par son style sobre, puissant et élégant.

Les mots taillaient la voie de la rupture. Elle ignorait ce qu’elle allait endurer. Car celui entre les mains de qui on a remis son coeur à vingt ans, en toute confiance, avec qui trois fois on devient parent, détient bel et bien le pouvoir de vous détruire : votre vie près de lui, votre foi en vous-même, votre confiance en autrui, vos racines, votre passé d’adulte et vos forces pour l’avenir. Cherchez la femme - Alice FERNEY

Les détails du livre

Cherchez la femme

Auteur : Alice FERNEY
Editeur : Actes Sud
Prix : 23,50 €
Nombre de pages : 549
Parution : mars 2013

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Cherchez la femme

11 décembre 2013

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

Autres lectures de Carozine : Madame Hemingway : dans l’intimité et la turbulence d’un couple

. . Caroline D.

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