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Carthage : plongée dans l’Amérique de Joyce Carol Oates [rentrée littéraire 2015]

[Carozine découvre le roman Carthage - Joyce Carol OATES]

30 Sept. 2015

Carozine lit le roman Carthage - Joyce Carol OATES
Bon… nous passerons allègrement sur ces premiers jours d’automne qui ont vu mes cheveux raccourcir de nombreux centimètres et prendre une couleur à mille lieues du « reflet miel » vendu avec un immense sourire pour se rapprocher de la couleur feuille cramée par le soleil, car cela vous passe très certainement au-dessus du haricot. Non. Aujourd’hui, nous allons nous pencher sur le cas Joyce Carol Oates… et ce n’est pas une mince affaire. Pourquoi ? Mais je vais vous le dire, docteur Watson ! Pour l’excellente raison que c’est une romancière qui, comme ma nouvelle couleur de cheveux, ne me correspond pas. J’admire son écriture et son talent. Néanmoins, je ne prends aucun plaisir à la lire. Cela a donc résulté en un abandon nonchalant du roman Blonde après quelques pages seulement (oui, je sais, je rôtirai en enfer pour une telle bravade) et par une moue décontenancée quand j’ai reçu le dernier roman de Joyce Carol Oates : Carthage. Ceci étant, j’ai réussi à le terminer. Et j’en ai même apprécié certains aspects. Fichtre. Est-ce à dire que je finirai par apprécier ma nouvelle couleur ? Diantre, on s’en tamponne allègrement, chut.

Le père était surexcité. Le sang chargé d’adrénaline, le coeur battant à un rythme anormal. Il se disait C’est l’excitation des recherches. Savoir que Cressida est tout près.
Cette proximité, il la sentait. Cet homme qui avait toujours traité de « divagations mystiques » les discours sur la perception extrasensorielle avait maintenant la conviction de sentir la présence de sa fille, tout proche ; de sentir qu’elle pensait à lui. Carthage - Joyce Carol OATES

Carthage : une disparition mystérieuse ; un vétéran héros de guerre plutôt amoché et une famille malmenée

Carthage - Joyce Carol OATES [ed. Philippe Rey]
Le mois de juillet 2005 s’annonce fidèle aux autres étés dans la petite ville de Carthage, dans l’état de New-York. Sauf que pas tout à fait. La fille cadette de la famille Mayfield, dont le père, Zeno, fut maire (sans peur et sans reproche) de Carthage, a disparu après avoir passé la soirée chez une amie et bifurqué dans un bar fréquenté par des Hell’s Angels. A 19 ans, ce genre de pratique n’est pourtant pas coutumière de la benjamine atypique de la famille Mayfield : Cressida, la fille rebelle, intelligente, trop sensible, un brin artiste et prétendument moche, n’a pas vraiment d’amis, n’est pas des plus douées pour le côté sociable et n’a aucun petit ami connu. Au fil des recherches et des inquiétudes, on découvre que cet été 2005 à Carthage est loin d’être commun. Suite au retour de Brett Kincaid, héros de guerre en Irak, sa fiancée, la jolie et docile Juliet Mayfield (l’aînée de la famille, donc) a rompu leurs fiançailles, pour d’étranges et obscures raisons. Rien ne va plus à Carthage !

Les rumeurs se multipliaient : Brett Kincaid avait finalement été arrêté, non parce qu’on le soupçonnait d’avoir joué un rôle dans la disparition de la soeur de son ex-fiancée, mais parce qu’un voisin s’était plaint qu’il l’eût « bousculé et invectivé » devant sa maison de Potsdam Street ; le « cadavre d’une jeune fille » avait été découvert dans une décharge, près de Wild Forest, treize kilomètres à l’est du lac Wolf’s Head, où se réunissait une vaste bande de Hell’s Angels des Adirondacks ; Juliet Mayfield, l’ex-fiancée du caporal, avait démissionné de son poste à l’école de Convent Street et s’apprêtait à quitter Carthage - Elle avait tellement honte… Carthage - Joyce Carol OATES

Carthage : un roman puissant et dérangeant pour une Amérique peu glorieuse

Carthage - Joyce Carol OATES [ed. Philippe Rey]
Les complications s’annoncent pour l’analyse de ce roman au fumet de tragédie grecque (oui, n’ayons pas peur des mots) ! J’ai toujours autant de mal avec l’écriture de Joyce Carol Oates, souvent fractionnée, hachée, parfois fluide et envoûtante : j’aurais aimé qu’elle soit plus limpide que découpée au scalpel, créant une espèce de brouillard, tel les souvenirs fragmentés de Brett Kincaid de la terrible soirée conduisant à la disparition de Cressida (très belle prouesse d'écrivain). Car, oui, rapidement, les soupçons se portent sur le héros de guerre qui a été pas mal amoché lors de son séjour en Irak et par les ignominies vues ou commises, d’autant que des traces de sang ont été retrouvées dans sa voiture. Il avouera rapidement, oscillant entre réalité et souvenir, et la question se pose alors : est-il réellement coupable ? Cressida a-t-elle vraiment été assassinée ? Ou se trouve la vérité dans tous ces faux semblants, les hypocrisies du quotidien et le besoin de trouver un coupable parfait ? La structure du roman Carthage alterne entre les différents protagonistes, offrant, au gré des recherches et des prises de conscience, une image en filigrane de Cressida, la fille différente de la famille… incomprise par des parents déroutés par une intelligence fulgurante et une ironie mordante servant de rempart, et mal-aimée, peut-être ? Car, au-delà des questionnements sur le système judiciaire, la culpabilité, le retour des soldats qui ne tournent plus vraiment rond ou encore la perte d’identité, on trouve la famille, la façon d’aimer… ou de ne pas aimer, parce qu’étrangement, l’amour est singulièrement absent des pages âpres (et souvent glauques et violentes) de Carthage. Joyce Carol Oates, avec une maîtrise bluffante, il est vrai, pointe son doigt rageur sur les dysfonctionnements, les abysses de l’âme humaine, la moralité incertaine… Alors, certes, c’est très bien mené, bien construit (et on tourne donc les pages de Carthage avec l’envie de savoir où Joyce Carol Oates va nous mener -par le bout du nez)… mais pas pour moi. J’admire le travail de l’écrivain, les rouages de l’intrigue, cependant, Joyce Carol Oates reste une romancière qui ne me correspond pas, dont les personnages ne me touchent pas. Néanmoins, on les garde en mémoire. Et ça, c’est le signe d’un grand écrivain. Les inconditionnels de Joyce Carol Oates ne seront certainement pas déçus : Carthage est un roman brillant.

Elle avait payé pour ces erreurs. (Était-ce si sûr ?) Mais malgré tout, on n’est jamais entièrement quitte d’une faute qui concerne autrui, et par conséquent la Stagiaire n’était pas entièrement quitte de ses erreurs ni de la honte qu’elle en éprouvait.
La seule façon d’effacer une erreur et une honte de cette importance, c’est de s’effacer soi-même… de « s’anéantir ».
Mais la Stagiaire ne voulait pas de cela.
La Stagiaire ne voulait pas mourirCarthage - Joyce Carol OATES

Les détails du livre

Carthage

Auteur : Joyce Carol OATES
Editeur : Philippe Rey
Prix : 24,50 € [17,99 au format Kindle]
Nombre de pages : 608
Parution : 1 octobre 2015

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Carthage

30 septembre 2015

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

Autres lectures de Carozine : L’homme idéal existe. Il est Québécois : blonde cherche chum désespérément.

. . Caroline D.

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