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L'amie prodigieuse (enfance et adolescence) : premier volet de l’envoûtante saga d’Elena Ferrante

[Carozine dévore le roman L'amie prodigieuse (enfance et adolescence) - Elena FERRANTE]

Carozine lit le roman L'amie prodigieuse (enfance et adolescence) - Elena FERRANTE
Bon. Certains le savent déjà, j’ai décidé de me mettre à Instagram, histoire de voir ce que c’est et de m’amuser un peu avec mon mini-moi qui se balade sur chaque cliché ou presque. Mais le gros souci de ce petit réseau social en photos est que, à force de se promener d’un abonné à l’autre, on finit par avoir envie d’acheter un paquet de livres. (Niveau originalité, on repasse. Oui, je sais.) Donc voilà. J’ai craqué. J’ai croisé encore et encore la saga d’Elena Ferrante sur les réseaux sociaux… ajoutez à cela un commentaire de ma chère maman sur le livre en question, et zou, j’étais partie, il me le fallait impérativement. Un peu comme une envie de chocolat à 3 heures du matin un dimanche et que vous n’avez plus un carré qui traîne dans le placard. J’ai donc investi dans le premier tome de la saga : L’amie prodigieuse, avec beaucoup d’appréhension car je continue de me méfier de ce qui est trop populaire, et je me suis plongée dedans. Avec beaucoup de bonheur. Donc, à la veille des flonflons et quelques heures avant le célèbre bal des pompiers auquel je ne mettrai pas les pieds (mais quelle bêcheuse, celle-ci !), je vous parle de L’amie prodigieuse, premier tome de la tétralogie d'Elena Ferrante.

Je me rappelle la lumière mauve de la cour et les odeurs d’une douce soirée de printemps. Nos mères préparaient le dîner et c’était l’heure de rentrer mais nous nous attardions, occupées à mettre notre courage à l’épreuve, par défi et sans jamais nous adresser la parole. Depuis quelque temps, à l’école et en dehors, nous ne faisions que cela. Lila glissait la main, puis tout le bras, dans la gueule noire d’une bouche d’égout, et juste après, je faisais de même, le coeur battant, espérant que les cafards ne me courraient pas sur la peau (…) L'amie prodigieuse (enfance et adolescence) - Elena FERRANTE

L'amie prodigieuse (enfance et adolescence) : deux amies à Naples

L'amie prodigieuse (enfance et adolescence) - Elena FERRANTE [ed. Folio]
En gros, L’amie prodigieuse pourrait se résumer à cela : deux amies qui évoluent dans un quartier populaire de Naples. Sauf que pas tout à fait. C’est tellement plus. Alors laissez-moi vous présenter Elena Greco (Lenuccia), petite blonde dodue et studieuse, et son exact opposé, Rafaella Cerullo, surnommée Lila, petite fille brune et maigrichonne, aux grands yeux noirs. L’une doit étudier pour parvenir à ses fins à l’école, l’autre bénéficie d’une intelligence brute et vive. L’une, lancée dans les études, ne s’arrêtera plus car sa maîtresse investit en elle tous ses espoirs, et, aussi, parce qu’Elena espère bien, de son côté, se servir des études pour quitter ce quartier dont elle sature ; et l’autre, Lila, qui, pour des raisons économiques et familiales (quand l’homme crie et frappe le plus fort, on finit par se résoudre à lui obéir), rejoint le chemin de la cordonnerie paternelle, qui, loin d’abîmer ses rêves, lui servira pour concrétiser sa vie. Du moins l’espère-t-elle. Nous sommes à Naples dans un quartier où la violence coule dans les veines et imbibe chaque parole, où le dialecte écorche les âmes, où la moindre étincelle provoque des incendies incontrôlables… dans un quartier qui façonne les caractères et les vies. Les deux petites filles se rencontrent sur les bancs de l’école et ne se quitteront plus…

