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Case départ : la génération perdue à l'italienne

[Carozine découvre le roman Case départ - Nicola LAGIOIA]

18 Mai 2014

Avant de partir une quinzaine de jours profiter des somptueux paysages de la Crète et de sa mer translucide, je me suis dit qu’un peu de lecture ne vous ferait pas de mal ! Voici donc Case Départ, de Nicola Lagioia. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Nicola Lagioia fait partie de ces jeunes auteurs italiens qui commencent à compter dans la littérature contemporaine de ce pays en forme de botte et dont l'écriture est franchement loin d'être déplaisante. Case départ (Riportando tutto a casa, en version originale je vous prie) est son premier roman traduit en français, chez les éditions Arléa ; il en a fait une oeuvre mélancolique, transpercée de questionnements sur un monde qui ne tourne plus rond depuis bien longtemps et le fatal « mais que diable avons-nous bien pu faire de nos vies ? » ; l'adolescence n'est décidément pas une période radieuse et, quand l'entrée dans le monde adulte rime avec effondrement, autant dire que cela n'a rien de bien folichon et qu'il faut peut-être effectivement vingt ans pour s'en remettre.

Il y a un ours dans les bois. Il y a ceux qui le voient. Ceux qui ne le voient pas. Ceux qui disent qu'il est apprivoisé. Ceux qui disent qu'il est méchant et dangereux. Puisque personne ne sait qui a raison, autant être aussi forts que l'ours, non ? En admettant qu'il existe, cet ours... Case départ - Nicola LAGIOIA

Case départ : trois adolescents, l'Italie et les années 1980

Case départ - Nicola LAGIOIA [Ed. Arléa]
Nous sommes au début des années 1980 et le narrateur fait son entrée dans le lycée où se retrouve la fine fleur de la petite ville de Bari ; il y croise deux autres adolescents : Giuseppe, un roux obèse, immensément riche (ou prétendument) et terriblement culotté ; et Vincenzo, blondinet aux habits de grand-père et roi de la provocation. Les trois adolescents sont en rupture avec des pères qui ont une vision bien définie de leur progéniture, de ce qu’elle est censée être et de son avenir… malheureusement, aucun des trois fils n’est assailli par l’envie de se plier à ces rêves glorieux. Tandis que le père du narrateur s’écroule après être parvenu au sommet de sa gloire, son fils, dont il vient inconsciemment de libérer les journées, voltige tel un papillon de nuit mal assuré entre soirées alcoolisées, premiers émois et, forcément, premières relations sexuelles. Dans ces années 1980 où l’argent coule à flot et où la mafia étend une large et puissante main sur l’ensemble de l’Italie, une ombre plane sur le destin de ces trois adolescents : vouant une haine viscérale à son père, Vincenzo fera entrer dans leur vie la silhouette sombre et énigmatique de Rictus, un chauffeur chargé de faire la tournée des commerçants pour augmenter sensiblement la fortune de son patron, et dealer à ses heures perdues dans un quartier que Vincenzo s'empressera de s'approprier.

Dans ses discours, sa misère passée était un point d’honneur, et il affichait une grande fierté de selfmade-man. Au fond, il en allait autrement : cette misère était une faute, un pêché originel que l’argent pouvait laver en lui délivrant son ticket d’entrée en société. Une fois à bord, il continuait cependant de se sentir clandestin. Si lui n’y arrivait pas, c’était son fils qui franchirait avec aisance les degrés de la civilisation (…). Case départ - Nicola LAGIOIA

Case départ : génération et illusions perdues

Case départ - Nicola LAGIOIA
Avec Case départ, Nicola Lagioia nous livre un roman poignant, qui vibre entre les pages : à travers Case départ, c’est l’Italie des années 1980 qui se dévoile, ses émissions de télévision, ses moeurs et la main mise des activités illégales. D’une écriture empreinte de mélancolie, Nicola Lagioia nous expose comment l’argent pervertit l’âme et les relations sociales ; ce n’est pas tant l’histoire de trois adolescents livrés à eux-mêmes que nous conte Case départ mais bien l’entrée dans le monde adulte où règne la corruption, la manipulation, les sacrifices et compromis qui signent une chute vertigineuse. Dans ces années 1980 où le Thriller de Michael Jackson fait fureur, trois adolescents s’ébattent entre leurs désirs et la réalité brutale ; vingt ans plus tard, le narrateur tente de combler les brèches, de faire le point sur cet effondrement silencieux. Avec ce roman aux figures féminines étrangement évanescentes, Nicola Lagioia décompose le mythe de l’adolescence radieuse d’une écriture acérée à l’ironie mordante. Malgré une écriture parfois crue (oui, je sais, je suis abominablement prude), Case départ est un joli texte, une oeuvre délicate et sensible que j'ai pris un immense plaisir à découvrir. Et je ne suis manifestement pas la seule à avoir été impressionnée par la dextérité de cet auteur à suivre : Case départ a reçu le prix Viareggio 2010 (et je suppose que ce n'est pas de la rigolade).

Je les observais en comptant les minutes qui nous séparaient du coup d’envoi : la transparence avec laquelle les opinions de chacun se renforçaient ou se nuançaient en fonction de la réponse de l’interlocuteur était stupéfiante et révélatrice des rapports de force. Case départ - Nicola LAGIOIA

Les détails du livre

Case départ

Auteur : Nicola LAGIOIA
Editeur : Arléa
Prix : 22 €
Nombre de pages : 332
Parution : mai 2014

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Case départ

18 mai 2014

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. . Caroline D.

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