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Celle qui fuit et celle qui reste, L'amie prodigieuse III : la merveilleuse saga italienne se poursuit

[Carozine dévore le roman Celle qui fuit et celle qui reste, L'amie prodigieuse III - Elena FERRANTE]

Carozine lit le roman Celle qui fuit et celle qui reste, L'amie prodigieuse III - Elena FERRANTE
Oui ! Ouiiii ! Ouiiiiiiiii ! At last! J’ai enfin terminé un livre, un vrai, un roman, un truc de grand. C’est fou, oui, je sais. Non parce que, au début du confinement, on se disait « trop cool, je vais avoir une tonne de temps libre devant moi, je vais pouvoir lire comme une malade ». Tu parles, Charles les grandes oreilles. L’illusion n’aura duré qu’une heure, le mardi matin, avant de se rendre compte de l’ampleur du problème : travailler de chez soi avec une Crevette survoltée et ravie d’avoir ses parents à côté d’elle. Donc, finalement, le confinement, c’est comme les vacances, mais en pire : envoyer des mails d’une main en nettoyant la peinture du plafond de l’autre ; répondre au téléphone en hurlant pour essayer de se faire entendre à travers les cris ; faire des visio-conférences ponctuées de « non, NON, on ne dessine pas sur les bras de maman ni sur la table du salon ! ». On a le temps de rien, en somme. C’est pourquoi je suis assez fière d’avoir réussi à terminer le tome 3 de L’amie prodigieuse, Celle qui fuit et celle qui reste, d’Elena Ferrante. Nous en sommes donc au tome 3 de cette saga fantastique commencée avec le roman L’amie prodigieuse (prologue, enfance et adolescence), dans le quel nous découvrions Elena Greco (la narratrice) et Rafaella Cerullo, son amie d’enfance. Deux exacts opposés. Une blonde studieuse et dodue ; une brune maigrichonne à l’intelligence vive et à la méchanceté non moins rapide. Lenù et Lila. Le coup de coeur. Qui se poursuivait avec le tout aussi excellent tome 2 de L’amie prodigieuse, Le nouveau nom (jeunesse), où on retrouvait Lila et Lenù, chacune suivant son chemin, celui de Lila commençant par son mariage avec Stefano et l’arrivée fracassante des frères Solara qui rachètent le quartier à tour de bras. Et il est désormais temps de nous plonger dans la suite de la saga d’Elena Ferrante, avec ce tome 3 de L’amie prodigieuse, Celle qui fuit et celle qui reste (époque intermédiaire).

La dernière fois que j’ai vu Lila, c’était il y a cinq ans, pendant l’hiver 2005. Nous nous promenions de bon matin le long du boulevard et, comme cela se produisait depuis des années déjà, nous n’arrivions pas à nous sentir véritablement à l’aise. Je me souviens que j’étais seule à parler. Elle ne faisait que chantonner, saluant des gens qui répondaient même pas. Les rares fois où elle m’interrompait, c’était pour lancer quelques exclamations sans rapport évident avec ce que je disais. Celle qui fuit et celle qui reste, L'amie prodigieuse III - Elena FERRANTE

Celle qui fuit et celle qui reste, L'amie prodigieuse III : l’Italie entre Florence et Naples

Celle qui fuit et celle qui reste, L'amie prodigieuse III - Elena FERRANTE [ed. Gallimard / Folio]
Nous sommes au tout début de la turbulente année 1968 et Lenù vient d’être publiée ; un petit roman qui fait son petit effet, mais qui est bien trop souvent résumé aux quelques pages « olé olé » qu’il contient. Et, tandis qu’elle est sous le feu des projecteurs et se promène de-ci de-là pour en faire la promotion, elle tombe sur Nino, toujours aussi beau, toujours aussi brillant…. et toujours aussi impliqué en politique. Et tout à coup, le monde extérieur s’invite dans la bulle créée par Lenù, qui s’aperçoit alors que l’Italie (mais également la France) explose de toute part, en commençant par les étudiants qui se révoltent. Fidèle à elle-même, elle se plonge dans les livres, les essais politiques, les journaux et rattrape les événements, en se faisant une opinion des différents avis émis. Mais, surtout, lors d’un séjour à Naples pour annoncer ses fiançailles avec l’universitaire Pietro Airota, fils d’une bonne famille qui l’a intégrée et auprès de laquelle elle se sent enfin autre, Lenù se retrouve au chevet de Lila. Et découvre ainsi la condition ouvrière et la révolte qui, là aussi, gronde.