Lila aussi, à un moment donné, m’avait paru magnifique. D’habitude, c’est moi qui étais belle, alors qu’elle était sèche comme un clou et qu’émanait d’elle une odeur sauvage ; elle avait un visage long, étroit aux tempes et serré entre deux bandes de cheveux lisses et très noirs. Mais quand elle avait décidé de balayer Alfonso ou Enzo, son visage s’était illuminé comme celui d’une sainte guerrière. Le rouge lui était monté aux joues, signe que chaque parcelle de son corps s’était enflammée, à tel point que, pour la première fois, je m’étais dit : Lila est plus belle que moi. J’étais donc deuxième en tout. L'amie prodigieuse (enfance et adolescence) - Elena FERRANTE

L'amie prodigieuse (enfance et adolescence) : un premier tome qui envoûte et enchante

L'amie prodigieuse (enfance et adolescence) - Elena FERRANTE [ed. Folio]
J’en suis venue à faire durer pendant deux jours entiers les cinquante dernières pages, tellement je ne voulais pas quitter la saga d’Elena Ferrante. Bien que ce premier volume qu’est L’amie prodigieuse puisse finalement se résumer en quelques mots seulement, il m’a évoqué bien plus. L’air de rien, sans y toucher ou presque, Elena Ferrante nous parle d’amitié, forcément, mais également de féminisme, de liberté, d’Histoire, de la vie tout simplement. Sous sa plume fluide et mélodieuse, les corps d’Elena et de Lila respirent et palpitent, se débattant dans une vie parfois trop étriquée pour elles. Elena Ferrante sublime cette amitié si particulière, qui oscille entre jalousie, admiration… et qui stimule l’une et l’autre des jeunes femmes, d’une manière différente. Partant de la disparition de son amie, bien des années plus tard, Elena décide de lui donner corps à travers le récit de leur amitié ; comme toute tentative de retracer le passé, L’amie prodigieuse sautille donc d’un souvenir à l’autre, se laissant absorber par une émotion qui la fait digresser avant de reprendre le fil de son histoire. Avec beaucoup de sensibilité et d’intelligence, Elena Ferrante analyse les affres de l’adolescence, décortique ce qui fait une amitié, place sous les projecteurs les secrets de l’âme humaine, dont cette sensation qui m’est si familière de ne pas se sentir à sa place, d’être en constant décalage. Pour en revenir au roman L’amie prodigieuse, parce que là est tout de même le sujet du jour (bonjour !), j’ai été fascinée par le personnage de Lila, moëlle épinière de ce premier volume, héroïne insaisissable et souvent détestable dans l’ombre cruelle de laquelle aime venir se blottir Elena. Comme pour Erri de Luca, à travers les pages de L’amie prodigieuse, on sent le coeur de Naples palpiter, on sent la ville s’agiter, aller de l’avant et déborder. Alors voilà. J’ai été envoûtée par la plume d’Elena Ferrante et par ce duo féminin attachant dont j’attends avec impatience de découvrir l’évolution.

Mon père me serra la main comme s’il avait peur que je ne m’échappe. En effet j’avais envie de le laisser pour aller courir, changer de place, traverser la route et me laisser renverser par les écailles brillantes de la mer. En cet instant tellement fantastique, plein de lumière et de clameur, je m’imaginai seule dans la nouveauté de la ville, neuve moi-même avec toute la vie devant moi et exposée à la furie mouvante du monde dont, sans nul doute, je sortirais gagnante (…) L'amie prodigieuse (enfance et adolescence) - Elena FERRANTE

Les détails du livre

L'amie prodigieuse (enfance et adolescence)

Auteur : Elena FERRANTE
Traducteur : Elsa DAMIEN
Éditeur : Folio
Prix : 8,20 €
Nombre de pages : 448
Parution : 1 janvier 2016

Longtemps, je me suis couché(e) de bonne heure... pour lire. So what?!

Autres lectures de Carozine : Je me tuerais pour vous : des nouvelles de Fitzgerald revenues d’entre les morts.

. 13 juillet 2017. Caroline D.