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Dépoussiérez vos classiques ! Au-delà du fleuve et sous les arbres

[Carozine dévore le roman Au-delà du fleuve et sous les arbres - Ernest HEMINGWAY]

24 Mars 2017

Carozine lit le roman Au-delà du fleuve et sous les arbres - Ernest HEMINGWAY
Avant de faire un détour sur les bancs de l’école (ou tout comme) et de se faire la malle en Amérique latine (au Chili, plus précisément, terre fertile pour les polars), avouez qu’il s’agit là d’un programme foutrement chargé, et maintenant que ma semaine devrait retrouver un rythme normal, je reprends la rubrique Dépoussiérez vos classiques ! avec Ernest Hemingway… sauf que, cette fois, je triche un poil, car je n’avais jamais lu Au-delà du fleuve et sous les arbres avant que Umberto Eco ne me le suggère malicieusement en calculant le coût du roman (et en estimant que Hemingway ait passé son temps entre le Harry’s Bar et le palace Gritti pour le pondre), dans ses improbables Nouveaux pastiches et postiches : Comment voyager avec un saumon. Bref ! J’ai dévoré Au-delà du fleuve et sous les arbres. Et je vous en parle. Voilà. Point pas final.

Ils partirent deux heures avant le lever du jour, et ils n’eurent pas besoin, au début, de casser la glace qui recouvrait le canal, d’autres bateaux ayant déjà frayé le passage. À l’arrière de chaque embarcation, dans l’obscurité, de sorte qu’on ne pouvait que l’entendre sans le voir, se tenait un batelier manoeuvrant une longue gaffe. Le chasseur était assis sur un pliant solidement arrimé au couvercle d’un coffre qui contenait son déjeuner et ses munitions (…) Au-delà du fleuve et sous les arbres - Ernest HEMINGWAY

Au-delà du fleuve et sous les arbres : un vieux colonel face à un amour resplendissant

Au-delà du fleuve et sous les arbres - Ernest HEMINGWAY [ed. Folio]
Un chasseur et un batelier galèrent comme des miséreux dans une embarcation sur la lagune vénitienne prise par les glaces. Le chasseur a cinquante ans et n’est pas du tout chasseur de son état, mais bien colonel d’infanterie de l’armée américaine, cantonné à Trieste (avec son chauffeur Jackson, si vous voulez tout savoir, très cher Docteur Watson). Richard Cantwell a une dizaine de commotions cérébrales à son actif, une main estropiée et un paquet de souvenirs de combats qui resurgissent chaque fois qu’il pose ses yeux fatigués sur un paysage, un pont ou un homme en manteau. Chaque semaine, il rejoint Venise pour y passer le week-end en compagnie de la délicieuse et bellissime Renata… dix-neuf ans, jeune, riche et douce. Des cheveux à tomber par terre et un visage à se damner. Le dernier et unique amour de ce vieil homme usé par la vie. Et auquel il se raccroche pour ne plus penser à la mort qui le rattrape.

Pas tout à fait cependant, et le colonel le savait. Il songea : Pourquoi faut-il que je sois toujours le même salaud et pourquoi ne puis-je oublier un instant ce métier militaire, et n’être qu’un homme aimable et bon, l’homme que j’aurais voulu être ?
Je m’efforce toujours d’être juste, mais je suis sec et brutal, et ce n’est pourtant pas par réaction, parce que j’ai décidé de ne jamais jouer les lèche-culs, ni avec mes supérieurs ni avec le monde. Je devrais être meilleur et rengainer mes coups de boutoir pour le peu de temps qu’il me reste à vivre. Au-delà du fleuve et sous les arbres - Ernest HEMINGWAY

Au-delà du fleuve et sous les arbres : un roman fulgurant (et forcément dramatique)

Au-delà du fleuve et sous les arbres - Ernest HEMINGWAY [ed. Folio]
J’ai retrouvé avec un immense plaisir la plume si particulière de Hemingway, cette écriture teintée de mélancolie et cette présence omnisciente de la guerre. Qui détruit les âmes. Et fait des ravages. Dès les premières pages, je me suis à nouveau retrouvée envoûtée par Ernest Hemingway, ce magicien des mots parfois si déconcertant dans sa liberté d’écriture. Et par ce colonel perverti par la guerre, sec et brutal mais pourtant capable de tant de douceur auprès de cette jeune femme follement éprise et avec laquelle il se prend au jeu des amoureux : faire des plans sur la comète en sachant pertinemment qu’ils ne se réaliseront jamais ; répéter inlassablement des mots qui finissent parfois par perdre leur sens. Car, comme toujours chez Hemingway, la tragédie sourde et patiente jusqu’au dernier moment pour éclater. Bon, alors, en revanche, d’où est-ce que le traducteur a pioché son Othello le More ? Hein ? Un petit « au », c’était trop demandé ? Non parce que, là, franchement, ça pète le truc. Faut pas pousser mémé dans les orties. Cela m’apprendra à ne pas lire la version originale. Certes. My bad. Mais bon. Cela n’a rien enlevé au plaisir de cette fuite vers la mort, de ces jeux de l’amour et de la guerre au creux d’une Venise hivernale (comme je l’aime tant) et de son labyrinthe de ruelles.

Ils passèrent dans la gondole, et ce fut de nouveau le même enchantement : la coque légère et le balancement soudain quand on monte, et l'équilibre des corps dans l'intimité noire une première fois, puis une seconde, quand le gondoliere se mit à godiller, en faisant se coucher la gondole un peu sur le côté, pour mieux la tenir en mains.
- Voilà, dit la jeune fille. Nous sommes chez nous maintenant et je t'aime. Embrasse-moi et mets-y tout ton amour. Au-delà du fleuve et sous les arbres - Ernest HEMINGWAY

Les détails du livre

Au-delà du fleuve et sous les arbres

Auteur : Ernest HEMINGWAY
Traducteur : Paule DE BEAUMONT
Éditeur : Folio
Prix : 9,30 €
Nombre de pages : 416
Parution : novembre 1974

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

Autres lectures de Carozine : Dépoussiérez vos classiques ! Ethan Frome et l’éternel choix du devoir (Edith Wharton).

. 24 mars 2017. Caroline D.