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De la difficulté d'être une femme de 30 ans dans notre société

[Carozine se révolte contre les conventions et le fait d'avoir 30 ans pour une femme]

S'il est bien un âge qu'aucune femme ne rêve d'avoir, c'est 30 ans ; qu'il y a-t-il de plus délicat que le cap de la trentaine pour une femme moderne plongée dans une société de clichés qui voudrait que nous soyons des professionnelles du mijotage de petits plats et de biberons au lieu d'être des professionnelles du micro-ondes et du cosmopolitan ? Qu'il y a-t-il de plus difficile à gérer que la perte des illusions et des rêves de nos vingt ans ? Qu'il y a-t-il de plus terrible que d'avouer à la petite fille que nous avons été que les choses n'ont pas franchement évolué comme prévu, surtout quand nos chers services marketing nous rebattent les oreilles avec la peur des rides et les crèmes anti-âge adaptées aux femmes de 30 ans ?! Je vous le demande. L'heure de la mise de points sur les "i" a sonné : société, tu ne m'auras pas !

Une femme de 30 ans est-elle bonne à jeter ?

Car non seulement vous devez faire face à l'échec de la vie que vous aviez conçue en mâchonnant votre stylo, des couettes encadrant vos oreilles et un kilt (qui a depuis bien logtemps disparu de votre placard) venant s'user sur les bancs de votre classe, quand vous aviez dix ans ; inutile de vous cacher derrière le prétexte des longues études : quand vous aviez dix ans, vous n'imaginiez certainement pas que vous seriez l'heureuse locataire d'un cagibi avec couloir d'eau incorporé, que vous ne seriez pas mariée au prince charmant pour l'excellente raison que vous n'auriez pas égaré votre chaussure de vair, que vous n'auriez pas trois têtes blondes venant s'agiter en riant autour de vos genoux et que vous auriez démissionné sur un coup de tête pour vous retrouver à garder des chats afin d'éviter d'élire domicile sous le pont Alexandre III. Donc non seulement vous devez vous avouer avoir quelque peu réajusté au goût du jour les objectifs fixés, mais surtout vous devrez faire face au regard de notre pénible société complaisante qui a décrété que, vraiment, vous pourriez faire un effort pour rentrer dans le moule.

La femme de 30 ans et les rappels de la société

Au cours de conversations de piliers de bars, des hommes vous expliqueront que, forcément, ils cherchent des filles d'une vingtaine d'années parce qu'à trente ans, une femme devient vieille, cependant, devant votre regard courroucé, ils tenteront de se rattraper aux branches car, mais c'est bien sûr, eurêka, vous seriez l'exception confirmant la règle ; en vous rendant à votre banque pour faire une estimation d'un potentiel et très hypothétique emprunt immobilier, vous vous entendrez répondre cinq ou six fois que vraiment, oui oui, sûre et certaine, vous pensez emprunter (et acheter) seule, sans l'aide de personne, non madame, mais vous serez absolument enchantée de savoir que votre banquière a une amie célibataire d'une cinquantaine d'année qui semble plutôt heureuse de son sort, quel soulagement, voilà qui vous remonte grandement le moral ; quant à votre gynécologue (dont vous songez ardemment à vous débarrasser), elle vous rappellera par deux fois que, tic tac, votre horloge biologique commence sérieusement à se délabrer et qu'il serait plus que temps d'envisager de plonger corps et âme dans le rôle de la parfaite maman épanouie devant son rejeton baveur. La femme de trente ans n'est-elle bonne qu'à se faire constamment humilier si elle ne rentre pas dans les standards d'heureuse mariée et maman ? Serions-nous donc bonnes à balancer à la poubelle sous prétexte que nous refusons de rentrer dans des moules ?

Avoir 30 ans pour une femme... le début d'une vie ?

Notre si délicate société pense-t-elle vraiment qu'à trente ans, une femme est trop stupide pour ne pas se rendre compte qu'effectivement, elle ne rajeunit pas et qu'au lieu d'investir dans de sublimes sacs et escarpins, elle aurait probablement mieux fait d'économiser ?! Peut-être notre agréable société pense-t-elle que nous avons évolué, au cours de ces trente dernières années, dans un cocon et qu'on vient d'en sortir sans savoir que trente ans s'étaient écoulés à la vitesse de l'éclair ? Cela est très certainement la seule explication plausible... ou peut-être aurions nous grandi dans des champs de maïs texans entourés de mormons ??! Alors société, voici un petit message : peut-être sommes nous, les femmes de 30 ans qui ne rentrent pas dans tes moules, heureuses exactement comme cela, en vivant dans le pêché avec notre prince charmant sans cheval, en nous achetant des escarpins hors de prix qui massacreront nos pieds et en buvant des Cosmopolitan bien tassés. Sur ce, bien le bonjour chez vous.

6 décembre 2010
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Bric à Brac . . Caroline DEBLAIS.