En haut !

Au loin : western solitaire [rentrée littéraire 2018]

[Carozine dévore le roman Au loin - Hernan DIAZ]

9 Sept. 2018

Carozine lit le roman Au loin - Hernan DIAZ
Ah ! Je sais. Je suis de nouveau tombée dans une faille spatio-temporelle. Le trou noir. Béant. J’ai ouvert les yeux, nous étions la veille de la reprise du travail, je venais de recevoir le roman Au loin, d’Hernan Diaz (aux éditions Delcourt, que je remercie chaudement de m’avoir fait parvenir ce roman de la rentrée littéraire 2018… ah mais oui, non, mais faut que je vous raconte, en fait, il s’agit d’un partenariat mis en place par Léa, l’animatrice et fondatrice du Picabo Rover Book Club, dont je vous avais déjà parlé sur ce modeste blog, et qui est centré sur la littérature nord-américaine… bref, je reprends le fil !). Je me disais « à l’aise, je vais le lire en deux temps trois mouvements ». Et puis voilà. Deux semaines et demie ont passé, j’ai subi un véritable ouragan lors de la reprise du travail, à courir de partout pour essayer de tout faire (et, surtout, de continuer d’allaiter ma fille, quelle idée, aussi), la semaine d’adaptation à la crèche est venue se greffer à tout cela… ajoutez des nuits foutrement agitées à cause de ce fichu syndrome de la peur de l’abandon, et vous obtenez une Carozine sur les rotules qui vient seulement de finir le roman Au loin. La honte. Deux semaines. Non mais j’vous jure. Le rythme de croisière a pris un sérieux coup dans l’aile. Mais bon ! Je vous raconte quand même, car, le roman Au loin mérite toute votre attention…

Le roman Au loin, de Hernan DIAZ [Ed. Delcourt], une lecture en partenariat avec le Picabo River Book Club
Le trou, une étoile brisée sur la glace, était la seule interruption sur la plaine blanche qui se fondait dans le ciel blanc. Il n’y avait pas un souffle de vent, pas un souffle de vie, pas le moindre son.
Une paire de mains émergea de l’eau et chercha à l’aveugle les parois intérieures du trou anguleux. Les doigts tâtonnèrent le long des épaisses falaises glacées de ce canyon miniature, remontèrent jusqu’aux bords enneigés ; s’y agrippèrent. Une tête apparut. Au loin - Hernan DIAZ

Au loin : un géant suédois débarque en Amérique

Au loin - Hernan DIAZ [ed. Delcourt]
Au beau milieu de la banquise entourant l’Alaska, un géant suédois (qui n’est pas Ikea, hein, n’allez pas imaginez que je vais vous parler de meubles en kit !) sort de l’eau, à peine refroidi par les températures polaires. Sans se soucier outre mesure des yeux exorbités des autres hommes qui l’observent depuis le bateau qu’il vient de quitter pour piquer une tête, ni des rumeurs qui coulent sur lui, Håkan rentre se sécher… pour ressortir sur le pont, s’installer près d’un feu. Et raconter sa vie. Quelques années auparavant, son père, paysan suédois appauvri par des années de malchance, décide d’envoyer ses deux fils en Amérique. Linus et Håkan embarquent tous deux… sauf que voilà. Débarqués en Angleterre pour une courte escale, les deux frères se trouvent séparés. Håkan n’a plus qu’une idée en tête, embarquer vers New-York pour y retrouver son frère. (re) Sauf que voilà. Il ne parle pas un mot d’anglais et New-York se transforme en San Francisco. Qu’à cela ne tienne. Håkan remontera la ruée vers l’Ouest à contre-courant. Et à pieds.

Il passait ses journées à fixer le désert, dans l’espoir que Linus sente son regard à travers le néant lapidifié. Après une longue contemplation, la plaine devenait verticale. Une surface à escalader plutôt qu’à traverser. Que trouverait-il de l’autre côté s’il parvenait à se hisser tout en haut pour s’asseoir à califourchon sur cette muraille sépia qui s’enfonçait dans le bleu délavé de ce ciel exténué ? Il avait beau scruter intensément l’horizon, il ne distinguait que les ondoiements de mirages et les particules phosphorescentes que ses yeux épuisés faisaient jaillir par intermittence du vide. Au loin - Hernan DIAZ

Au loin : pépite solaire et solitaire

Au loin - Hernan DIAZ [ed. Delcourt]
Après une première page impressionnante, avec cette sorte de seconde naissance, au beau milieu d’un désert polaire, Hernan Diaz nous emporte de son écriture mélodieuse sur les pas de ce personnage hors du commun. Au fil des pages du roman Au loin, Håkan fera un tas de rencontres, qui façonneront son destin. Des pionniers en quête d’or, et que l’avidité finit par rendre fous ; une tenante de saloon aux habitudes un peu particulières et aux gencives mémorables (vision cauchemardesque s’il en est) ; un shérif dont la lucidité a été volée par d’étranges Frères ; un naturaliste éclairé… la route d’Håkan vers l’Est sera semée de rencontres et, souvent, d’embuches. Mais, surtout, de solitude. Car Håkan deviendra, bien malgré lui, une légende parcourant les caravanes de cette route vers l’Ouest, déformant la réalité pour mieux la dévorer. Le géant abreuve les rumeurs et, pour se retrouver, Håkan fuit le monde. On perd rapidement le fil des jours, à la lecture de Au loin ; les saisons se suivent au point de s’enchevêtrer, et le temps s’étire au point de perdre consistance. Comme ce personnage atypique, on se laisse absorber par le désert aux couleurs ocres, par la solitude qui engloutit les pensées et le corps… Peu à peu, au long de ses pérégrinations, il se découvre et déconstruit lentement les images contées par son frère sur ce pays qu’il ne connaît pas. Hernan Diaz nous offre l’envers du décor des mythes des pionniers, mais surtout, des descriptions somptueuses de ces paysages arides ou foisonnants, et, enfin, les affres de l’âme humaine. Au loin est un roman d’une grande richesse et d’une grande beauté. Un western à l’écart des clichés, un roman d’apprentissage hors du commun, faisant passer Håkan de l’innocence à l’expérience.

Ses pensées s’étiolaient et, dans l’épaisse brume qui obstruait sa conscience, elles se réduisirent bientôt à des spasmes léthargiques. La voix de sa raison se fit de plus en plus discrète, elle devint un murmure, puis se tut tout à fait.
Il était la proie d’une vacuité dévorante —une ombre corrosive qui effaçait la marche du monde, une immobilité qui ne devait rien à une paix intérieure, un silence vorace qui n’aspirait qu’à se repaître d’une désolation totale, un néant contagieux qui envahissait tout. Au loin - Hernan DIAZ

Les détails du livre

Au loin

Auteur : Hernan DIAZ
Traducteur : Christine BARBASTE
Éditeur : Delcourt
Prix : 21,50 €
Nombre de pages : 334
Parution : 5 septembre 2018

Acheter le livre


Au loin

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

Autres lectures de Carozine : Landfall : plongeon dans la tornade made in USA.

. 9 septembre 2018. Caroline D.