—Tu as déjà oublié ? S’il m’arrive quelque chose, tu dois t’occuper de Gennaro.
—Il ne t’arrivera rien.
Alors que je quittais la pièce, Lila sursauta dans un demi-sommeil et murmura : « Regarde-moi jusqu’à ce que je m’endorme. Regarde-moi toujours, même quand tu t’en vas loin de Naples. Comme ça, je sais que tu me vois, et ça m’apaise. » Celle qui fuit et celle qui reste, L'amie prodigieuse III - Elena FERRANTE

Celle qui fuit et celle qui reste, L'amie prodigieuse III : « on ne naît pas femme, on le devient »

Celle qui fuit et celle qui reste, L'amie prodigieuse III - Elena FERRANTE [ed. Gallimard / Folio]
Nous retrouvons donc nos deux amies prodigieuses quelques années avant le cap de la trentaine : la blonde Lenù a fui son quartier par les études et ses fréquentations, se forge une nouvelle identité avec laquelle elle tente d’effacer son passé, son dialecte et sa personnalité prête à l’implosion ; la brune Lila, toujours aussi énigmatique et insaisissable, vit désormais dans la précarité avec son fils et Enzo et cherche à retrouver le quartier de son enfance, sans lequel elle dépérit. Ces deux amies si différentes et pourtant si incapables de vivre l’une sans l’autre. Cette amitié si singulière, mêlant admiration et jalousie, pleine de non-dits et toujours à fleur de peau. Et c’est ce qui fait l’indéniable charme de cette saga d’Elena Ferrante. Cette façon qu’a Elena d’ausculter son passé, ses choix, son amitié et de tout décortiquer pour en extraire l’essentiel. Si j’ai retrouvé avec plaisir ces personnages, j’ai eu un gros passage à vide en milieu de roman ; peut-être le côté politique y prend-il trop le pas sur le reste (il faut dire que les années 60 n’ont pas été surnommées années de plomb pour rien et correspondent aux luttes armées entre les extrêmes, avec pour l’Italie, les célèbres Brigades Rouges). Peut-être le déséquilibre entre les deux amies y était-il trop prononcé. Peut-être la vision de l’amour et du mariage y est-elle un peu trop triste. Peut-être aussi que le coeur battant des premiers tomes, Naples, son dialecte, sa violence qui pulse, était un peu trop absent du début de ce troisième tome. Mais qu’importe. La magie a repris le dessus et a opéré. Je me suis encore une fois laissée emporter par la vie de ces deux amies et j’ai refermé ce tome 3 de L’amie prodigieuse, Celle qui fuit et celle qui reste avec la même impatience de me plonger dans la suite de la saga. Par cette vision sans détour de l’amitié et, pour ce troisième tome, de la femme.

J’aurais voulu lui crier : oui, c’est vrai, Lila a une grande intelligence, une intelligence que je lui ai toujours reconnue, que j’adore et qui a influencé tout ce que j’ai fait ; mais moi, j’ai cultivé la mienne au prix de grands efforts et avec succès, et aujourd’hui on m’apprécie partout, je ne suis pas une nullité prétentieuse comme ta fille ! Or, j’étais restée silencieuse (…) Celle qui fuit et celle qui reste, L'amie prodigieuse III - Elena FERRANTE

Les détails du livre

Celle qui fuit et celle qui reste, L'amie prodigieuse III

Auteur : Elena FERRANTE
Traducteur : Elsa DAMIEN (V.O : Storia di chi fugge e di chi resta (L'amica geniale, volume terzo)
Éditeur : Gallimard / Folio
Prix : 8,49 €
Nombre de pages : 544
Parution : janvier 2018

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

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. 4 avril 2020. Caroline D.