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Les épinards et Popeye : une arnaque ?

[Carozine enquête sur la teneur en fer des épinards]

Combien de fois avez-vous entendu, quelques années auparavant, tandis que vous mastiquiez encore et encore votre bouchée d'épinards refusant de descendre dans votre gorge que, vraiment, les épinards vous donneraient la force de Popeye, voire même d'Obelix (à ce propos, il est intéressant de constater que notre cher Obélix n'est absolument jamais tombé dans une marmite d'épinards quand il était petit, non, non, mon bon monsieur) ? Et combien d'épisodes de Popeye avez-vous regardé en maugréant que vraiment, il aurait pu trouver sa force dans un autre légume pour le bien d'une palanquée d'enfants ? Mais Caro(z)ine vole au secours de l'enfant que vous avez été et réduit à néant la tyrannie des épinards et de leur prétendue force : la quantité de fer astronomique contenue dans les épinards est quelque peu bidon... une petite bourde !

Les épinards : une force limitée, la bourde d'une secrétaire et du fer en petite quantité

Les épinards... force herculéenne de Popeye ?
L'incroyable teneur en fer des épinards serait usurpée et les épinards ne seraient que de très banals légumes verts, incapables de vous transformer en Hercule. Et voici comment un mythe s'écroule sous vos yeux ébahis : imaginez-vous dans un bureau plein de fioles transparentes mijotant sur le feu d'un bec Bunsen et de pauvres étagères croulant sous le poids de livres poussiéreux… au cœur de ce capharnaüm se tient E. von Wolf, l'un des premiers nutritionnistes, analysant scrupuleusement la teneur en fer des légumes (dont les épinards) ; la pauvre secrétaire chargée de prendre en note les élucubrations scientifiques de son chef manque d'éternuer, en réaction à la poussière voltigeant à chaque tour de bras du nutritionniste en pleine divagation, mais elle se retient de justesse et inscrit dans le tableau des aliments : 3,000, au lieu de 0,003 milligrammes de teneur en fer pour les épinards.

Lors de la publication du livre, les épinards parurent alors d'une richesse en fer à toute épreuve ; les intellectuels et autres moutons de notre bonne société ont vu en lui le salvateur de notre santé et ont ainsi forcé des générations de pauvres enfants à avaler leurs épinards pour être plus forts. Une petite erreur de virgule commise par une pauvre secrétaire traumatisée ou pressée de rentrer chez elle la veille de Noël et nous voilà harcelés par les épinards, par un Popeye gobant frénétiquement des boîtes entières d'épinards (et tout le monde sait qu'il n'y a rien de plus infâme que des épinards en boîte ayant une ressemblance frappante avec le résidu des vaches) pour décupler sa force et voir ses muscles doubler de volume sous le tatouage à l'ancre marine...

« Mange tes épinards, tu seras plus fort ! » ; mais ceux nous ayant rebattu les oreilles de cet adage avaient-ils vraiment essayé d'enfourner des épinards avant d'aller faire face au costaud de la cour de récréation leur ayant piqué leurs billes ? Certainement pas ! Parce qu'ils auraient su, sinon, que les épinards avaient largement usurpé leur réputation de force, car ils se seraient retrouvés les fesses par terre et un œil au beurre noir, d'avoir osé réclamer leurs billes à plus costaud qu'eux. Il était diablement temps de rétablir la vérité sur la teneur en fer de ces pauvres épinards ayant été aussi maltraités que les bambins forcés de les avaler sous peine de les retrouver dans leur dessert du soir : les épinards ont une quantité de fer tout à fait passable, pas de quoi vous donner la force d'Hercule et mettre K.O un poids lourd du bout des doigts.

Toujours est-il que la vérité fut rétablie bien avant que l'on ne nous force à finir nos épinards : en 1981, T.J Hamblin évoquait cette petite erreur typographique ayant galvanisé les foules et rétablissait la vérité concernant la teneur en fer des épinards dans le British Medical Journal.

Les épinards : une force grâce à des stéroïdes ?

Les épinards & Popeye : inséparables
Une équipe de chercheurs, dirigée par Ilya Raskin, de la Rutgers University localisée dans le New Jersey, aurait découvert la présence dans les épinards de phytoecdystéroïdes (les stéroïdes des plantes, destinés à leur donner la force de dégager les insectes venant les ausculter d'un peu trop près). Sans aller jusqu'à dire que les amateurs de gonflette devraient se mettre des épinards en intraveineuse au lieu d'ingurgiter de sordides poudres dopant leur musculature, les épinards pourraient donc développer la masse musculaire… à raison d'en consommer plus d'un kilogramme par jour. Des rats ont été soumis à un traitement à base des stéroïdes contenues dans les épinards et, un mois plus tard, ils étaient effectivement plus puissants. Sur des échantillons de muscles humains, les phytoecdystéroïdes auraient contribué à augmenter la masse musculaire de 20 %. Toujours pas de quoi ressembler à Popeye après ingurgitation massive d'épinards, mais bon. A force de tergiverser sur la teneur en fer des épinards et leur hypothétique capacité à nous rendre plus forts, on en oublierait presque le plus important : bien cuisinés, les épinards sont loin d'être aussi mauvais que dans nos souvenirs d'enfant traumatisé.

17 décembre 2010
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Bric à Brac . . Caroline DEBLAIS.